Côte d’Ivoire : quand les « folies du pouvoir » ruinent les rêves de tout un peuple !

En quittant les bords de la Seine pour la Côte d’Ivoire, j’ai atterri sur ceux de sa consoeur d’Abidjan, la lagune Ebrié. Moins célèbre que son aînée de Paris, elle a tout de même le mérite d’être le cours d’eau qui entoure le « Manhattan d’Afrique ». Dans une atmosphère bruyante, j’ai appris des choses sur le régime en place, leurs fastes notamment.

La Côte d’Ivoire des uns et la Côte d’Ivoire des autres !

En Côte d’Ivoire, ma montre affiche 22 heures passées de dix-sept minutes quand l’avion à bord duquel j’ai voyagé se pose sur le tarmac de l’Aéroport international Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouët, un quartier situé au sud d’Abidjan (la capitale économique). La première chose qui m’a frappé une fois à l’extérieur de l’aéroport, c’est que la ville grouillait toujours de monde même à pareille heure. J’ai pu le constater en arpentant la voie qui devait me mener à mon hôtel, un quatre étoiles. J’avoue que pour les occidentaux, c’était mon cas, beaucoup s’attendent à voir des édifices vétustes en posant les pieds dans un pays africain. La ville est belle.

Cependant, derrière tout ce décor qui n’est autre qu’un mirage se cachent des réalités beaucoup plus sombres qui pourraient obscurcir le beau tableau peint par les autorités en place et les médias internationaux. De mon pied-à-terre parisien, j’ai très souvent vu le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara parler de la croissance économique vertigineuse de la Côte d’Ivoire qui frôlait les 10% et qui ne devrait pas tarder à aller crescendo pour faire de son pays un Etat émergent d’ici l’horizon 2020. Mais une fois sur les lieux, j’ai très vite déchanté. Et pour cause : la crise sociale est profonde, la crise de l’emploi plus particulièrement, je dirais. Venons-en aux faits.

Le système éducatif est malade car à côté de la belle bâtisse de l’université Félix Houphouët-Boigny de Cocody se trouvent enfouis des problèmes ahurissants. Les travaux de réhabilitation de l’établissement ont coûté à l’Etat la bagatelle de 100 milliards de francs CFA. Le constat est amer : manque de micros et absence de climatisation dans de nombreux amphithéâtres. Certaines facultés manquent cruellement de matériels et ont dû se résoudre à fermer leurs portes.

Conséquence directe : les étudiants ont été contraints de passer une année blanche après avoir déjà vécu deux années à ne rien faire compte tenu du temps qu’aura duré les travaux de réhabilitation de l’université. A titre d’exemple, les étudiants du Département de Pharmacie n’ont repris les cours qu’en novembre dernier à cause d’un manque de matériels pour effectuer les travaux pratiques (TP). Incroyable mais vrai, et dire que cette somme astronomique aurait pu permettre de construire plusieurs infrastructures.

La gabegie financière a pris d’autres proportions. L’homme d’affaires, Mohamed Sidi Kagnassi, proche du ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hamed Bakayoko, est devenu le roi du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) en cinq ans. Il est d’ailleurs l’heureux bénéficiaire du marché de gré à gré portant sur la réhabilitation de l’université de Cocody. Bienvenue dans « la république des copains », dirais-je.

Pendant plus de dix ans, le régime de la Refondation dirigé par Laurent Gbagbo avait promis aux Ivoiriens de rompre avec les vieilles habitudes de ses prédécesseurs et de donner la chance à tous les Ivoiriens. Les réalités sont aussi moins reluisantes de ce côté là. Gbagbo et ses collaborateurs ont surtout surfé sur la vague du panafricanisme, utilisant à dessein la vigueur de la jeunesse. Au final, la jeunesse aura « vieilli » sans rien savoir des réalités que recelaient les rêves qui leur avaient été vendus. Triste réalité !

Assis sur la terrasse d’un grand restaurant situé en plein coeur de l’agglomération abidjanaise, sirotant un bon jus de fruit au milieu de l’intelligentsia ivoirienne, j’appris que la Directrice générale du Conseil du Café et du Cacao (CCC), Massandjé Litsé Touré est la fille d’un grand intellectuel ivoirien répondant au nom de Saliou Touré. Eminent professeur d’université de son état, l’homme est considéré par le président Ouattara comme un « vieux frère ». Ce qui a valu à sa fille de gérer l’une des structures étatiques les plus puissantes du pays. Une autre Touré, Masséré Touré (une nièce du chef de l’Etat et compagne du porte-parole du gouvernement, Bruno Nabagné Koné) s’occupe de la communication présidentielle, pendant que Sarahn Ouattara (une autre nièce) dirige l’Agence nationale de salubrité urbaine (Anasur).

En Côte d’Ivoire, la vie n’est pas aussi belle qu’on nous le fait croire. Les populations peinent à se nourrir et à se soigner.

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