Côte d'Ivoire : qui a vraiment "tué" Guy-André Kieffer ?

Guy-André Kieffer n'est plus réapparu depuis avril 2004. La disparition du journaliste d'investigation franco-canadien a fait les choux gras de la presse aussi bien du côté d'Abidjan que de Paris, mais aussi outre-Atlantique au regard de sa filiation canadienne. Mais depuis lors, c'est un véritable silence radio qui a pris le dessus sur l'abattage médiatique. Reportage.

Guy-André Kieffer ou le mirage d'un simple meurtre

Guy-André Kieffer a été enlevé le 16 avril 2004 à Abidjan (la capitale économique de la Côte d'Ivoire) alors qu'il enquêtait sur la filière cacao. Ses investigations visaient à éplucher toute la chaîne de gestion de cette filière phare de l'économie ivoirienne (des producteurs aux exportateurs en passant par la marge de manoeuvre de l'Etat ivoirien). Il serait entré en possession de dossiers compromettants qui incriminaient le régime de Laurent Gbagbo. C'est ce qui lui aurait coûté la vie.

Guy-André Kieffer, à en croire les révélations, est venu en Côte d'Ivoire à l'invitation du Président Gbagbo qui lui aurait demandé un audit sur la filière cacao. C'est ce que le journaliste se serait attelé à faire. Ce qui lui a permis de toucher du doigt les malversations financières de plus en plus présentes dans ce secteur.

Alors que la communauté internationale s'est évertuée à accuser le chef de l'État ivoirien de l'époque, puisque c'était lui "le coupable idéal", les déclarations du frère du défunt, Bernard Kieffer, consignées dans son livre "Le frère perdu, enquête sur un crime d’État au cœur de la Françafrique" prête à confusion.

Dans une interview accordée au quotidien français Le Mondeen avril 2015, il explique que : « L’enlèvement n’a probablement pas été commandité par M. Gbagbo, mais par son entourage. Je pense à son épouse Simone, à Paul Antoine Bohoun Bouabré (Ndlr : l'argentier du pays de l’époque, décédé en 2012 en Israël). »

Guy-André Kieffer enquêtait également sur le financement des partis politiques français par Abidjan. Ce qui pourrait laisser croire qu'il était une personne dérangeante pour l'Élysée : « Deux diplomates éminents venus de Paris (Nathalie Delapalme et Bruno Joubert) étaient à Abidjan le jour de l’enlèvement (...) ils ont tenu une réunion de crise à l’ambassade. C’est suite à cette réunion que sont parties des rumeurs faisant passer mon frère pour un affairiste victime d’un règlement de comptes. Tout cela (...) me donne à penser que la diplomatie française a eu des informations très vite, mais qu’elle ne nous en a rien dit. »

Les nombreux déplacements en Côte d'Ivoire du Juge français Patrick Ramaël (en charge de l'affaire) et ceux d'Osange Silou-Kieffer (l'épouse du journaliste) n'ont rien changé. Sans doute, à cause des nombreux intérêts qui sont en jeu. L'actuel chef de l'État ivoirien, Alassane Ouattara, a quasiment classé le dossier. On s'attendait pourtant à ce qu'il donne un coup d'accélérateur à la procédure pour faire éclater la vérité. La déclaration de M. Ramaël sur cette affaire en dit long : « Guy-André Kieffer est de ces disparus dont le sort tourmente les vivants. »

Au regard des faits, à qui la mort de Guy-André Kieffer a-t-elle vraiment profité ?