Burkina : bisbilles avec Sankara et amitié avec Compaoré, Houphouët le royaliste !

Thomas Sankara est mort le 15 octobre 1987 et avec lui douze de ses compagnons de lutte. Evoquer les causes de sa mort revient à pêcher en eaux troubles. Le principal suspect reste Blaise Compaoré mais il n'aurait pas agi tout seul. Félix Houphouët-Boigny est également cité dans cette affaire, apprend-t-on de Jeune Afrique.

Thomas Sankara, victime du duo Compaoré - Houphouët ?

Thomas Sankara a tiré sa révérence il y a vingt-huit ans. L'enquête a été rouverte en mars dernier et a conduit à l'exhumation en mai de l'année en cours du corps du défunt pour une autopsie. Mi-décembre, les résultats de l'autopsie sont tombés et le résultat est sans appel : aucun ADN n'a été retrouvé sur la dépouille mortelle. L'annonce a fait l'effet d'une bombe dans le camp des sankaristes qui espéraient que la vérité soit enfin dévoilée au grand jour. La lutte acharnée de Me Bénéwendé Sankara (l'Avocat de la famille) et celle de Mariam Sankara (la veuve) ont été vaines.

Au-delà des enquêtes qui ont toutes accouchées d'une souris, une idée continue de prospérer même environ trois décennies après l'incident. L'idée qui veut que ce soit Félix Houphouët-Boigny le principal commanditaire du meurtre du Capitaine Thomas. Le premier Président ivoirien (1960 - 1993) aurait actionné ses sbires avec à leur tête Blaise Compaoré pour mettre fin à la vie du chef de la révolution burkinabè. Cette hypothèse est-elle fondée ?

D'emblée, il convient de souligner que les relations entre Thomas Sankara et Félix Houphouët-Boigny n'étaient pas au beau fixe et ne l'ont jamais été d'ailleurs. Quand il arrive au pouvoir en 1983 à la faveur d'un coup d'Etat, Sankara veut incarner la rupture avec tout ce qui a longtemps existé et songe à imposer une nouvelle vision des choses notamment les relations inter-Etats en mettant un terme à l'impérialisme. A l'instar d'Ernesto Guevara dit "Le Che" ou d'un Simon Bolivar, il est le révolutionnaire qui se prendra au fil du temps pour le messie.

A l'opposé, on retrouve Houphouët-Boigny, le fin stratège, qui a toujours entretenu des relations privilégiées avec la France, l'ancienne puissance colonisatrice, et est d'ailleurs l'un de ses dignes Ambassadeurs sur le continent. Fervent défenseur de la Communauté Franco-Africaine prônée par le Général De Gaulle, il accordait du prix à l'amitié ivoiro-française. "Le vieux" comme l'appelaient affectueusement les Ivoiriens voyait Thomas Sankara comme un aventurier à la tête du Burkina Faso voire un irresponsable.

Quant à savoir si le père de l'indépendance ivoirienne était impliqué dans son assassinat, les supputations vont bon train. Certains proches du regretté révolutionnaire confient qu'Houphouët aurait déclaré un jour à leur mentor : « Je suis comme un fauve. Je ne me presse jamais avec mes proies. Mais je finis par les avoir. »

Jacques Foccart, le très célèbre acteur de la Françafrique, rejetait en bloc cette assertion et livre la teneur des propos d'Houphouët quand ce dernier s'adressa à Blaise Compaoré : « C’est vraiment dommage pour votre pays et pour nos relations d’États que votre ami ait un comportement aussi désordonné. »

En 1985, Blaise Compaoré convola en justes noces avec la franco-ivoirienne Chantal Terrasson de Fougères. Fille de Jean Kourouma Terrasson, un proche parmi les proches du "Crocodile de Yamoussoukro" (nom donné à Houphouët-Boigny), elle sera considérée par beaucoup d'observateurs des relations entre les deux pays comme "le cadeau empoisonné" offert au "beau Blaise" pour liquider son ami Thomas Sankara. Deux semaines avant l’assassinat de Sankara, les deux hommes s’étaient vus en tête-à-tête à Abidjan.

Pensez-vous que Félix Houphouët-Boigny soit impliqué dans la mort de Thomas Sankara ?