"Terreur dans l'Hexagone", un thriller de Gilles Keppel

"Terreur dans l'Hexagone", est le dernier "thriller" de Gilles Keppel, spécialiste incontestable du monde arabe qui joue sur les ressorts de la peur, mais une peur qui est loin d'être irraisonnée. Le livre paru dans la tourmente d'une année 2015 marquée à ses deux bouts par des actes terroristes sanglants ne tient pas uniquement cependant à son titre accrocheur.

"Terreur dans l'Hexagone" retrace le "Djihadisme" 3G en France

"Terreur dans l'Hexagone" est "un livre optimiste", toutefois selon Gilles Keppel, même si les faits et la démobilisation citoyenne plaident pour le contraire. En attendant, ceux qui ont boudé les commémorations du 11 janvier, Place de la République, sont venus nombreux pour entendre l'auteur du livre, sans doute pour mieux se rassurer. De fait, ils étaient là lundi dernier, essentiellement des personnes âgées, à faire du surplace sur le parvis de l'Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris en attendant l'ouverture des portes*.

Peu avant 18 heures, les premiers de la file d'attente étaient déjà sur place, dans un froid glacial, pour ne pas rater l'évènement. C'était la première apparition publique, hors plateaux de télévision, du politologue Gilles Keppel, coauteur de "Terreur dans l'Hexagone-Genèse du djihad français". Énorme succès de librairie de cette triste fin d'année 2015, et pour cause, le livre doit surtout à la personnalité de M. Keppel, qu'on lira désormais comme on lit D'Ormesson.

« Il faut vraiment aimer Gilles Keppel, pour se les geler ici », est une formule qui exprime à la fois l'agacement des longues attentes et la résolution d'aller jusqu'au bout. Prononcée d'une voix féminine, suffisamment haute pour être entendue, la réflexion a aussi l'avantage de dissiper toute équivoque concernant les parties du corps menacées de congélation.

On appréciera mieux la saveur de ce pied de nez à la "théorie du genre", sachant qu'il est exprimé devant cette désormais vénérable et prudente maison qu'est l'Institut du Monde Arabe. Au demeurant, il est scientifiquement prouvé que ce sont les extrémités qui pâtissent le plus du grand froid. Tout comme il est établi que ceux qui se plaignent le plus et à pleine voix de "se les geler" ne sont pas forcément ceux qui en ont.

En fin de compte, et il y était dans la grande salle de conférences de l'institut, les derniers arrivés n'ont pas été servis puisque les 430 places assises étaient déjà prises bien avant le début du "show". 430, c'est le nombre de personnes assises que peut contenir la salle, sans compter les travées occupées aussi, comme l'a précisé l'un des animateurs de l'IMA avec des mots de regrets pour les absents. Ceux-là ont eu tort, cependant, parce que la prestation était de qualité.

Nationalité : kamikaze

D'entrée de jeu, Gilles Keppel a balayé du revers de la main, geste à l'appui, la critique émise par l'un des deux animateurs concernant le caractère, un tantinet racoleur de son livre, assuré du soutien de la salle. Il expose ensuite la quintessence de l'ouvrage qui est d'établir la genèse de ce terrorisme "3G", de troisième génération, ou le djihadisme* pratiqué par des Français.

Ce terrorisme s'appuie essentiellement sur les idées d'un théoricien du genre, l'islamiste syrien Abou Mossab *, un ingénieur qui a fréquenté l'université française. Il consiste selon son initiateur à exploiter le mécontentement et les frustrations des musulmans d'Europe, et principalement la France. Or, cette forme de terrorisme a montré ses limites et l'étendue de son échec, avec les attentats de Paris du 13 novembre 2015, en s'en prenant aussi à des musulmans, et donc à des sympathisants potentiels.

Gilles Keppel a estimé toutefois que la déchéance de la nationalité ne constitue pas une riposte appropriée à ce type de terrorisme, qui touche surtout l'Islam de France. Et comme l'a résumé avec une pointe de dérision l'un des animateurs, un terroriste qui projette de se faire exploser a un autre type d'état d'âme, et il "s'en fiche de perdre sa nationalité".

Salah AREZKI

  • L'IMA est fermé au public le lundi, sauf pour certaines manifestations exceptionnelles.
  • Du mot arabe "Djihad", qui veut dire à la fois guerre sainte, et effort de réflexion et de compréhension personnel. Cet effort étant considéré comme le "Grand djihad", par opposition au "Petit djihad" qu'est la guerre au nom de Dieu.
  • De son vrai nom, Mustapha A-Rifai, et natif d'Alep en Syrie, Abou-Mossab a fait ses classes dans la branche armée des "Frères musulmans" en Syrie, en Irak, et en Jordanie. Ce spécialiste en explosifs a été l'un des principaux théoriciens du terrorisme en Algérie, durant les années 90.