Côte d'Ivoire : Yacou le Chinois, la fin d'un bagnard trop gênant pour le pouvoir ?

Par Gary SLM
Publié le 22 février 2016 à 13:37 | mis à jour le 22 février 2016 à 13:37

Yacou le Chinois est mort. L'information est tombée ce samedi 20 février et confirmée par les autorités ivoiriennes. S'il est vrai que l'homme n'est plus, une interrogation phare trotte dans les esprits : pourquoi l'Etat de Côte d'Ivoire a-t-il laissé prospérer un individu de sa trempe au sein de sa plus grande prison au point qu'il en devienne le "seigneur" ?

Yacou le Chinois payerait son non-respect du pacte.

Yacou le Chinois a été abattu froidement par les forces de l'ordre ivoiriennes ce samedi. A l'origine de ce "coup d'éclat" qui a ameuté toute la ville, c'est une mutinerie qui a éclaté aux environs de 9h au sein de la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA). Bilan provisoire officiel de l'affrontement : on dénombre 10 morts et 21 blessés.

La MACA est désormais habituée à enregistrer en son sein des bruits de botte. Le dernier en date s'est mué en affrontement entre détenus et forces de sécurité. Et du coup comme un refrain auquel les Ivoiriens sont désormais habitués, les autorités judiciaires annoncent l’ouverture d’une enquête qui selon elles permettra de faire la lumière sur cette affaire et débouchera sur l’incrimination et la sanction des personnes qui se seront rendus coupables de tels actes.

Multi-récidiviste, condamné une première fois à vingt ans de prison en 2010 pour vol aggravé avant d’y retourner quelques années plus tard pour des cas d’agressions, de vols, de braquages et même de meurtres. Yacou le Chinois est un ancien des Forces Nouvelles (forces fidèle au chef de l’Etat ivoirien Alassane Ouattara) durant la crise post-électorale. Dans la plus grande prison ivoirienne, il se comportait comme le chef de l'établissement pénitencier, ce qu’il était de toute façon dans les faits car même le régisseur dudit lieu devait se plier à ses exigences. Il pouvait aller partout, dans tous les bâtiments, toutes les cellules, toutes les cours et même en dehors de la MACA, avec la complicité des gardes et des chefs de bâtiment officiels. L'homme avait le sentiment d’être au-dessus des lois et qui bénéficie de certaines protections.


Mais qu'est-ce qui aurait entraîné subitement la chute d'El Capo (le surnom de l'individu) et le volte-face du ministre de l'Intérieur, Hamed Bakayoko ? Pour cet observateur averti que nous avons rencontré, l'explication est toute trouvée : "Cette affaire me rappelle celle d'un autre maître de guerre. Ibrahim Coulibaly dit IB, tué un 27 avril, par les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (Frci). Quand il a été temps, les tenants du pouvoir lui ont montré qui étaient les vrais patrons. Pour le reste, le pays poursuit son chemin, en attendant qu'on sache pourquoi et comment tout ça est arrivé. Mort humilié comme il a humilié les autres autour de lui."




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