Bombardement de Bouaké : les choses se compliquent encore pour des personnalités françaises

"Bombardement de Bouaké : une affaire d'Etat ?" Avec du recul et la tournure que prennent les évènements, on pourrait dire aisément que la chaîne de télévision française, Canal+ a eu le nez creux en intitulant ainsi son enquête. Dans le viseur de la juge française Sabine Khéris, trois anciens ministres français au moment des faits : Michel Barnier, Dominique De Villepin et Michèle Alliot-Marie. Mais jusqu'où ira la justice ? Rfi s'est penchée sur le sujet.

Le bombardement de Bouaké alimente la polémique.

Le bombardement de Bouaké pourrait faire naître de nombreuses surprises. Près de douze ans après que les frappes aériennes menées par l'armée ivoirienne aient touché la base militaire française située au sein du lycée Descartes de ladite localité, on se demande encore par quel tour de magie les pilotes biélorusses qui conduisaient les deux avions Soukhoi aient pu se volatiliser alors que les Français contrôlaient militairement et stratégiquement parlant tout le pays ?

Les conclusions de l'ordonnance de la juge Sabine Khéris qui réclament que Dominique De Villepin (Intérieur), Michèle Alliot-Marie (Défense) et Michel Barnier (Affaires étrangères) soient entendus sont sans appel : « Les hautes autorités françaises du ministère de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères ont été prévenues de l’arrestation des pilotes biélorusses impliqués dans le bombardement de Bouaké. Paris savait que Laurent Gbagbo voulait en finir avec les rebelles, mais elle l'a laissé se réarmer. Il (Ndlr : Robert Montoya) a fourni à l'armée ivoirienne les 2 avions Soukhoi utilisés pour tirer sur la base française ainsi que l'équipage biélorusse. »

Dans son rapport long de plusieurs pages, la doyenne du parquet de Paris qui s'occupe de l'affaire depuis l'an 2012, le vendeur d'armes, Robert Montoya a joué un rôle prépondérant dans la fuite des deux pilotes biélorusses avec l'aide de l'Etat français : « Elles apparaissaient si troubles compte tenu de la situation en Côte d'Ivoire que les chefs d'Etat français et togolais avaient échangé sur ce sujet la semaine précédant l'attaque. »

Aussi, le ministre togolais de l'Intérieur de cette période, François Boko avait alerté Paris sur le fait que les auteurs du bombardement de son camp étaient sur le sol togolais, mais la France n'a rien fait et a préféré cultivé le mutisme. Le patron de la cellule africaine de l'Elysée à l'époque, Michel de Bonnecorse ne croit pas en l'implication des ministres incriminés et encore moins au fait qu'ils aient entravé le travail de la justice. Il souligne par ailleurs que la priorité de ces représentants du gouvernement français étaient plutôt d'éviter un bain de sang en Côte d'Ivoire, où la situation s'envenimait. Rappelons que le bombardement de Bouaké a eu lieu le 6 novembre 2004 et a coûté la vie à neuf militaires français et un humanitaire américain.