Mali : Amadou Toumani Touré (ATT), le "roi" déchu !

Amadou Toumani Touré a été renversé par un coup d'État en mars 2012. Humilié et trainé dans la boue, l'ancien chef de l'État malien sera contraint de s'exiler au Sénégal par le nouvel homme fort du pays, Amadou Haya Sanogo. Quatre ans après son éviction du pouvoir, ATT est terré dans sa résidence de Dakar (la capitale sénégalaise), loin des siens dont beaucoup l'ont vomi, dans l'espoir un jour de retourner dans son Mali natal. Reportage.

Amadou Toumani Touré, de héros à zéro ?

Amadou Toumani Touré est un homme d'État malien au parcours très controversé. Adulé à une certaine époque par ses compatriotes, cet officier général des forces armées maliennes (Fama) est devenu quasiment un paria dans son pays. De son accession à la magistrature suprême en 1991 à la suite d'un putsch qui a emporté le régime de Moussa Traoré à sa sortie "prématurée" du palais de Koulouba, en passant par l'organisation de la conférence nationale, ATT aura presque tout connu en deux décennies.

Amadou Toumani Touré, le héros !

ATT prend les rênes du pouvoir en 1991 en éjectant le président Moussa Traoré du fauteuil présidentiel. Les Maliens applaudissent ce changement à la tête de leur pays et y voient un nouveau départ, une nouvelle ère, un avenir plus radieux. Autrement dit, le putschiste en chef est perçu comme un "messie" qui vient remettre les pendules à l'heure en traçant les sillons d'un grand pays. À la tête du Comité de transition pour le salut du peuple, il devient la tour de contrôle du Mali et organisera la conférence nationale qui débouchera sur la tenue d'élections législatives et présidentielles en 1992 auxquelles il ne prendra pas part d'ailleurs.

Bien après l'élection à la tête de la magistrature suprême d'Alpha Oumar Konaré, Amadou Toumani Touré se retirera du devant de la scène politique en rendant de façon effective le pouvoir aux civils. Son action le fera entrer dans la mémoire collective des Maliens comme un héros, le héros d'un peuple. En 2002, le "soldat de la démocratie" reviendra dans l'arène politique en battant Soumaïla Cissé (l'actuel chef de file de l'opposition malienne et président de l'URD). En 2007, il rempilera avant d'être poussé vers la porte de sortie en 2012 par une junte militaire. Il était tout juste à quelques mois de la fin de son second mandat.

Amadou Toumani Touré, l'oublié de la République.

ATT est démis de ses fonctions en mars 2012 par un coup de force orchestré par le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État dirigé à l'époque par le capitaine Amadou Haya Sanogo. Le président déchu s'envolera pour le Sénégal qui l'accueille à bras ouverts. Alors qu’on le croyait à l'abri de toute poursuite judiciaire, il est visé dès l'année 2015 par la justice française qui souhaite l'entendre comme témoin dans le cadre de l'enquête sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi. Réputé très proche du guide libyen, il sera interrogé le 24 mars 2015 par la Division des investigations criminelles (DIC), une unité de la police sénégalaise, sous l'oeil vigilant de deux magistrats français.

En novembre 2015, la Commission ad hoc de l'Assemblée nationale malienne a déposé son rapport sur la table des élus qui doivent examiner à leur tour les recommandations de ladite Commission. Si les parlementaires maliens se prononcent en faveur d’une telle décision, la Haute Cour de Justice pourra ordonner dès lors la comparution d’Amadou Toumani Touré pour haute trahison et tout le remue-ménage qui accompagne la procédure se mettra en branle. On lui reproche la gestion calamiteuse du pays durant sa présidence. L'affaire est toujours en suspens. Suivant les dispositions de l’article 95, aliéna 2 de la Constitution du 25 février 1992 et qui stipule que : « La mise en accusation est votée par scrutin public à la majorité des 2/3 des députés composant l’Assemblée nationale soit par 98 députés sur 147. »