Burkina Faso : Yacouba Isaac Zida, une épine dans les pieds de Roch Kaboré ?

Yacouba Isaac Zida continue de défrayer la chronique au pays des hommes intègres. Inconnu du grand public il n'y a pas longtemps, cet officier supérieur de l'armée burkinabè a fait son apparition au-devant de la scène à la faveur du renversement du président Blaise Compaoré en octobre 2014. Désigné chef de l'État lors de la transition au Burkina Faso par l'armée le 1er novembre 2014, il est nommé Premier ministre par le président de la transition, Michel Kafando le 21 novembre. Gros plan sur un homme au parcours atypique.

Yacouba Isaac Zida, de l'ombre à la lumière

Yacouba Isaac Zida, quinquagénaire et père de trois enfants, est longtemps resté dans l'antichambre du pouvoir auprès de son mentor, un certain Blaise Compaoré. Après ses études universitaires à Ouagadougou, il entre à l'Académie militaire Georges Namoano de Pô en 1993 avant d'aller décrocher un master de management international de l'IAE à l'université Lyon III en France. Il a également suivi une formation militaire variée à l'étranger, du Maroc (Meknès) au Cameroun (Yaoundé) en passant par Taiwan et le Canada. Il participe également à une formation antiterroriste à l'université des forces spéciales de Tampa en Floride.

Auréolé de tout ce bagage, il intègre en 1996 le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) du président Compaoré, d'abord en tant que commandant de compagnie, puis commandant de groupement avant d'être nommé adjoint du chef de corps du RSP. Bombardé lieutenant-colonel, il sera l'officier de liaison dans le cadre de la médiation de Compaoré durant la crise ivoirienne. Mais à la faveur de la chute de l'ancien dictateur, il prend le pouvoir le 31 octobre 2014 en déclarant assumer les responsabilités de chef de l'État du Burkina Faso. Mais la pression internationale lui fera renoncer à ses ambitions avant d'être nommé Premier ministre de la transition par le président Michel Kafando.

Yacouba Isaac Zida et Michel kafando, le duo de choc

Yacouba Isaac Zida (Premier ministre) et Michel Kafando (Président) formeront un véritable tandem à la tête de la transition burkinabè. L'un militaire et l'autre civil, ces deux hommes ont décidé de travailler en bonne intelligence pour sortir le Faso de ses multiples années de crise. Ainsi ont-ils mis en place un gouvernement militaro-civil afin d'engager des réformes de salut public pour le grand bonheur des Burkinabè. Le général Isaac Zida dissout au passage le régiment de Sécurité présidentielle (RSP), la garde prétorienne de Compaoré. Cette transition devait déboucher sur l'organisation d'élections couplées législatives et présidentielle

Mais contre toute attente, le général Gilbert Diendéré et ses hommes du RSP tentent de renverser le pouvoir de transition le 16 septembre 2015 alors que ces élections de sortie de crise approchaient à grands pas (octobre 2015). Mais dans un baroud d'honneur, et appuyé par le peuple burkinabè et la communauté internationale, le tandem Kafando-Zida met le général putschiste et ses hommes aux arrêts. Ce tandem conduira donc la transition à son terme avec les élections du 29 novembre qui consacrent l'accession de Roch Marc Christian Kaboré à la tête du Burkina Faso. Mais avant de s'en aller, Yacouba Isaac Zida fera signer au président Kafando un décret, à l'abri de tous les regards, qui le nomme Ambassadeur du Faso aux États-Unis.

Roch Kaboré l'iconoclaste

À peine arrivé au pouvoir que le président Roch Marc Christian Kaboré décide de rompre avec les anciennes pratiques qui avaient cours au pays des hommes intègres. Il décide donc, avec son Premier ministre Paul Kaba Thiéba, de lancer la moralisation de la vie publique au Faso. Ainsi, la plupart des dossiers épluchés laissent entrevoir de véritables malversations et des passations de marchés publics qui ont été faites suivant des méthodes peu orthodoxes. L'acquisition de plusieurs terrains à Ouaga 2000 et la gestion opaque de 1,3 milliard de francs CFA (près de 2 millions d’euros) destinés au « budget militaire » sont imputées à Zida.

Ainsi l'ex-Premier ministre Isaac Zida, dont le nom serait lié à tous ces dossiers, a donc trouvé refuge au Canada où il avait pris soin de mettre sa famille à l'abri. Le président Roch Kaboré abroge au passage son décret de nomination en tant qu'ambassadeur et le somme de rentrer au pays pour répondre de ses responsabilités face à ces accusations qui fusent de partout. Mais face à l'inertie de l'ancien Premier ministre de transition, Roch Kaboré s'est voulu formel : « Je pense qu’il rentrera de lui-même au Burkina Faso, car, quand on assume des responsabilités à un certain niveau, il faut savoir faire face à sa propre histoire. »

Yacouba Isaac Zida et Soro Guillaume, le clash

Naguère alliés pendant la crise ivoirienne, Yacouba Isaac Zida et Soro Kigbafori Guillaume vont passer du stade d'une franche amitié à celui d'ennemis jurés. En effet, Isaac Zida, sur instruction du président Blaise Compaoré, était l'artificier en chef du convoyage du matériel militaire à la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles (FAFN) et de la formation des rebelles. Cette collaboration a donc créé de profondes relations entre ces deux hommes. Mais ces relations vont vite s'effriter pendant la tentative de putsch du RSP en septembre 2015.

En effet, Isaac Zida avait ouvertement accusé Soro Guillaume, Président de l'Assemblée nationale ivoirienne, d'être l'un des bras séculiers des putschistes. Il est même allé plus loin en déclarant que l'écoute téléphonique entre Djibril Bassolé et Guillaume Soro, dont les médias ont fait un large écho, est « bel et bien authentique », sans aucune autre forme de procès. Il a même pris soin d'obtenir de la justice militaire burkinabè, le 8 janvier dernier, un mandat d'arrêt international contre son ancien compagnon sans aviser le nouveau président élu. Ce qui a contribué à renforcer le fossé entre les deux compères d'hier.

Yacouba Isaac Zida lorgne le Kosyam

Yacouba Isaac Zida a goûté aux délices du pouvoir et il voudrait mettre tout en oeuvre afin de se donner un destin national. Pour arriver à ses fins, il a commencé à se constituer un réseau qui lui tracerait la voie vers le palais de Kosyam en 2020. Avec sa fortune amassée pendant sa « mission transitionnelle », le voilà qui manoeuvre dans l'ombre afin de réaliser son rêve.

Il serait donc devenu comme un os dans la gorge du président Roch Marc Christian Kaboré qui voudrait l'avoir sous sa surveillance. Mais le refuge canadien ne facilitant pas les choses, le nouvel homme fort du Faso voudrait faire mains et pieds pour rapatrier son compatriote qui serait devenu quelque peu gênant. L'opération mains propres qui a cours actuellement au pays des hommes intègres pourrait lui permettre d'arriver à cette fin. Attendons donc de voir de quoi demain sera fait.