Côte d'Ivoire : en dépit du bruitage, l'affaire Guy-André Kieffer piétine

Par Gary SLM
Publié le 16 avril 2016 à 13:40 | mis à jour le 16 avril 2016 à 13:40

L'affaire Guy-André Kieffer demeure encore très énigmatique. Douze ans après la disparition de ce journaliste franco-canadien sur les bords de la lagune Ebrié, toutes les enquêtes judiciaires entreprises aussi bien en France qu'en Côte d'Ivoire sont tombées dans une totale impasse. Ses proches continuent de se poser des questions sur ce qui s'est réellement passé.

L'affaire Guy-André Kieffer, une énigme sans fin ?

L'affaire Guy-André Kieffer continue de faire couler beaucoup d'encre et de salive. Disparu en Côte d'Ivoire le 16 avril 2004 alors qu'il enquêtait sur les probables malversations dans la filière cacao, aucune piste ne remonte, jusque-là, aux traces de ce journaliste d'investigations. À la suite des enquêtes menées en France par le juge Patrick Ramaël, il aurait été enlevé par un commando proche de l'ancien président Laurent gbagbo. Ces enquêtes indiquent également qu'il serait victime d'un piège tendu par Michel Legré, beau-frère de Simone Gbagbo, qui lui a donné rendez-vous sur le parking d'un supermarché où l'enlèvement a eu lieu.

Le 11 janvier 2006, un capitaine de l’armée ivoirienne (officier des services spéciaux), Jean-Tony Oulaï, est arrêté en banlieue parisienne et écroué. D'anciens militaires ivoiriens, Germain Bahagbe Daye et Sylvain Kouya Kane, l'accusent d'avoir été le chef du commando qui a kidnappé et fait disparaître le journaliste. Mais après avoir été arrêtés par la police ivoirienne, les deux hommes se rétractent, si bien que l'enquête est bloquée à ce niveau. Le 6 janvier 2012, un squelette a été exhumé à Issia (sud-ouest de la Côte d'Ivoire), cependant des tests ADN montrent qu'il ne s'agit pas du corps de Guy-André Kieffer.

Un nouveau juge d’instruction pour faire avancer le dossier

« Cette affaire a longtemps connu des obstructions dans la manifestation de la vérité. À un moment donné, les auteurs de l'enlèvement de Guy-André Kieffer ont bénéficié d'une protection. Cette situation est terminée, la justice passera » dixit Ally Coulibaly, le ministre ivoirien de l'Intégration Africaine et des Ivoiriens de l'Extérieur alors qu'il recevait les proches du disparu le 13 avril 2011.

Le dessaisissement de Patrick Ramaël en fin de mandat et la nomination des juges Cyril Paquaux et Nicolas Blot participent de cette volonté affichée de faire avancer les choses. Mais jusque-là, ces nouveaux juges saisis de l’affaire ne se sont rendus sur place qu’une seule fois depuis leur nomination. L’instruction souhaite entendre certains témoins clés à Abidjan, mais rien de concret pour l'instant. Une cellule spéciale d’enquête a été également créée à Abidjan pour faire toute la lumière sur la disparition de ce journaliste de Reporter Sans Frontières. Leurs résultats continuent de se faire attendre.

L'impatience des proches de Guy-André Kieffer

Douze ans, jour pour jour, après la disparition de ce journaliste franco-canadien, aucun indice déterminant ne vient élucider cette affaire. D'où la grande déception des proches de ce dernier, vu que le Président ivoirien, Alassane Ouattara, et l'ancienne ministre française de la Justice, Christiane Taubira, avaient donné toutes les assurances quant à accorder à ce dossier toute la diligence que cela requiert.

Osange Silou Kieffer, l’épouse du journaliste, Canelle Kieffer, sa fille, Bernard Kieffer (auteur du livre le frère perdu), Aline Richard, présidente de l'association Vérité pour Guy-André Kieffer et bien d'autres proches restent tous mobilisés pour qu'éclate un jour la vérité.

Mais après avoir pointé du doigt le régime Gbagbo pendant toutes ces années, et si les enquêteurs regardaient dans les placards d'en face ? Peut-être que la clé de l'énigme s'y trouverait.



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