La pseudo-émergence des pays africains

Par Gary SLM
Publié le 25 juin 2016 à 19:22 | mis à jour le 25 juin 2016 à 19:22

Que veut dire « émergence » ? Si l’on se réfère aux définitions multiples que nous offre internet, le moins que l’on puisse dire est qu’il y a à boire et à manger tellement l’imprécision est grande !

C'est quoi cette histoire d'émergence ?

C’est pourtant ce terme qui est choisi, apprécié, choyé, abondamment délivré dans certains journaux africains, repris en chœur par les politiciens de tout poil qui clament haut et fort que le pays est sur la voie de l’émergence, sans pouvoir réellement expliquer à quel concept répondent ces affirmations.

Aujourd’hui, nos amis africains, proches du pouvoir, servent de caisse de résonnance à ce concept et affichent un optimisme sans faille en vantant l’émergence, sans toutefois pouvoir la définir. C’est ainsi que beaucoup sont béats d’admiration devant les prouesses des gouvernants qui construisent un pont supplémentaire ou qui recouvrent d’une fine couche goudronnée de propreté une autoroute (la seule) pour l’inauguration d’un tronçon prolongeant le tracé initial.

Ces mêmes personnes se voient en zone d’émergence dans laquelle, selon elles, tout va changer.

Bien entendu, l’immense majorité est beaucoup plus réservée et n’a que peu d’espoir de voir leur vie s’améliorer réellement. C’est ainsi que les plus sages se demandent si l’émergence se mange ou si un pont permet de mieux garnir une assiette !

Les investissements sont évidemment nécessaires ; l’amélioration des infrastructures est normale et souhaitable, mais l’argent public qui est nécessaire à ces réalisations ne provient pas des investisseurs privés qui sont de vrais indicateurs de la bonne santé d’une économie.

L’argent public est trop souvent le résultat d’un emprunt qu’il faudra rembourser un jour à des conditions que très peu de spécialistes connaissent. On rembourse toujours plus que l’on a emprunté. Il est même courant de réemprunter pour rembourser accumulant ainsi un portefeuille de dettes qui se soldent par des tractations au Club de Paris où l’on négocie les remises de dettes.

On affiche fièrement un accord PPTE (Pays Pauvre Très Endetté) en présentant ce fait d’armes comme le résultat d’un long cheminement de négociations, de dossiers fabriqués à grands frais en oubliant qu’être fier de sa pauvreté est loin d’être un titre de noblesse.

On se complait dans une condition très modeste, on maintient son peuple dans les difficultés journalières, mais on est fier de négocier des remises de dettes dont les résultats devront être, en principe, engloutis dans le domaine de l’éducation ou de la santé publique sous forme de contrats C2D aussi compliqués que peu efficaces.

Les gouvernants qui expliquent avec détails à l’appui la nouvelle politique suite à ces remises de dettes, oublient de préciser que leurs enfants étudient à grands frais dans des écoles européennes ou aux États-Unis ; qu’eux-mêmes se font soigner pour le moindre petit bobo dans les hôpitaux européens célèbres ou dans des cliniques suisses couteuses ; jusqu’à leurs costumes et chaussures de qualité qui sont achetés dans les boutiques de luxes de l’étranger.

N’y a-t- il pas de vraies questions à se poser sur l’avenir de ces pays africains ?

On ne demande pas à un Président d’une république de s’abaisser ; on connait la grandeur de la fonction. Mais n’est-il pas normal de se poser la question de savoir si ce même président a réellement conscience des réalités du peuple qui l’a élu presque démocratiquement ?

Un Président qui sort de chez lui un jour de grande pluie, ne prendra jamais une goutte d’eau sur son magnifique costume, pas un cheveu ne sera touché ; les nombreux serviteurs, garde du corps et autres valets déploieront des trésors de génie pour que soit abritée leur idole.

Dans sa voiture blindée et climatisée, il ne ressentira jamais les effets des heures d’embouteillages que subit le commun des mortels ; son escorte et tous les services de sécurité bloqueront toutes les rues provoquant ainsi de graves difficultés aux autres usagers … qu’importe, c’est le Président.

Il ne connaitra jamais les difficultés liées aux grèves des compagnies aériennes ou aux prix des billets d’avion ; ses avions et hélicoptères personnels le mettent à l’abri de ces petites contingences.

Dans son bureau cossu, il ne ressentira jamais les effets des coupures de courant puisqu’un groupe électrogène prendra le relais en cas de besoin.

Les plats qu’il adore lui seront régulièrement servis par son illustre cuisinier tandis que les pauvres femmes besogneuses pileront le peu de bananes plantain qu’elles auront pu négocier avec le reste de « jetons ». Qui dira au Président que le prix des produits vivriers est devenu intenable ? Il faudra que des journaux s’en fassent l’écho pour que les RG fassent une note qui remontera jusqu’au ministre de l’Intérieur qui n’informera pas le Président pour ne pas l’irriter.


Le Président voyage, pour le bien du pays bien sûr. Il est peu présent au pays, mais son premier ministre assure le quotidien. Ses résidences à l’étranger ou les hôtels de grand luxe lui servent d’abri provisoire.

Dans nos pays africains, un Président, dès qu’il entre en fonction, perd effectivement le sens des réalités et s’éloigne de son peuple qui, lui, doit gérer le cortège de ses véritables problèmes.

Messieurs les Présidents, personne ne vous a obligé à vous sacrifier comme vous aimez à le répéter. Ayez un peu de compassion pour ceux qui vous ont installé ; acceptez que vos conseillers vous disent la vérité ; respectez votre peuple, il vous encouragera ; acceptez les réalités sans vous en offusquer ; faites-vous soigner dans vos hôpitaux pour mieux apprécier les degrés d’urgence dans vos actions. Et puisque vous n'avez rien d'un suicidaire, cela va vous amener à financer rapidement l'installation des services spécialisés qui manquent sur place et qui vous font courir vers l'hôpital américain de Paris, à Neuilly-sur-Seine, à la moindre fièvre. Président, vous n'êtes pas sans savoir que le petit transporteur du coin qui a le même droit que vous à la vie mérite d'être soigné alors que la mort lui pend au nez à la moindre maladie sérieuse. Vous le savez bien, il n'a pas les moyens de rallier Paris pour s'y faire traiter comme vous, ô président.

Après tous, un chef d'État qui se dit indépendant devrait avoir honte de confier sa santé à un autre dont il se sent l'égal. Hors depuis le temps de feu FHB, les meilleures fiches de santé des chefs d'État africains sont dans les hôpitaux étrangers, et surtout français.

Pour admirer l’enseignement et les actions de vos ministres concernés, inscrivez vos enfants dans vos écoles pour qu’ils apprécient la médiocrité de l’enseignement distillé les jours où la grève n’est pas effective dans des classes vétustes de plus de cent élèves. Une couche de peinture, vous le savez, ne va pas vous convaincre vous et vos collaborateurs, d'inscrire vos petits dans les écoles que vous dirigez.

En un mot : Remettez les pieds sur terre et vous parlerez d’émergence quand les conditions seront réunies.

Avec l'émergence, nos leaders nous disent "à vous l'odeur, à nous le gout !"




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