Prix Mo Ibrahim : aucun leader africain digne de l'excellence ?

Par Gary SLM
Publié le 27 juin 2016 à 19:36 | mis à jour le 27 juin 2016 à 19:36

Le comité d'attribution du prix Mo Ibrahim n'a pas désigné de lauréat pour l'année 2015. A en croire les organisateurs de ce prix, aucun dirigeant africain n'a été capable, pour cette édition, de se distinguer par son leadership d’excellence en Afrique, critère essentiel pour décerner ce prix institué par le milliardaire anglo-soudanais Mohamed Ibrahim. Et pourtant la plupart des hommes d'État africains claironnent à longueur de journée que leur pays est sur la voie de l'émergence. Quel pourrait donc être la cause de ce naufrage collectif ? Et si le résultat 2015 de la fondation Mo Ibrahim était révélateur du mirage servi par les hommes politiques aux peuples africains ? Afrique sur 7 a décidé de se pencher sur la question.

Prix Mo Ibrahim, pas de lauréat pour 2015

Le verdict du prix Mo Ibrahim pour l'année 2015 est sans appel : aucun leader africain n'a été trouvé digne d'en être le lauréat. En effet, le but recherché par l'instauration de ce prix en 2007 est la promotion de l'image de l'Afrique résolument motivée par la volonté d'éradiquer la corruption et la mauvaise gouvernance en son sein. Ainsi, à en croire ses initiateurs, les 54 pays africains sont évalués selon 93 critères répartis en quatre catégories : sécurité et Etat de droit, participation et droits de l’homme, développement économique durable et développement humain. Il revient donc aux Chefs d'État d'évaluer les risques, de définir et de hiérarchiser les priorités, de canaliser les efforts et les ressources afin de s'assurer de la bonne marche du pays et surtout de la redistribution équitable des richesses. Au vu de ces critères, le comité d'attribution devrait pourtant avoir l'embarras du choix pour décerner le prix, tant tous les dirigeants africains, à renfort de publicité et soutenus par leurs bras séculiers, ne cessent de se vanter de la mise en oeuvre d'un projet de société incubateur en vue d'sortir leurs concitoyens de la pauvreté.

Que nenni! Force est de constater que là où l'on parle d'émergence, c'est plutôt des peuples qui croupissent sous le poids d'une paupérisation qui était pourtant censée disparaitre avec la pluie de milliards qui leur avaient été longtemps annoncée. La construction d'une Nation forte et unie a laissé place à une «tribalisation» et une «clanisation» du débat politique. Nul besoin de parler de la réconciliation entre fils et filles d'un même pays, tant les dirigeants semblent faire corps avec la maxime «diviser pour mieux régner». La mise sous les verrous des opposants ou le musellement de l'opposition semble devenir la méthode communément admise par ces hommes forts pour diriger, sans risque de se voir contredire; le tripatouillage des Lois fondamentales pour s'offrir un énième mandat, envers et contre tous... Et cette liste est très loin d'être exhaustive.

Bien évidemment toutes ces méthodes qui semblent quelque peu anachroniques ne pouvaient véritablement échapper à la vigilance de cette fondation qui s'est fixé comme mission d'aider l'Afrique à se débarrasser de ses dictateurs corrompus et invétérés. Ceci expliquant cela, l'année 2015 a donc été blanche pour la fondation Mo Ibrahim. Et pourtant, certains leaders africains avaient pu se distinguer, les années antérieures, pour mériter la confiance de la fondation. Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique (2007) pour son engagement à sortir son pays de la famine et de la violence, Festus Mogae, ancien président du Botswana (2008) pour avoir « assuré la stabilité et la prospérité durant son mandat », Pedro Pires, le président du Cap-Vert (2011) qui a assuré la démocratie, la stabilité et le développement à son pays et enfin Hifikepunye Pohamba, ancien président de la Namibie (2014) pour son travail « de cohésion et de réconciliation nationales ».

De la qualité des Chefs d'État africains

De la lutte émancipatrice des pères fondateurs à nos jours, on dénombre plusieurs profils des dirigeants africains. Qu'ils soient officiers français, poètes, intellectuels, technocrates, putschistes, enfants de présidents, hommes d'affaires, plusieurs hommes se sont arrivés à la tête des États dans des conditions qui laissent à désirer. Voulant servir les intérêts de ceux qui les ont aidés à briguer la magistrature suprême, certains d'entre ces Chefs d'État ont carrément tourné le dos aux intérêts de leurs populations. Il devient donc difficile dans ces conditions d'oeuvrer au vrai épanouissement des peuples qui attendent pourtant beaucoup de leurs dirigeants.


Que ce soit en 2020, en 2035 ou en 2050, l'émergence est devenue un objectif capital vers lequel semblent courir les actuels dirigeants de la quasi-totalité des pays africains. Mais ce concept devient de plus en plus un simple slogan, eu égard au hiatus existant entre la mise en oeuvre d'une vraie politique de développement et les différentes proclamations. Le fait que le prix Mo Ibrahim n'ait pas eu preneur cette année doit donc interpeller les leaders africains qui disent lutter pour le bien-être de leurs peuples. Ces leaders doivent donc comprendre les véritables aspirations de leurs concitoyens afin d'influer positivement sur leur quotidien. C'est en cela qu'il faut éviter de déplacer les problèmes, mais plutôt de les résoudre, condition sine qua non pour une véritable émergence de l'Afrique. Et c'est seulement à partir de là que l'on peut prétendre à l'excellence et mériter d'être célébré.