Centrafrique : Sangaris quitte Bangui en dépit de l'enlisement de la crise

Par Gary SLM
Publié le 28 octobre 2016 à 19:09 | mis à jour le 28 octobre 2016 à 19:09

Les soldats français de l'opération Sangaris partiront de la Centrafrique, le lundi 31 octobre. Le départ de cette force étrangère venue imposer la paix intervient au moment où la situation sécuritaire demeure encore tendue. Et, ce ne sont nullement les promesses du Quai d'Orsay qui viendraient rassurer les Centrafricains meurtris.

Sangaris s'en va, les risques de chaos demeurent en RCA

Lancée en 2013, l'opération française Sangaris a été effectivement déployée à Bangui du 5 au 8 décembre 2013. En effet, ces soldats français avaient pour mission de sécuriser une République centrafricaine (RCA) en proie à des affrontements entre les milices Séléka, à majorité musulmane, et les Anti-balaka, d'obédience chrétienne. En dépit des efforts qui ont abouti à l'élection du président Faustin-Archange Touadéra, le pays n'est nullement sorti de l'ornière. Comme une véritable poudrière, il suffit de peu pour que la situation dégénère rapidement. Les affrontements de Kaga-Bandoro, le 12 octobre dernier, causés par un fait anodin de vol, ont fait 45 morts. Quant à l'opération ville morte décrétée par la société civile, le lundi dernier, pour réclamer le départ de la Minusca jugée trop amorphe et inefficace face à la situation sécuritaire, elle a fait 4 morts et 15 blessés.

C'est dans ce contexte de ni paix ni guerre que Sangaris entend plier bagage et partir définitivement de la RCA. Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, sera sur place pour acter la fin de cette mission française. Ce départ qui a été maintes fois reporté semble désormais irréversible, près de trois ans après le lancement de l'opération. Le coût de cette intervention française en Centrafrique est estimé à 200 millions d’euros (plus de 130 milliards de francs CFA). Pour Le Drian : «L’opération Sangaris a été un succès. » Les 900 soldats restants d'un effectif initial de 2500 hommes peuvent rentrer avec le sentiment du devoir accompli.

Le risque de génocide inquiète la population

N'empêche que pour certains observateurs, « un risque de génocide » plane sur le pays comme une épée de Damoclès. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean Marc Ayrault a tenté de rassurer les Centrafricains en ces termes : « Bien entendu, nous ne laissons pas tomber la Centrafrique. » Quelques 350 militaires français resteront sur place, dont une unité équipée de drones tactiques, qui épaulera la Minusca. D'aucuns franchissent tout de même le pas pour comparer l'opération Sangaris à sa défunte ainée Turquoise lors du génocide rwandais. Pour d'autres, les Français quittent le pays parce qu'ils ont fini de le piller. Comparaison n'est certes pas raison, mais une vigilance accrue s'impose pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Quoi qu'il en soit, il revient aux nouvelles autorités centrafricaines d'oeuvrer à restaurer la paix et la stabilité en RCA. Le Cardinal Dieudonné Nzapalainga a déjà devancé les politique pour prêcher la paix entre les différentes communautés du pays. Mais ses actions ont véritablement besoin d'être appuyées afin de ramener la confiance entre ces populations qui se regardent désormais en chien de faïence. La guerre n'a jamais profité à un peuple à part qu'elle contribue à renforcer les clivages. Les Centrafricains devront donc apprendre à compter sur eux-mêmes de par un véritable sursaut national. C'est dans cette optique que le président Touadéra a rencontré, ce vendredi, les forces vives du pays pour parler paix.



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