Côte d'Ivoire/séquestration des leaders syndicaux : déclaration du FPI tendance Abou Drahamane Sangaré

Par Gary SLM
Publié le 26 janvier 2017 à 01:04 | mis à jour le 26 janvier 2017 à 01:04

La séquestration des leaders syndicaux par le gouvernement en Côte d'Ivoire a poussé le FPI dirigé par Abou Drahamane Sangaré à produire une déclaration dans laquelle M. Boubacar Koné, Secrétaire général adjoint et porte-parole de cette tendance du Front Populaire Ivoirien est largement revenu.

Déclaration: le FPI d'Abou Drahamane Sangaré dénonce la séquestration des leaders syndicaux

" Préambule

Face, depuis 2011, à la surdité permanente et au constant mépris des pouvoirs publics relativement à leurs revendications, chaque fois formulées et réitérées aux cérémonies de la « fête du travailleur » du 1er mai de chaque année que le chef de l’Etat, M. Alassane Dramane, n’a durant cinq ans jamais daigné honorer de sa présence, les fonctionnaires de Côte d’Ivoire ont décidé de s’organiser en faîtières syndicales pour mieux se faire entendre. Ainsi a d’abord vu le jour la plateforme des organisations syndicales de la Fonction Publique dont la direction a été confiée à Gnagna Zadi Théodore, puis l’intersyndicale des fonctionnaires pilotée par Jean Yves Abonga.

Faisant ainsi valoir leurs droits à la liberté syndicale reconnue par la Constitution ivoirienne d’Août 2000, y compris celle mort-née de la prétendue troisième République d’octobre 2016, ces deux faîtières se sont accordées pour lancer un mot d’ordre de grève de l’ensemble des fonctionnaires pour cinq jours à compter du 9 janvier 2017. Cela dans le strict respect des règles et procédures syndicales en vigueur. Leurs revendications portant sur la pension de retraite, le stock des arriérés de salaires, le paiement des 150 points d’indice, le précompte des cotisations à la source, l’intégration des journaliers à la Fonction publique et le respect des libertés syndicales, ont été déjà suffisamment expliquées, par leurs propres soins, et par nous aussi dans nos précédentes déclarations de soutien, pour ne plus y revenir ici. Nous ne nous intéresserons ici qu’aux faits relatifs à la réaction des pouvoirs publics, face à ces revendications, et notre analyse qui en découle.

1- Les Faits

· Lundi 9 janvier 2017, début de la grève. Le taux de participation observé a été, en fin de journée, de 92% ;

· Mardi 10 janvier 2017, le mouvement prend plus d’ampleur et la participation monte à 95%. Les pouvoirs publics se blottissent dans un silence encore plus méprisant. Pas la moindre allusion officielle à cette grève. Il en sera ainsi jusqu’au vendredi 13 janvier. Ce qui a conduit tout naturellement les faîtières organisatrices de cette grève à la reconduire pour cinq autres jours, haussant ainsi le ton ;

· Lundi 16 janvier 2017 le gouvernement décide enfin de sortir de son mutisme par son ministre de la Fonction publique qui demande aux syndicats d’ordonner la reprise du travail avant toute discussion. Ce qui est jugé inacceptable par les faîtières en l’absence du moindre début de réponse à leurs préoccupations. Le ballet des échanges avec des membres du gouvernement se poursuit sans résultats tangibles, en dehors de quelques vagues concessions sur la pension de retraite, le précompte des salaires, les libertés syndicales et l’intégration des journaliers à la Fonction Publique.

L’Assemblé Générale des fonctionnaires convoquée par les responsables syndicaux, juge insuffisants les résultats obtenus et décide à une très forte majorité de poursuite la grève pour encore cinq autres jours, en vue de la satisfaction des points essentiels de leurs revendications : Le déblocage des arriérés de salaires et le retrait de l’ordonnance anti sociale 303 du 04 avril 2012 portant régime des pensions. Les fonctionnaires de Côte d’Ivoire se sont sentis d’autant plus confortés dans leurs revendications que le chef de l’Etat venait, le vendredi 13 janvier, de prendre la décision suivie d’effets immédiats de payer une dette privée à la milice privée qui l’a porté au pouvoir, avec l’argent des contribuables qu’ils sont.

La réaction du gouvernement ne s’est pas faite attendre. Elle a été d’une brutalité et d’une sauvagerie sans nom. Son chef, le premier ministre lui-même, qui pourtant avait fait annoncer que les négociations reprendraient le mardi 24 janvier, convoque le dimanche 20 janvier, à ses bureaux de la Primature, les responsables syndicaux pour une réunion à 20h. Ces responsables qui se sont rendus de bonne foi à cette réunion, se verront en lieu et place d’échanges, séquestrés. La déclaration de suspension de la grève faite par l’un des leaders syndicaux sur la première chaine de la RTI, dans la nuit du dimanche 22 janvier 2017, a été dictée sous menaces, dans ce contexte de séquestration.

2- Notre analyse

La première observation qui découle des faits ci-dessus est que le gouvernement ivoirien qui lors des négociations avec les syndicats s’était gargarisé de leur avoir offert comme concession la jouissance des libertés syndicales, se retrouve le lendemain même en flagrant délit de non respect de la parole donnée en séquestrant les responsables syndicaux. Quel crédit accorder en conséquence à un gouvernement et un chef d’Etat qui procèdent à des traitements à deux vitesses entre ses citoyens, payant grassement les uns parce que détenant les armes, et méprisant les civils considérés comme des sous hommes, taillables et corvéables à merci.

Le Front Populaire Ivoirien, constant dans son ferme soutien à ses partenaires naturels :

– Condamne avec la dernière énergie ces pratiques moyenâgeuses ;

– Exige du pouvoir le strict respect des droits et libertés des citoyens ;

– Réitère son soutien inconditionnel aux organisations syndicales des Fonctionnaires en lutte pour leur bien-être ;

– Invite le peuple de Côte d’Ivoire dans son ensemble à soutenir la juste lutte des fonctionnaires, qui est aussi la leur.

Fait à Abidjan le 23 janvier 2017

Pour le Front populaire Ivoirien

Le Secrétaire général adjoint,

Porte-parole

Koné Boubacar "



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