Côte d’Ivoire- CPI: Procès Laurent Gbagbo- Blé Goudé, l’armée avait lâché le président

Par Gary SLM
Publié le 21 février 2017 à 14:46 | mis à jour le 21 février 2017 à 14:46

M. Brédou M’Bia, témoignant à la CPI dans le procès Laurent Gbagbo - Blé Goudé, a fait des révélations qui montrent que l’ancien chef d’État avait été lâché par son armée. Ce témoignage explique donc pourquoi les forces rebelles fidèles au Président Ouattara n’avaient rencontré aucune résistance à leur départ du Nord pour le Sud.

Le jusqu'au-boutisme de Laurent Gbagbo ne reposait pas sur son armée

Emprisonné depuis la fin de la crise postélectorale en 2011, Laurent Gbagbo n’avait en réalité que peu de soutiens au sein de son armée. Plusieurs de ses généraux qui avaient fait défection avant la fin de cette crise lui avaient demandé de quitter le pouvoir, selon M. Brédou M’Bia, ancien directeur général de la Police nationale.

Ce dernier a confié à la barre : « Nous avons rencontré effectivement le président de la République, le ministre de la Jeunesse et des Sports M. Charles Blé Goudé, le ministre des Affaires étrangères, le ministre de l’Intérieur, le ministre de la Défense et les grands commandements. » L’objet de cette rencontre était de faire une proposition au Président Laurent Gbagbo. « Nous n’avons pas discuté. Nous sommes venus faire une proposition… Notre proposition, c’est si possible de se retirer… Après les élections, il a été dit qu’il ne les avait pas remportés. Et donc nous souhaitions qu’il ne poursuive pas l’ exercer de la fonction de chef de l’État pour éviter les difficultés.»

Selon M. Brédou M’Bia, le président Laurent Gbagbo « n’a pas donné de réponse. « Il a dit j’ai compris » ». Avant d’aller parler au président Gbagbo, la haute hiérarchie de l’armée ivoirienne avait fait des réunions à l’État major des Armées. « Tous les grands commandements étaient présents » à cette réunion, selon le témoin. Il révèle également que le Général Philippe Mangou avait fait cette démarche auprès du président, mais que celle-ci était restée sans suite. C’est donc après l'échec de son initiative personnelle que l'ancien Chef d'Etat Major des Armées aurait recommandé aux autres patrons d’aller parler au chef de l’État.

On apprend de M. Brédou M’Bia que le commandant supérieur de la Gendarmerie de l’époque, M. Edouard Kassaraté Tiapéne ne voulait pas aller à ces réunions. Il ne se serait ravisé qu’à la dernière minute pour accompagner ses collègues patrons de l’armée lors de leur rencontre avec le président. Cela explique son limogeage dès la fin de la crise.


Laurent Gbagbo pouvait cependant compter sur la fidélité à toute épreuve du Général Dogbo Blé Bruno et de quelques officiers. Ces derniers n’étaient pas à ces réunions et ont poursuivi leurs missions jusqu’à son arrestation par l’armée française, qui l’a ensuite livré aux ex-rebelles.