Côte d’Ivoire : arrestation de Sam l’Africain, que d’erreurs du procureur de la République

Par Gary SLM
Publié le 20 mars 2017 à 10:47 | mis à jour le 20 mars 2017 à 10:47

Avec le procès à venir de SAM JICHI Mohamed alias SAM l’Africain, la question de l’indépendance de la Justice va une nouvelle fois se poser en Côte d’Ivoire. Après son meeting animé à Yopougon, meeting dans lequel il critique le pouvoir en place, Sam l’Africain a été mis aux arrêts et déféré devant le parquet. Le procureur de la République, M. Adou Richard Christophe a ensuite tenté d’expliquer cette décision controversée de la justice ivoirienne.

Des journalistes à Sam l'Africain, M. Adou Richard taille un costard sur mesure à Ouattara

En Côte d’Ivoire, il semble interdit de critiquer le pouvoir de M. Ouattara et Sam l’Africain est en train de l’apprendre à ses dépens. Alors que la vie est particulièrement difficile pour les citoyens du pays, une petite élite appartenant au pouvoir continue de s’enrichir avec boulimie, ce qu’a dénoncé le président de la Nouvelle Alliance de Côte d’Ivoire pour la Patrie (NACIP) avec un verbe incisif.

Cet Ivoiro-Libanais qui se sent entièrement ivoirien a tenté de contrer les propos de ceux qui le traitent d’étranger. Pour se faire comprendre, il a déclaré : « (le président Ouattara) Alassane et moi avons le même statut. Il est ivoirien, je suis ivoirien. Il a eu (des) papiers ivoiriens, moi (aussi) j’ai eu des papiers ivoiriens. On est même chose, si vous voulez je sors ma carte d’identité ivoirienne pour vous la montrer, je suis ivoirien. Lui, son épouse n’est pas ivoirienne, moi ma femme est ivoirienne. Lorsqu’il y a eu les mutineries, la première personne à fuir la Côte d’Ivoire, c’est sa femme. Il n’y avait pas d’avions (qui décollent de l’aéroport d’Abidjan), elle a fui en passant par le Ghana... Et donc si demain la Côte d’Ivoire brule, elle va nous laisser pour partir. Mais moi, ma femme va aller où ? On va rester ensemble ici…»

Cette déclaration qui méritait tout au plus un démenti des autorités, sur les mouvements de la première dame Mme Dominique Ouattara, vaut à Sam l’Africain son arrestation. Le procureur de la République, M. Adou Richard Christophe tente d’expliquer cette décision de la justice en disant :

"Le samedi 11 mars 2017, lors d’un meeting qu’il a animé à Yopougon, le nommé SAM JICHI Mohamed alias SAM l’Africain a tenu des propos incitant à la haine tribale, à la xénophobie et à la révolte des militaires.

Ces propos, d’une particulière gravité au moment où les plus hautes autorités de notre pays œuvrent à la réconciliation nationale et à la restauration de la cohésion sociale, sont constitutifs d’infractions prévues et punies par les articles 199, 200 et 201 du Code Pénal.

Interpellé dans le cadre de l’enquête ouverte à cet effet, le nommé SAM JICHI Mohamed a été déféré ce vendredi 17 mars 2017, au Parquet qui l’a traduit devant le Tribunal Correctionnel, suivant la procédure de flagrant délit.

Fait à Abidjan, le 17 mars 2017

Le Procureur de la République

ADOU Richard Christophe"

Quand le procureur Adou Richard fait douter de la Côte d'Ivoire

Le procureur trouve donc que c’est le discours de Sam l’Africain qui entrave le processus inexistant de réconciliation en Côte d’Ivoire. Certains cadres de l'opposition ivoirienne qui ont accepté de rentrer au pays se retrouvent pour certains dans des prisons dispersées dans le pays sans aucun jugement. Le cas le plus parlant reste celui de l'ancien ministre Asoa Adou.


Récemment, 6 journalistes ivoiriens avaient été arrêtés pour avoir écrit que le gouvernent avait accepté de payer des primes aux mutins d’Adiaké. Ce même procureur dénonçait à l’époque une incitation à la révolte de militaires, ce qui était déjà invraisemblable. Il avait finalement libéré ces journalistes après la forte mobilisation des médias, qui commençaient à dénoncer l’existence d’un État policier en Côte d’Ivoire. L’arrestation de Sam l’Africain continuera certainement de jeter le discrédit sur la sincérité de la démocratie en Côte d’Ivoire des années Ouattara.

Cette arrestation de Sam l'Africain divise la classe politique, y compris dans les rangs du RDR. Un cadre du parti contacté par notre rédaction à Paris a déclaré : "Je commence à avoir des doutes sur les actions du procureur de la République, M. Adou Richard. Après l'épisode des journalistes, il nous ramène une affaire Sam l'Africain. J'ai vu la vidéo de Sam l'Africain et je ne vois pas du tout où il dit des choses graves et intéressantes. On donne de l'importance à quelqu'un qui n'en a aucune et c'est déplorable. Il est opposant, il est dans son rôle de critiquer les actions du chef de l'État... Maintenant qu'il est arrêté, tout le monde va penser que l’opposition est muselée en Côte d’Ivoire. Ce type d'agissement est une mauvaise publicité pour le président qui fait un travail en profondeur pour le pays. C’est dommage."