Côte d'Ivoire : Guillaume Soro, allié ou ennemi de la République ?

Par Gary SLM
Publié le 08 juillet 2017 à 10:28 | mis à jour le 08 juillet 2017 à 10:28

Guillaume Soro fait en ce moment l'objet de vives polémiques aussi bien en Côte d'Ivoire qu'à l'extérieur du pays. Tandis que certains le dépeignent comme un homme tourné vers la paix, d'autres le voient toujours en chef de guerre. L'accusant même d'être derrière les récents évènements qui ont secoué le pays.

Guillaume Soro, un homme énigmatique

Il a été révélé dans les années 90, alors qu'il était à la tête du puissant syndicat estudiantin, la FESCI. Recherché par les autorités sécuritaires pour son militantisme, il vivait dans la clandestinité. Aussi, le ministre ivoirien de la Sécurité d'alors, Dibonan Koné, avait déclaré sur les antennes de la télévision nationale : « Je suis à la recherche de Soro. » Du berger à la bergère. La réponse du syndicaliste ne s'est pas fait attendre : « Dites à Dibonan que moi aussi je le cherche. » Cette phrase anodine avait par ailleurs attiré l'attention de l'opinion sur l'homme. Guillaume Soro, car c'est de lui dont il s'agit.

Après s'être fait oublier pendant quelques années, Tiéni Gbanani a ressurgi le 19 septembre 2002 à la tête d'une rébellion. Ce fut son entrée fracassante sur la scène politique. Secrétaire général du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI, branche politique de la rébellion), Soro a su imposer son leadership, neutralisant au passage ses adversaires qui lui contestaient sa chefferie. Aussi, au terme de plusieurs accords entre le gouvernement de Laurent Gbagbo et la coalition opposition-rebelle, GKS a fait ses premiers pas dans le gouvernement, avant d'en devenir le chef (Premier ministre) quelques années plus tard.

Ouattara-Soro, un tandem qui marchait pourtant bien

Au terme d'une crise postélectorale qui s'est soldée officiellement par 3000 morts , Laurent Gbagbo a été évincé du pouvoir. Alassane Ouattara avait alors reconduit Guillaume Kigbafori Soro dans son rôle de Premier ministre, doublé de la fonction de ministre de la Défense. Mais le président Ouattara avait promis la Primature au PDCI, son allié du RHDP ; il fallait donc trouver un point de chute à Soro. C'est alors que le natif de Ferkessédougou a été désigné président de l'Assemblée nationale ivoirienne le 12 mars 2012, poste qu'il a conservé jusqu'à ce jour. Il semblait, par conséquent, le dauphin constitutionnel du Président de la République.

Cependant, avec l'avènement de la 3e République, les choses ont quelque peu changé. Bogotha a perdu sa position de 2e personnalité de la République pour être relégué à la 4e. C'est alors le signe annonciateur d'une certaine fracture entre les deux hommes. Même si dans les discours officiels le chef de l'État et le PAN affichent une parfaite symbiose, des sources bien introduites indiquent que les deux hommes s'évitent soigneusement. Et pour amplifier cette ambiance morose, la succession du président Ouattara en 2020 s'ajoute comme une véritable pomme de discorde. Des noms circulent du côté du palais présidentiel, mais celui de Soro semble ne pas concorder avec le plan de succession; néanmoins, sans s'en émouvoir, Soro semble tracer sa voie.

Guillaume Soro et son ambition présidentielle

Même si GKS nie vouloir le pouvoir ici et maintenant, ses faits et gestes, ainsi que les propos de ses lieutenants, le trahissent énormément. En effet, que ce soit Alain Lobognon, Franklin Nyamsi ou bien d'autres proches du PAN, les communications sont bien rodées. Pas question de laisser passer les attaques qui pourraient contribuer à ternir davantage l'image de leur champion. Aussi bien sur les réseaux sociaux que par presse interposée, la contradiction est très vite apportée à toute attaque destinée à affaiblir le PAN. Mieux, les appels de Soro au pardon, à la réconciliation nationale, à la libération des prisonniers sont autant d'indices qui attestent que l'homme se reconnait un destin national.

Cependant, ses détracteurs disent de lui que c'est un homme pressé, obnubilé par le pouvoir qu'il vise à tout prix, même, si nécessaire, par la force des armes. La découverte de grenades et de gilets pare-balles lors d’une perquisition dans sa villa de Ouagadougou, en octobre 2015, la découverte d'une cache d'armes (AK 47, lance-roquettes, munitions...) lors d'une mutinerie chez son directeur du protocole Koné Kamaraté Souleymane dit Soul to Soul à Bouaké en mai dernier, le rapport de l'ONU faisant état de 300 tonnes d'armes que Soro aurait en sa possession atteste que la fin justifie les moyens chez l'homme.

En outre, une phrase de Laurent Gbagbo, son ancien mentor aux heures syndicales, en dit long : « C’est aux armes que Guillaume Soro doit sa place. Il devra s’inquiéter si un jour il ne les a plus avec lui. » Quoi qu'il en soit, Guillaume Kigbafori Soro a toujours su repartir du bon pied. En dépit des attaques, il espère donc sortir de ces épreuves sans y laisser trop de plumes. Parallèlement, ses hommes recrutent dans l'opposition. Alain Toussaint et Tiburce Koffi sont désormais de probables pro-Soro. Les ex-fescistes sont également convoités. La course au pouvoir n'est pas une mince affaire, mais elle comporte naturellement des risques.



Articles les plus lus