Côte d'Ivoire : Laurent Gbagbo avait prévenu " On va aller jusqu'au bout"

Par Gary SLM
Publié le 12 juin 2017 à 09:48 | mis à jour le 12 juin 2017 à 09:48

A l'audience de confirmation des charges, Laurent Gbagbo avait dit à la juge Silvia Alejandra Fernández de Gurmendi : « Je suis là, et on va aller jusqu'au bout. » Loin d'être une boutade, l'ex-président a décidé de mettre au grand jour le vaste complot dont il a été victime. En témoigne l'interview qu'il a accordée au journal en ligne Mediapart.

Les grosses révélations de Laurent Gbagbo

Éjecté du pouvoir le 11 avril 2011 et transféré à la CPI en Novembre, Laurent Gbagbo envisageait faire un grand déballage. Aussi, l'ex-président ivoirien ne manque-t-il aucune occasion pour faire des révélations sur le rôle joué par la France pour l'évincer. En effet, lors d'une récente interview, le plus célèbre prisonnier de La Haye a indiqué qu'il a « su depuis le début » que c'était la France qui a monté de toute pièce et entretenu la rébellion qui s'est déclenchée en septembre 2002, et qui a abouti à sa chute en avril 2011. « C'est l'armée française qui a fait le boulot », avait-il déclaré concernant les bombardements sur sa résidence pendant la crise postélectorale.

Poursuivant, il ajoute que Silvio Berlusconi lui avait soufflé que la France « lui planterait un couteau dans le dos ». Car le principal opposant à Houphouët-Boigny avait également décidé de tenir tête aux autorités français. Et il ne cessait de leur répéter : « Je ne suis pas un sous-préfet. » Voilà pourquoi il prenait tant de liberté vis-à-vis de l'ex-puissance coloniale. Mais cette attitude d'être « trop indépendant » ne serait nullement du goût de l'Hexagone qui aurait décidé de lui faire payer. Et comme il le reconnait si bien : « Si on se passe des Français, c'est comme si on les agresse. La France veut dicter la voie à suivre à la Côte d'Ivoire. » Ainsi, estime-t-il avoir été déporté à la CPI « pour permettre à Alassane Ouattara d'être à la présidence ».

La France à la barre à la CPI

Le procès qui se déroule actuellement à La Haye est également une tribune de révélations des manipulations françaises. Sa défense conduite de main de maître par Me Emmanuel Altit ne manque aucune occasion pour enfoncer le clou. L'avocat de Gbagbo indique en outre que c'est la France qui a chassé son client du pouvoir. Cette thèse est corroborée par la plupart des témoins clés, haut gradés de l'armée ivoirienne que sont Bredou Mbia, Kassaraté Tiapé Edouard, Guiai Bi Poin et autres, qui ont témoigné.

Le procès n'est certes pas encore terminé, mais les révélations aussi troublantes les unes que les autres se poursuivent. Loin du plan commun allégué pour se maintenir au pouvoir ou des accusations de crimes de guerre et crimes contre l'humanité retenu contre Laurent Gbagbo et son coaccusé Charles Blé Goudé, c'est au procès de la France que l'on assiste. Et les accusés ne manquent aucune occasion pour dévoilé ce qu'il savent du rôle joué par la France. Même le bombardement de Bouaké d'un camp de l'armée française serait une machination de la France.


Si ces révélations sont effectivement fondées, il va de soit que c'est au procès de la France que l'on assiste. D'autant plus que les médias français qui s'étaient ligués contre le chef de file des refondateurs changent maintenant de fusil d'épaule. Les autorités françaises seraient donc dans un véritable dilemme. Celui de laisser le procès suivre son cours ou y mettre un terme dès maintenant. Quoi qu'il en soit, Laurent Gbagbo croit en sa libération prochaine. Et ce ne sont pas les onze requêtes infructueuses d'une liberté provisoire qui vont l'y décourager.