Côte d’Ivoire: Affaire Soul to Soul, le Procureur répond à Affoussiata Bamba-Lamine

Affoussiata Bamba-Lamine, ancienne ministre de la Communication de Côte d’Ivoire, proche de M. Soro Guillaume, s’est récemment exprimée sur l’affaire Soul to Soul. Lors de cette interview sur RFI, la porte-parole des Forces Nouvelles avait fait remarquer que les autorités connaissaient l’existence des armes trouvées au domicile de Monsieur KONE Kamaraté Souleymane. Le Procureur de la République M. Adou Richard qui a décidé le placement en détention du prévenu a répondu à l’ex-ministre.

Echange entre Affoussiata Bamba-Lamine et le Procureur

Le torchon brule bel et bien entre pros- Ouattara et pros- Soro quoi qu’en disent les deux concernés. Les proches du président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, dont Affoussiata Bamba-Lamine, ont récemment été placés sur une liste de personnes à surveiller de la DST.

Interrogée sur cette note dont elle dit avoir pris connaissance dans les médias, Affoussiata Bamba-Lamine a dit toute son indignation ainsi que sa ferme intention de demander des comptes au ministre de l’Intérieur. Pour comprendre le changement d’attitudes du pouvoir vis-à-vis des proches de Soro Guillaume, le journaliste a évoqué l'arsenal de guerre découvert au domicile de M. Kamaraté Souleymane, dit Soul to Soul.

Affaire Soul to Soul, les questions d' Affoussiata Bamba-Lamine

Répondant, Affoussiata Bamba-Lamine a déclaré : « Ce pays (la Côte d’Ivoire) a connu une crise majeure et cette crise politique a débouché sur une quasi-guerre. La Côte d’Ivoire était également sous embargo militaire. Quand on est sous embargo, on ne peut vendre ni acheter des armes. C’était le cas de la Côte d’Ivoire, ni détenir des armes dans des dépôts légaux qui sont connus de tous.

Je pense qu’il était, pour les autorités à l’époque, important d’avoir des armes ailleurs que dans ces dépôts légaux. Maintenant pourquoi c’est seulement aujourd’hui qu’on découvre ces armes-là ? Moi je me pose la question et je crois que tout le monde se pose la question.

Mais ce que je peux dire simplement, ce sont des interrogations, c’est que si ces armes ont été retrouvées chez M. Souleymane Kamaraté, c’est que ces armes sont entrées en Côte d’Ivoire avec l’autorisation notamment des autorités.

L’autre question qu’on peut se poser, c’est de savoir qu’en 2012, le domicile de Soul to Soul était connu comme un endroit qui abritait effectivement ces armes. Tout le monde le savait. Et pourquoi c’est aujourd’hui qu’on nous dit qu’on découvre 6 tonnes d’armes chez une personne et qu’il n’est pas autorisé à détenir ces armes ? »

La réponse du Procureur de la République à Affoussiata Bamba-Lamine

Le Procureur de la République M. Adou Richard s’est senti obligé de répondre aux interrogations de l’ex-ministre, avocat de profession, à qui il a au passage donné une leçon de droit.

Dans un communiqué publié le 27 octobre 2017, le Procureur déclare : « A la suite de la découverte d’armes de guerre dans une villa à Bouaké, propriété de Monsieur KONE Kamaraté Souleymane , responsable du protocole du Président de l’Assemblée nationale, une information judiciaire avec mandat de dépôt a été ouverte le 9 octobre 2017 contre celui-ci et toutes autres personnes, pour des faits de détention, d’entreposage et de cession d’armes de guerre et de munitions ainsi que de complot contre l’autorité de l’État.

Depuis quelques temps, des déclarations relayées par la presse nationale et internationale, font état de ce que certaines autorités ivoiriennes étaient informées de l’existence de cette cache d’armes en ce domicile.

Le Procureur de la République tient à faire connaître que la détention, l’entreposage et la cession d’armes de guerre et de munitions de première catégorie constituent des infractions formelles qui sont consommées par la simple commission des actes incriminés.

Aussi, ces déclarations, qui visent à mettre hors de cause l’inculpé, sont-elles sans incidence sur l’existence desdites infractions. »

Les dessous de la querelle entre pros Soro et Ouattara

Même si les caches d’armes évoquées par l’ex-ministre étaient connues des autorités ivoiriennes, un fait nouveau intervenu lors des mutineries à Bouaké a crée la scission entre les camps pros-Ouattara et pros-Soro. En effet, alors qu’Abidjan avait décidé d’aller désarmer de force les soldats de l’ex-rébellion en pleine mutinerie, un coup de fil intercepté par les services secrets invitait ces derniers à aller se servir au domicile de Soul to Soul.

Cette information avait obligé le président Ouattara à abandonner sa position de fermeté pour verser à ces soldats les sommes d’argent qu’ils lui réclamaient. Ce dernier aurait fait des promesses à ces anciens rebelles lorsqu’il était lui-même dans l’opposition. L’ayant aidé à éjecter Laurent Gbagbo, l’ancien président et adversaire de Ouattara, du pouvoir après une élection présidentielle litigieuse, c’est tout naturellement qu’ils réclamaient les primes qui leur avaient été promises par l’actuel président.

"Dictateur" hier, Gbagbo réhabilité par les anciens rebelles

Même si le calme est depuis revenu dans les casernes après le paiement de ces fameuses primes par le gouvernement ivoirien, le camp du président Alassane Ouattara et celui de Soro Guillaume se sont depuis éloignés. L’arrestation, l’incarcération de Soul to Soul et le placement sous surveillance de plusieurs proches de Soro Guillaume par la DST sont une nouvelle étape dans cette guerre froide que se livrent les alliés d’hier contre Laurent Gbagbo.

Des proches de Soro Guillaume affirment parfois avoir mené le mauvais combat en faveur de la mauvaise personne. Soul to Soul a regretté avoir combattu Laurent Gbagbo, l’homme qui s’était déplacé en personne pour lui apporter son soutien lorsqu’il était très malade, pour Alassane Ouattara qui lui offre aujourd’hui un séjour en prison.

C’est dans cette ambiance de tension au sommet de l’État que baignent les Ivoiriens ces derniers mois.