Côte d'Ivoire : Bouaké, la ville qui échappe au contrôle de la République ?

La ville de Bouaké

Bouaké est désormais devenu l'épicentre de toutes les contestations en Côte d'Ivoire. L'ancien fief de la rébellion est-il véritablement sous le contrôle du pouvoir d'Abidjan ?

Bouaké, une république dans la République ?

La rébellion qui a éclaté en Côte d'Ivoire le 19 septembre 2002 avait pour capitale Bouaké. Et depuis cette date très mémorable, la deuxième ville du pays n'a plus jamais retrouvé son lustre d'antan. L'insécurité s'y est accrue avec la circulation outrancière d'armes de guerre que certaines personnes continuent de garder par-devers elles. Les différentes manifestations d'humeur d'anciens rebelles intégrés à l'armée régulière ou non ont fait de cette ville du centre, une destination presque incertaine.

À cela s'ajoute la découverte d'une cache d'armes chez Kamaraté Souleymane dit Soul to Soul, le chef du protocole du président de l'Assemblée nationale, lors d'une mutinerie en mai dernier. Les multiples mouvements d'humeur contre la hausse des factures de la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE) ont créé d'énormes dégâts dans la ville. En dépit de la cérémonie de pardon "Sabary day" au président de la République, la méfiance pour la capitale du Gbêkê n'a pour autant pas baissé.

Un autre fait, presque anodin, a failli plonger la ville de Bouaké dans une nouvelle crise. Il s'agit de la concession du cimetière municipale à la Société de développement et de promotion de Bouaké (SDPB). Cette dernière envisageait de revoir à la hausse les tarifs pratiqués. La population s'apprêtait donc à un soulèvement quand les chefs religieux et coutumiers se sont rendus chez le maire Nicolas Djibo pour qu'il retire sa décision.

Un chef coutumier fait toutefois ce triste constat : « Le président de la République ne nous fait pas confiance, le Premier ministre ne nous fait pas confiance, même le maire lui-même ne nous fait plus confiance. »

Ce cri de coeur de cette tête couronnée devrait donc interpeller les autorités ivoiriennes afin de mettre fin à la grande pagaille qui règne dans cette ville, naguère lieu de retrouvailles pour les touristes et autres noceurs ivoiriens.