Armes en Centrafrique: L’ONU épingle l'UPC et des sociétés minières

Armes en Centrafrique : Le chef rebelle Ali Darassa financerait l’UPC via des taxes minières
Par Eugène SAHI
Publié le 23 janvier 2021 à 09:59 | mis à jour le 23 janvier 2021 à 10:04

Des cas de violation de l’embargo sur les armes en Centrafrique ont été documentés dans un rapport annuel intermédiaire de l'ONU présenté jeudi 21 janvier 2021 à New York, par un panel d'experts de l’ONU.

Armes en Centrafrique : Le chef rebelle Ali Darassa financerait l’UPC via des taxes minières

Selon le rapport onusien sur les armes en Centrafrique, les investigations qui le contiennent datent pour l’essentiel d’avant l’élection de décembre et la formation de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC).

En effet, à en croire nos confrères de RFI qui ont consulté ledit rapport, les enquêteurs onusiens pointent du doigt le rôle “central” joué par l’ex-président François Bozizé déjà sous sanctions de l’ONU, dans la mise sur pied de cette coalition.

Mais surtout la façon dont l’UPC, l’un des plus puissants groupes armés du pays, tire ses revenus d’un système de taxation sur l’exploitation du business des mines d'or dans la région de Bambari. Les experts accusent ce groupe armé d'avoir mis en place une véritable « administration parallèle » à celle de l’État centrafricain.

Ils décrivent comment des agents sont chargés, pour le compte de l'UPC, de prélever les taxes minières à la place des autorités, sous peine de représailles parfois, puis d’acheminer les fonds ainsi collectés vers Bokolobo où réside le chef du groupe Ali Darassa.

“En toile de fonds, les experts dénoncent surtout la complicité dont font preuve, selon eux, plusieurs entreprises d’extraction d’or présentes sur place : les entreprises IMC, l’Industrie minière de Centrafrique à capitaux chinois, et Midas, une entreprise officiellement malgache, « réputée proche de la Russie », selon Africa Intelligence.

Ces deux entreprises sont entre autres accusées de payer directement des membres de l’UPC pour assurer la sécurité de leurs sites, et donc de financer le groupe armé en violation flagrante du régime de sanctions des Nations unies. L’an dernier, selon une enquête de RFI, l’entreprise Axmin enregistrée au Canada, avait refusé de poursuivre son exploitation de Ndassima dans ces conditions.

Selon l'entreprise, cette exploitation était impossible sans passer d’accord avec des groupes armés, rapporte le média.

Face aux assauts de la coalition CPC, le Conseil de sécurité examine une demande d’aménagement du mandat de la Mission

Le Représentant spécial du Secrétaire général en République centrafricaine et Chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), M. Mankeur Ndiaye, a demandé au Conseil de sécurité, d’examiner les mesures les plus appropriées pour garantir une adaptation du mandat de la Mission, rapporte les Nations Unies.

Alors que la CPC poursuit ses violences et ses attaques, pour attenter à la stabilité des institutions centrafricaines et à l’intégrité du territoire, M. Ndiaye a prôné une augmentation substantielle des effectifs des composantes en uniforme de la Mission, des éléments de la police et de l’administration pénitentiaire, « pour que la Mission maintienne sa posture robuste tout en disposant d’une plus grande mobilité ».

Graves violations de l’embargo sur les armes en Centrafrique


Concernant les livraisons d’armes dans le pays sous conditions, les experts rappellent les forces armées centrafricaines à leur obligation d’assurer la protection et la traçabilité de leurs stocks. Ils soulignent en effet que du matériel militaire arrivé en octobre dernier à Bangui en provenance de Russie, n’avait pas été enregistré par la Centrafrique au mois de décembre, et disent avoir des preuves que certains de ces équipements se sont retrouvés fin décembre à Boali aux mains de groupes armés membres de la CPC, 3R et anti-balaka précisément.

Les experts affirment aussi que « la plupart des notifications » de livraisons d’armes que les États adressent au comité de sanctions sont trop lacunaires, ce qui rend difficile l’application de l’embargo sur les armes en Centrafrique.

Dans ce contexte, la Ministre des affaires étrangères de la République centrafricaine (RCA) a plaidé pour la levée totale de l’embargo sur les armes dont le pays fait l’objet, « afin de permettre aux autorités démocratiquement élues d’assurer la protection des populations et la défense de l’intégrité territoriale ».

La Chine a également milité pour une levée de l’embargo, alors que la Fédération de Russie a prôné une adaptation du régime des sanctions permettant de favoriser l’extension de l’autorité du pouvoir central et la soumission des forces militaires illégales.

Rappelant que l’embargo décidé par le Conseil de sécurité vise à prévenir l’afflux en RCA d’armes qui se retrouveraient « en de mauvaises mains », la France a indiqué que sa levée dépendrait des progrès dans la réalisation des objectifs fixés par le Conseil, à commencer par la gestion des armements et des munitions. Elle a prévenu que de nouvelles sanctions pourraient être adoptées contre ceux qui s’opposent à ce processus, et que tous les acteurs qui ont appelé à la haine et à la violence ou commis des violations des droits de l’homme, du droit international humanitaire et de l’accord de paix, et qui ont contribué à la désinformation, seront tenus responsables de leurs actes. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont rappelé que le Conseil avait approuvé toutes les demandes de fourniture d’armes présentées par la RCA, et qu’aucune demande n’était en suspens.






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