Au Bénin, le scrutin présidentiel se tiendra le dimanche 11 avril 2021 dans un contexte socio-politique marqué par des vagues de manifestations dans certaines régions du pays.

Bénin : L’opposition dénonce la rallonge du quinquennat de Patrice Talon

Le Collège électoral béninois est convoqué dans les urnes, dimanche prochain, alors que  le pays est confronté à une vague de manifestations dans les régions nord et centre du pays. Des opposants au  régime de Patrice Talon , président sortant et candidat à sa propre succession,  continuent de protester, à quelques jours de la tenue du scrutin. Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues  dans la nuit de lundi à mardi. Les contestataires affirment que le mandat du chef de l’État est terminé depuis le 5 avril à minuit, date qui a marqué ses 5 ans au pouvoir.

En raison d’un glissement du calendrier induit par la réforme constitutionnelle de 2019, il reste 45 jours de plus, jusqu’à l’investiture du président qui sera élu. Mercredi, la route qui relie Savè à Tchaourou et Parakou, fief de l’ex-président Boni Yayi,  était barrée à plusieurs endroits. « Le mandat présidentiel de notre président Patrice Talon devait prendre fin le 5 avril à 00 h et il a révisé la Constitution à l’insu de la population. Il a reporté les élections qui devaient se tenir avant le 5, au 11. La population n’est pas d’accord et voilà pourquoi nous manifestons notre mécontentement par rapport à la situation politique de notre pays», confie un manifestant à RFI.

Ils se disent, par conséquent  déterminés à poursuivre  les manifestations, jusqu’à l’empêchement de la tenue du scrutin du 11 avril.  « On est en train de refuser catégoriquement ces élections, nous ne voterons pas, c’est clair. La population est déterminée »,  confie l’un des manifestants à notre source.

Verrouillage présumé du processus électoral

À cette élection, le président sortant  Patrice Talon aura face à lui, deux autres candidats pratiquement méconnus du grand public.  Les principaux opposants sont pour la plupart en exil. Ceux vivant au pays ont tout simplement vu leurs dossiers de candidature rejetés par la Commission nationale électorale autonome.

La révision constitutionnelle de 2019, au Bénin, institue le parrainage et pour être candidat, il faut obtenir les parrainages d’au moins 10 % du total des députés et des maires, soit 16 parrainages. Mais  les 159 élus (82 députés et 77 maires) appartiennent tous au camp du pouvoir. L’opposition ayant boycotté les élections législatives et locales de 2016.

Face à de telles conditions, les principales figures de l’opposition béninoise, dont certains sont en exil, ont vu leurs candidatures recalées. Ce qui fait que lors de la présidentielle de dimanche, les électeurs béninois auront le choix entre Patrice Talon, Alassane Soumanou et Corentin Kohoué, deux figures politiques peu connues dans le pays.

« Depuis le retour du multipartisme en 1990, c’est la première fois que le pays organise une élection présidentielle comme celle-ci : pluraliste en apparence, mais sans choix en réalité », explique à l’AFP Expédit Ologou, politologue béninois.

Depuis lundi soir, une partie des Béninois du centre et du nord du pays, fief de l’opposition, se sont soulevés pour dénoncer « une élection non inclusive ».  « Le 11 avril, personne n’est sûr de ce qu’il va se passer. À cette allure, on ne sait pas si la partie septentrionale du pays pourra vraiment voter », souligne M. Olougou.