Nouveau rebondissement dans l'affaire des massacres de Duékoué

Par Jean Kelly Kouassi
Publié le 09 April 2021 à 14:55 | mis à jour le 09 April 2021 à 14:55

L'affaire Amadé Ourémi contre le Ministère public, relatif aux massacres perpétrés à Duékoué entre 2010 et 2011, connaît un nouveau rebondissement. L'avocate de l'ex-seigneur de guerre a demandé la comparution à la barre de toutes les personnes citées par son client.

Massacres de Duékoué : La comparution des ex-chefs de guerre ''Loss'' et ''Coul'', exigée

C'est un nouveau rebondissement dans l'affaire impliquant l'ex-supplétif des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), dans les massacres commis à Duékoué, lors de la crise militaro-politique de 2010-2011. Au moins 816 civils d'ethnies Wê, avaient été lâchement exécutés lors de l'offensive militaire menée par les forces pro-Ouattara contre l'armée restée fidèle à l'ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo.

Au 6è jour d'audience, Me Roseline Aka Séripka, en charge de la défense de l'accusé Amadé Ourémi, a sollicité auprès des juges, la suspension du procès en vue de la comparution à la barre de toutes les personnes citées par son client. Lors des premières audiences, l'accusé a amplement cité les noms de Fofana Losseni dit Loss , alors commandant de la zone de l’ouest, et le lieutenant Coulibaly, ex-chef de guerre de Kouibly. Leur comparution, selon la défense, participera à l'éclatement de la vérité afin de situer les responsabilités.

" L’avocate de M. Amadé a sollicité auprès du juge-Président d'audience, le juge Bini, lors de son réquisitoire, la présence de toutes les personnes citées par son client afin qu’elles puissent comparaître pour la manifestation de la vérité. Également situer les responsabilités afin que l’accusé ne se sente pas acculé et accablé du fait de sa nationalité burkinabé et de son faible niveau d'éducation", relate un communiqué de l' Organisation ivoirienne de Défense des droits de l'Homme (OIDH).

D'autres témoignages qui accablent gravement l'accusé Amadé Ourémi

Des témoins du massacre de Duékoué, se sont succédé à la barre dans le cadre de ce sixième jour d'audience. Les témoignages accablent gravement l'ex-supplétif des forces Pro-Ouattara. À l'unanimité, tous identifient l'ex-seigneur de la forêt classée du mont Péko, comme étant l'un des acteurs des massacres qui ont eu lieu les 28 et 29 mars 2011 au quartier Carrefour de Duékoué.

Dame Jeanne Tehouli, ménagère domiciliée à Duékoué, a précisé connaître l’accusé depuis 2005 dans le village de Gbagohouo où ce dernier vivait avec son beau-frère et travaillait pour le compte de son oncle. Cependant, le refus de ce dernier d’accéder à la demande d’Amadé consistant à lui vendre une part de forêt, l’a exposé à des représailles nonobstant sa proposition de procéder à un travail partagé.

"Par idée de vengeance, celui-ci est revenu sur les lieux des discussions le même soir aux environs de 23 heures et à l’aide de sa troupe, les deux enfants de son beau-frère mais aussi toutes les personnes présentes au village, ont été tués. Elle a pu s’échapper en regagnant la brousse puis le quartier carrefour de Duekoué. Elle ajoute avoir aperçu Amadé en 2011 dans ledit quartier pendant les attaques en compagnie de ses hommes. Ils se seraient mis à tirer partout.

Lors de sa fuite avec son mari, ils ont été pris pour cible. Amadé a accusé ce dernier d’être un militaire à la solde de M. Laurent Gbagbo, ce que son mari a réfuté avant d’être abattu à bout portant d’une balle en pleine poitrine. L’arme utilisée était une kalachnikov. Ils ont ensuite tiré sur elle-même; sa main, la détachant presque de son poignet à la suite de quoi M. Amadé aurait tenu ces propos : « Duékoué ici, on va semer maïs", aurait témoigné Dame Jeanne Tehouli.

L'OIDH sollicite la médiatisation du procès

Dans un communiqué dont Afrique-sur7 a reçu copie, l'OIDH pointe du doigt le manque de médiatisation de ce procès. Pourtant, estime l'organisation de défense des droits de l'Homme, l'affaire présente "un intérêt national ". En ce sens que la conclusion pourrait définitivement s’inscrire dans le cadre de la lutte contre l'impunité et la manifestation de la vérité; des pas importants d’une réconciliation vraie entre les peuples de Côte d’Ivoire.

L'organisation dirigée par Aimé Eric Semien a par ailleurs félicité le tribunal pour la précision et la fermeté avec laquelle le juge Bini et son équipe mènent cette affaire. Laquelle affaire pourrait s’inscrire dans le cadre d’une longue série de procès afin de rendre justice à toutes les victimes de la crise post-électorale, sans exception aucune. Ce procès pousse cependant plus loin la réflexion, en posant la question de la compétence du Tribunal de Grande Instance d’Abidjan plateau en ce qui concerne les différents crimes imputés à l’accusé, notamment pour le crime de génocide.




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