Bombardement de Bouaké: De Villepin accuse des "extrémistes" de Gbagbo

Par Eugène SAHI
Publié le 15 April 2021 à 10:36 | mis à jour le 15 April 2021 à 10:36

Qui de Dominique de Villepin et Michèle Alliot-Marie ou de Jean-Pierre Raffarin a fait quoi dans le bombardement du camp français de Bouaké au Centre de la Côte d’Ivoire en 2004. Entendus mardi à Paris dans le procès, tous ont nié avoir commis une quelconque faute.

Bombardement de Bouaké: 3 anciens ministres français nient tout à la barre

Le gouvernement français a-t-il délibérément consenti à la fuite des auteurs du bombardement d’un cantonnement de l’armée française à Bouaké, le 6 novembre 2004, dans le nord de la Côte d’Ivoire ? Mardi, devant la cour d’assises de Paris, les familles des neuf militaires français tués dont cinq du RICM (Régiment d’infanterie et chars de marine) de Poitiers (Vienne) et des trente-huit blessés, ont pu entendre les explications de trois anciens ministres de la République.

Alors qui a commandité l’attaque de Bouaké ? Ce n’était pas une erreur de tir, ni un ordre du président Gbagbo, a montré l’enquête. Sur ce point, les ex-ministres étaient plus loquaces, niant évidemment la thèse d’un coup tordu de la France pour destituer Gbagbo et défendant celle d’une manigance d’extrémistes ivoiriens anti-français.

« Pour ces extrémistes, il y avait un intérêt certain à cette opération : faire partir les Français », a lancé Dominique de Villepin. Là encore, cependant, il n’existe aucune preuve. Uniquement des suppositions et donc des accusés fantômes.

Le Togo arrête huit mercenaires biélorusses

Au barreau, Dominique de Villepin rappelle le contexte très politique de cette affaire dans laquelle les parties civiles et leurs avocats accusent Paris de ne pas en faire assez, peut-être par intérêt diplomatique, pour retrouver les auteurs du bombardement de Bouaké.

Le 16 novembre 2004, dix jours après le bombardement, le Togo arrête huit mercenaires bélarusses soupçonnés d'être impliqués et propose à la France de les lui livrer. Parmi eux, figure Yury Sushkin, l'un des trois accusés, qui sera ensuite identifié comme l'auteur du bombardement.

L'un des policiers de l'ambassade française, Claude Taxis, rattaché au service de coopération du ministère de M. de Villepin, est prévenu par les Togolais. Il envoie alors un fax au ministère en fin de matinée, mais personne ne lui répond. Après quelques heures, il finit par appeler le ministère qui lui répond, à sa grande surprise, de "ne pas s'en occuper".

Curieusement, ses collègues de la Défense et de la DGSE recevront les mêmes instructions, et l'ambassadeur de France n'aura lui non plus aucune réponse à son télégramme sur le sujet.

Taxis "a reçu la réponse claire qu’il ne devait pas suivre cette affaire puisque le ministère de l'Intérieur est en charge de l'intérieur, pas de l'extérieur", répond froidement M. de Villepin.

"Ils avaient déjà été libérés"

Villepin souligne que la France était encore très façonnée par le génocide de 1994 au Rwanda et, surtout, voulait éviter une guerre civile en Côte d’Ivoire. Et que le bombardement de Bouaké a été ordonné par des “extrémistes” qui voulaient le président ivoirien Laurent Gbagbo abattu.

Sans vouloir parler de «raison d’état», le ministre fournit une clé qui peut alors expliquer l’hésitation de la France à ce sujet. "Notre seul interlocuteur possible au sud du pays", divisé en deux à l'époque, "c'est Laurent Gbagbo". "Est-ce que lancer une action judiciaire immédiate (...) ne prendrait pas le risque d'enflammer les choses" ? "C'est une question qui se pose", dit Dominique de Villepin.

L'ancien ministre ajoute que s'il avait été informé de la proposition togolaise, il en "aurait alerté l'Elysée". Et conclut en renvoyant une fois de plus vers les Affaires étrangères et la Défense: "L'information a été transmise à deux ministères et a été traitée. On peut ne pas aimer la réponse, mais elle a été faite et assumée".

Jean-Pierre Raffarin, premier ministre de l’époque, a avancé une explication : « Il s’agit plus de dysfonctionnements administratifs que de secrets construits au plus haut niveau de l’État. Il n’y a pas de secrets en République », précisant néanmoins n’avoir été informé de rien à l’époque.

Dernière à être entendue mardi, l’ex-ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie a admis, elle, avoir été saisie de l’affaire. « J’ai demandé s’il était possible de faire une opération de la DGSE pour les récupérer (les mercenaires). J’ai eu la réponse le lendemain : ils avaient déjà été libérés », a-t-elle raconté.

Cette version paraît étrange puisque les mercenaires ont été retenus durant deux semaines au Togo. La Cour, comme les parties civiles, ont exprimé leurs doutes : un dossier aussi chaud aurait-il pu passer inaperçu ou tourner court auprès de l’ensemble des instances gouvernementales ?

Les avocats des parties civiles ont pressé les ministres de questions, suggérant la thèse d’un mensonge pour cause de raison d’État. « Je ne peux pas le croire, j’ai vu Jacques Chirac dans la douleur. Je n’y croirai jamais ! », s’est défendu Jean-Pierre Raffarin.




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