Duékoué: « À qui profitent les exactions d’Amadé Ouérémi? »

Par Jean Kelly Kouassi
Publié le 15 April 2021 à 16:57 | mis à jour le 15 April 2021 à 16:57

De nombreuses zones d'ombre, persistent dans le procès relatif aux massacres de Duékoué, ouvert à l'encontre de l'ex-seigneur de guerre, Amadé Ouérémi, ancien supplétif des forces pro-Ouattara, lors de la crise militaro-politique de 2010 et 2011.

Massacres de Duékoué : L' accusé Amadé Ouérémi risque la perpétuité

La perpétuité. C'est la peine encouru par Amadé Ouérémi alors que le procès ouvert en son encontre le 24 mars dernier devant la Cour d'assises d' Abidjan, touche à sa fin. Présumé responsable des massacres perpétrés à Duékoué, lors de la crise militaro-politique de 2010-2011, cet ancien chef de guerre, surnommé la terreur de l'ouest, est accusé "d'assassinats massifs, viols, traitements inhumains et dégradants" commis dans la ville, théâtre de pires massacres.

Au moins 817 personnes d'ethnie guéré, soupçonnées de soutenir le régime de l'ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, ont été exécutées en une journée à Duekoué, principalement au quartier Carrefour. La première partie du procès, s'est achevée par les témoignages glaçants de rescapés des massacres. Tous accablent gravement l'ex-supplétif des Forces républicaines de Côte d'Ivoire, créées par l'actuel président ivoirien, Alassane Ouattara.

L'accusé charge Loss et Coul, deux ex-chefs de la rébellion des Forces nouvelles

« Depuis 2013, je suis en train de dire la vérité, mais les gens ne me comprennent pas. Je n’ai pas commandé, je n’ai pas dirigé. Je n’ai pas donné des ordres d’attaquer. Je n’ai tué personne. Ils m’ont forcé à faire les combats. Ils ont attrapé mon premier fils. Le travail est gâté, chacun se cherche. Ils ne viennent pas me rendre visite en prison. Les gens ne veulent pas que je parle », a martelé Amadé Ouremi.

L'homme avait, dès de l'ouverture du procès, nommément cité certains anciens chefs de la rébellion, devenus de hauts gradés de l'armée sous l'actuel régime au pouvoir. Amadé Ouérémi se décrit comme un simple élément placé sous les ordres de l’ancien commandant des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), le lieutenant Coulibaly. Amadé Ouérémi a par ailleurs désigné l’ancien Com'zone de Man, Losseni Fofana, comme étant celui qui a ordonné l'expédition punitive sur le quartier Carrefour de Duékoué. Des révélations assez graves qui auraient nécessité la comparution à la barre des deux personnes nommément citées.

Qui a fourni à Amadé les armes de guerre ainsi que les tenues de FRCI qu’il portait ?

Me Roseline Séripka, Conseil de l'accusé Amadé Ouérémi, n'en démord pas. Le juge président a balayé du revers de la main, la requête de l'accusation, sollicitant la comparution des commandants Loss et Coulibaly. Mais l'avocate de la défense, elle, reste convaincue qu'une "seule personne ne peut commettre un génocide". Elle déplore le fait que les personnes nommément citées par son client, n’aient pas fait l’objet d’une comparution lors des différentes audiences.

Ce qui aurait, selon la défense, contribué à la manifestation de la vérité. Me Séripka a également souligné le fait que son client n’ait jamais nié les faits. Mais, qu'il a plutôt soutenu avoir été depuis le début, un simple élément qui aurait été instrumentalisé, sacrifié durant cette guerre au profit d’intérêts politiques de certaines personnalités du pays. "Qui a fourni à Amadé les armes de guerre ainsi que les tenues de FRCI qu’il portait ? À qui profitent ses exactions? Pourquoi la LICORNE et l’ONUCI n’ont pas arrêté ces massacres ? ". Telles sont, selon l'avocate, les questions qui méritaient d'être posées et dont les réponses auraient contribué à la manifestation de la vérité.




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