Affaire Ouérémi, Bombardement Bouaké : Le procès des seconds couteaux

Par Dreyfus polichinelle
Publié le 16 April 2021 à 12:42 | mis à jour le 16 April 2021 à 12:42

Dans le procès du Bombardement de Bouaké comme celui du massacre de Duekoué, les accusés ont écopé de la perpétuité. Et pourtant, des maillons essentiels, voire les donneurs d'ordre, jouissent d'une certaine impunité. C'est même à croire qu'ils sont intouchables.

À Bouaké comme à Duekoué, ces atrocités qui attendent la vérité.

6 novembre 2004, l'armée ivoirienne bombardait des sites stratégiques de la rébellion de Guillaume Soro. Des frappes chirurgicales, comme le qualifiaient des observateurs. Curieusement, le cantonnement français de Bouaké reçoit des frappes aériennes. 8 soldats français et un civil américain sont tués sur le coup. 38 autres personnes sont blessées. Ainsi commence l'affaire du Bombardement de Bouaké. Les pilotes ivoiriens et biélorusse, auteurs présumés de ce bombardement, ont filé au nez et à la barbe des autorités françaises d'alors.

28 et 29 mars 2011, plus de 800 personnes de l'ethnie Guéré sont massacrés au quartier de Duekoué Carrefour. Dans l'Ouest ivoirien, c'est l'affaire du massacre de Duekoué. Le mis en cause principal, Ouedraogo Amadé Rémi, tristement connu sous le nom d'Amadé Ouérémi. Ce supplétif des forces pro-Ouattara, qui dit avoir agi sous les ordres de sa hiérarchie. À la cour d'assises d'Abidjan, l'ancien chef de guerre a nommément cité le Colonel Losseni Fofana dit Commandant Loss, ancien commandant de zone (Com'zone) de Man, ainsi que le Commandant Coulibaly de Kouibly. Mais ni l'un ni l'autre n'ont comparu. En ce, en dépit des observations de l'avocate d'Amadé Ouérémi.

À Paris comme à Abidjan, à quand la condamnation des véritables commanditaires ?

À la cour d'assises spéciale de Paris, les pilotes mis en cause n'étaient pas dans le box des accusés. Néanmoins, les hauts responsables politiques d'alors étaient bien là. Notamment les Premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, Michel Barbier, ancien ministre des Affaires étrangères et Michèle Alliot-Marie, ancienne ministre de la Défense, sont passés devant le juge. Chacun faisant sa déposition comme il l'entendait. Mais à la question de savoir qui a laissé filer les pilotes biélorusses, ces anciens ministres français ont tous rejeté leurs responsabilités.

Quoi qu'il en soit, à Paris comme à Abidjan, les pilotes et Amadé Ouérémi ont tous écopé de la perpétuité. Les trois pilotes, deux Ivoiriens et un Biélorusse, sont condamnés par contumace. Une grande incertitude plane cependant sur le fait de les voir emprisonnés un jour. Mais qui a donné l'ordre aux pilotes de bombarder le camp français ? Silence radio sur cette interrogation. Le président ivoirien d'alors, Laurent Gbagbo, déclarait lors d'une interview qu'il n'avait aucun intérêt à le faire. D'autant plus qu'il n'avait aucun intérêt à voir la France entrer directement en guerre contre lui.

Pour Amadé Ouérémi, les hauts responsables de la rébellion d'alors, aujourd'hui hauts gradés de l'armée ivoirienne n'ont pas comparu. Ces procès sonnent donc comme celui des seconds couteaux. C'est à croire que tout est fait pour protéger les véritables commanditaires de ces lâches assassinats. Certainement que la vérité sera connue un jour. Mais pour l'instant, les victimes, parents des victimes, avocats et autres observateurs sont restés sur leur faim.




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