Condamnation d'Amadé Ouérémi: L' OIDH dénonce un procès "expéditif"

Par Jean Kelly Kouassi
Publié le 17 April 2021 à 14:50 | mis à jour le 17 April 2021 à 14:50

L’Observatoire ivoirien des droits de l’homme (OIDH), juge quelque peu expéditive la conduite du procès d’Amédé Ouérémi, l’ex-supplétif des forces pro-Ouattara, condamné à perpétuité par le tribunal criminel d’ Abidjan.

Massacres de Duékoué : L' OIDH félicite le gouvernement pour l'ouverture du procès mais...

Ouvert le 24 mars 2021 devant le tribunal criminel d' Abidjan, l'affaire relative aux massacres perpétrés à Duékoué entre 2010 et 2011, a connu son dénouement jeudi 15 avril dernier. Les faits remontent à la nuit du 28 au 29 mars 2011, où plus de 817 personnes d'ethnie guéré, ont été massacrées pour leur supposé soutien à l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo.

Les rapports de plusieurs organisations internationales des droits de l'homme, accablent gravement l'ex-rébellion armée de Guillaume Soro, muée en forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), proches du président Alassane Ouattara. 10 ans après, la justice ivoirienne s'est saisie du dossier.

Amadé Ouérémi, ex-supplétif des Forces pro-Ouattara était le seul accusé à la barre. En 8 jours d'audience, qui ont vu se succéder à la barre 34 témoins à charge, l'ex-seigneur de guerre a été reconnu coupable des atrocités commises dans cette localité de l'ouest de la Côte d'Ivoire, principalement au quartier Carrefour.

De nombreuses zones d'ombre, déplorées

La sentence est lourde. Une condamnation à vie assortie d’une amende de près de 2 milliards de francs Cfa. "L’OIDH félicite l’Etat de Côte d’Ivoire pour l’ouverture de ce procès qui témoigne de sa volonté de lutter contre l’impunité et de rendre justice aux victimes des crises survenues lors de la crise post-électorale", a réagi l'organisation de défense des droits de l'homme.

Elle relève toutefois des insuffisances relatives à la conduite de ce procès qu'elle estime "quelque peu expéditif". "Pour l’OIDH, aussi bien dans la forme que dans le fond, ce procès pourtant tant attendu comme le point de départ d'une autre série de poursuites au niveau national, a présenté des points d'interrogation qui n’ont pas permis de faire toute la lumière sur les faits allégués", dénonce l'organisation que dirige Eric Semien.

"Nonobstant la gravité de certains chefs d’accusation qui impliquent des crimes internationaux, cette procédure a abouti à un procès qui ne s’est tenu que dans un délai de moins d’un mois là où il aurait peut être fallu prendre plus de temps sur chacun des détails révélés par l'accusation, les parties civiles et la défense", ajoute l'OIDH.

L'organisation déplore la non comparution des chefs militaires "Loss et Coul"

Entre autres insuffisances relevées par l ' OIDH, c'est le rejet de la requête de la défense, sollicitant la comparution du Colonel Losseni Fofana et du Lieutenant Coulibaly de Kouibly. Les deux ex-chefs de guerre, devenus hauts gradés de l'armée ivoirienne, ont été nommément cités par l'accusé, comme étant les principaux donneurs d'ordre.

A en croire l' OIDH, leurs interventions dans ce procès, auraient sans doute permis des débats plus utiles à la manifestation de la vérité et révéler d'autres responsables. Mais hélas ! "S’il est vrai que M. Amadé Ouérémi porte une responsabilité indéniable dans les crimes qui lui sont reprochés, pour l’OIDH, il est inconcevable qu’il en soit tenu seul auteur vu l’ampleur et la magnitude des crimes et le contexte de leur commission", déplore l'organisation.

Qui exhorte par conséquent, le gouvernement à poursuivre les investigations et les poursuites contre toutes les personnes contre lesquelles il existerait des raisons valables de penser qu'elles ont un lien avec les faits allégués, et sans considération de leur position actuelle.

Au quel cas, elle se réserve le droit de se constituer partie civile devant les juridictions ivoiriennes et si besoin d'exhorter les juridictions criminelles internationales, notamment la CPI à s'intéresser de plus près pour que justice soit rendue aux victimes des crimes commis à Duékoué. Et plus globalement à l'ensemble des victimes des crises successives qui ont émaillé l'histoire de la Côte d'Ivoire ces deux dernières décennies.




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