Un ancien porte-parole de Licorne fait des révélations sur Gbagbo

Par Jean Kelly Kouassi
Publié le 18 April 2021 à 18:51 | mis à jour le 18 April 2021 à 18:51

Georges Peillon, ancien porte-parole de la force Licorne, a évoqué la responsabilité de la France dans la crise qui a emporté l'ex-président Laurent Gbagbo en avril 2011.

Laurent Gbagbo, un homme d' Etat

Sans réserve, l'ancien porte-parole de la Force Licorne, la force d'interposition française présente en Côte d'Ivoire entre 2002 et 2011, est revenu sur l'épisode de la crise qui avait engendré la partition du pays. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Georges Peillon a fait des révélations sur la réelle personnalité de l’ex-président Laurent Gbagbo, à l'époque, vilipendé par la presse étrangère et dont le gouvernement était présenté aux yeux du monde comme "fasciste".

« Moi, l’impression que j’ai du gouvernement Gbagbo, pendant la période où je suis en Côte d’Ivoire, ce n’est pas vraiment un gouvernement fasciste. C’est surtout un gouvernement qui essaie de limiter la casse et de pouvoir réussir la réunification du pays », a souligné Georges Peillon.

La Côte d'Ivoire, faut-il le rappeler, fut à l'époque confrontée à une rébellion armée qui occupait plus de la moitié de sa superficie. Selon l'ancien porte-parole de la Licorne, Laurent Gbagbo s'est consacré, durant toute la durée de la crise militaro-politique, à la recherche perpétuelle de solutions en vue de la réunification de la Côte d'Ivoire. Pour M. Peillon donc, l'époux de Simone Gbagbo était un "homme d' Etat".

" (...) C’était à mon avis, et je maintiens, la moins mauvaise solution pour la Côte d’Ivoire. Le gouvernement Gbagbo, c’était un programme social. J’assume ce que je vais dire, je crois que Laurent Gbagbo était un homme d’État (…) Je pense sincèrement que le président Gbagbo a toujours voulu maintenir l’unité du pays et que c’était son objectif. Je pense qu’il n’ a pas eu d’autre objectif politique que celui-là et surtout d’éviter la partition », a-t-il déclaré.

Les révélations de Georges Peillon sur la crise de 2002

À en croire l'ancien porte-parole de la Licorne, la crise ivoirienne était la conséquence de la guerre d'intérêts géostratégiques que se livraient certaines grandes puissances. Or, confie-t-il, M. Gbagbo ne bénéficiait quasiment d'aucun soutien. M. Peillon en veut pour preuve, les accords de Linas Marcoussis, qui furent absolument un marché de dupes.

« Marcoussis était un marché de dupes. C’est-à-dire qu’on labellisait, d’une façon très officielle des gens qui étaient hors-la-loi (…) On a quelque part, quand je dis nous, c’est la France, une responsabilité sur cette espèce d’État de non droit de la zone nord », a-t-il reconnu. Avant de poursuivre :

« A un moment, tout le monde a envie de mettre la main sur la Côte d’Ivoire parce que c’est un pays qui est plein de ressources naturelles. Et, à la fois au nord et au sud, le cacao, le café. C’est un pari politique perpétuel. C’est-à-dire, je parie sur qui, pour que mon bénéfice, à la fin de la crise, soit entier, voire qui s’accroît davantage. C’est d’un cynisme absolu ce que je suis en train de dire, mais c’est comme cela que ça se passe ».

Les raisons de la montée des sentiments anti-français

Sur cet autre point de la crise ivoirienne de 2002-2011, l'ancien officier de l'armée française Georges Peillon évoque le non-respect des accords de défense, qui lient la Côte d'Ivoire à la France. Selon M. Peillon, c'est le refus de la partie française d'appliquer lesdits accords qui a fortement contribué à la dégradation des relations entre les deux pays. Il pense que les Ivoiriens attendaient énormément de la France. Pas que militairement.

« Sur le plan diplomatique et politique, la Côte d’Ivoire a toujours été la fille aînée de l’Afrique et de la France. Les Ivoiriens attendaient que la France s’engage, que le président Chirac s’engage pour restaurer la paix, l’unité du pays. Et, je pense que les non-réponses françaises n’ont fait que engendrer le désaroi. Ça s’est expliqué comment et ça s’est vu comment ? Quand les Ivoiriens d’Abidjan s’en prennent aux ressortissants français, un acteur économique français, mais c’est parce qu’il représente la France", relate-t-il.

"Et, la France qui n’a pas été capable de donner une réponse politique claire, un engagement auprès du président Gbagbo en place. C’est une des explications que je donne à, la défiance progressive des Ivoiriens vis-à-vis de la France. Non-respect des accords de défense. Les accords de défense, on a eu l’impression sur place qu’ils se limitaient à la protection des ressortissants français, pas des Ivoiriens. Là aussi ça été un des grands reproches à France ", a poursuivi l'ancien militaire reconverti en consultant en communication.

L'arrestation de Laurent Gbagbo marquait le point d’orgue de dix années de crise

L'ancien porte-parole de la Licorne a noté que l’arrestation de Laurent Gabgbo marquait le point d’orgue de dix années de crise. « J’ai continué de suivre les événements de Côte d’Ivoire jusqu’aux évènements de 2010 et l’arrestation. Et j’avoue que j’ai été assez stupéfié. Parce que je me disais, ça y est, les brigands sont à Abidjan et quand on voit comment ont été traités le président Gbagbo et son épouse, c’est quand même pas terrible. Visiblement, ils ont eu assentiment de cette fameuse communauté internationale de prendre le pouvoir à Abidjan », a-t-il poursuivi.




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