Côte d'Ivoire : Relance de la plainte de Gbagbo contre la France ?

Par Gary SLM
Publié le 18 April 2021 à 19:05 | mis à jour le 18 April 2021 à 19:05

L'ancien président ivoirien accuse les forces françaises de "tentative d'assassinat" lors de l'offensive menée contre sa résidence en 2011.

"Tentative d'assassinat" contre Gbagbo, la France au banc des accusés

Au mois de juillet 2011, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo avait porté plainte contre l’armée française pour "tentative d'assassinat". Près de 10 ans plus tard, aucune nouvelle de cette plainte qu’on imagine suspendue par la procédure à la CPI contre l’ancien chef d’État ivoirien. Maintenant qu’il a été acquitté et de nouveau libre de ses mouvements, la plainte contre la France pourrait revenir dans l’actualité.

France : Relance de l’affaire Laurent Gbagbo - armée française ?

En effet, après des élections présidentielles controversées en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo avait été déclaré vainqueur par le Conseil Constitutionnel, la plus haute instance judiciaire du pays. La Commission électorale indépendante avait pour sa part désigné l’actuel Président Alassane Ouattara victorieux de la même élection. Une crise militaropolitique s’en est suivie avec 3000 morts dénombrés. La France n’avait pas hésité à prendre le parti de Ouattara, un choix qui la rattrape.

Nicolas Sarkozy dans l'affaire Laurent GbagboNicolas Sarkozy était le Président de la France à cette époque-là. Il est réputé pour sa grande amitié avec Alassane Ouattara. Le chef de l’État français de l’époque s’était impliqué à visage découvert dans cette crise, parfois en toute violation des règles internationales. Il n’avait pas hésité à inviter Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir en déclarant : « Il n'y a pas d'autres possibilités pour Laurent Gbagbo que de quitter à bref délai, un pouvoir qu'il usurpe ».

Malgré l’avis contraire du Conseil Constitutionnel, le Président français de l’époque était persuadé qu’Alassane Ouattara était l’homme qui a remporté les élections. De son côté, Laurent Gbagbo s’entêtait, invitant toutes les institutions sérieuses en Côte d’Ivoire pour recompter les bulletins du vote. Aussi bien l’Union Africaine que l’Union Européenne et la France, tous refusaient de céder à ce qui était considéré comme une manœuvre de l’ex-président pour gagner du temps.

Quand l’armée française livrait Laurent Gbagbo aux rebelles

Les menaces se feront plus virulentes avant que l’Armée française ne soutienne l’offensive des anciens rebelles de Soro Guillaume, rebaptisés FRCI pour l’occasion. Sauf que cette force venue du nord du pays, ancien territoire rebelle, était stoppée dans sa progression par les forces régulières toujours fidèles à Laurent Gbagbo. Face à la difficulté pour passer le verrou dressé autour d’Abidjan, la France s’était militairement invité dans le conflit en bombardant le matériel militaire des forces régulières.

un avion de l'armée française basée à Abidjan, en Côte d'Ivoire

Des camps militaires d’Agban essuieront plusieurs fois des tirs d'aéronefs de l’armée française. La cour présidentielle qui est pratiquement un quartier où réside le Président et son personnel de service ne sera pas épargnée. La résidence de Laurent Gbagbo sera bombardée sans relâche par l’armée française sous prétexte de détruire des armes lourdes. En réalité, la France cherchait à mettre en pièce le dispositif de sécurité du président afin de le livrer aux rebelles. C’est ce qui se passera peu après les bombardements.

Le ministre de l’Intérieur de Laurent Gbagbo, M. Désiré Tagro, sera même tué d’une balle dans la tête par les forces rebelles convoyées sur place. Les militaires français vont même descendre dans la résidence pour en extraire Laurent Gbagbo et le livrer à ses ennemis, les soldats rebelles. Il n’a été sauvé de justesse que par feu le commandant Issiaka Ouattara (alias Wattao), mort le 5 janvier 2020 à New York, aux États-Unis, d’un cancer.

Acquittement d’un homme condamné avant son procès

Après un bref séjour au Golf Hôtel, ancien QG de son rival Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et son épouse Simone Gbagbo seront envoyés dans des prisons séparées au nord de la Côte d’Ivoire. C’est de cette région qu’il avait été transféré à La Haye pour y faire face à la Cour Pénale Internationale pour « crimes contre l’humanité ». Ce procès durera près de 10 ans. Le 31 avril dernier, Laurent Gbagbo et son poulain Charles Blé Goudé, qui l’avait rejoint en prison à La Haye, seront acquittés de toutes les charges.

Même s’il est toujours en Belgique, Laurent Gbagbo prépare son retour en Côte d’Ivoire. Des dates non encore confirmées, début juin notamment, circulent à Abidjan et dans les milieux diplomatiques africains pour son retour en Côte d’Ivoire. michèle alliot marie, ancien ministre françaiseMaintenant qu’il a été innocenté par un tribunal neutre pour l’assassinat supposé de 3000 morts, Laurent Gbagbo pourrait relancer sa plainte contre l’armée française restée gelée tout ce temps.

Pour ces partisans, si les dirigeants français ont menti au monde entier sur les élections, le temps pour eux de rendre compte est arrivé. Michèle Alliot-Marie "MAM" (ex-Ministre d'État Ministre des Affaires étrangères et européennes) disait que des comptes bancaires de Laurent Gbagbo avaient été découverts dans des pays étrangers. La Cour pénale Internationale avait beau chercher, elle n’avait trouvé aucun compte bancaire qui confirme les propos de MAM, surnommée à Abidjan « Mensonge À Mensonge » à l’époque.

Me Roland Dumas n'est pas mort

La plainte contre l'armée française pour "tentative d'assassinat" lors de l'offensive menée en avril contre sa résidence par les forces de son rival Alassane Ouattara, appuyées par la France et l'ONU devrait relancer le contour de cette affaire. Cette plainte avait été initiée par ses avocats Me Jacques Vergès et Me Roland Dumas. Le premier est mort mais à 98 ans, le second est toujours vivant même si une rumeur infâme le donnait pour mort samedi 17 avril 2021.




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