Tchad: Le général Mahamat Idriss Déby installe une transition de 18 mois

Par Eugène SAHI
Publié le 20 April 2021 à 17:50 | mis à jour le 20 April 2021 à 17:50

Le Général de corps d’armée Mahamat Idriss Déby, fils du défunt président tchadien, Idriss Deby Itno, mort ce mardi après des combats avec les rebelles du Fact, va diriger une transition de 18 mois.

Mahamat Idriss Deby à la tête d’un Conseil militaire de transition (CMT)

Décès du président tchadien, Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis trente ans. Le maréchal Déby est mort, mardi 20 avril, des suites de blessures reçues au combat ce week-end, a annoncé le porte-parole de l’armée, le général Azem Bermandoa Agouna, dans un communiqué lu à l’antenne de TV Tchad. Militaire de carrière et combattant rebelle, avant de s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat en 1990, l’homme de 68 ans venait d’être réélu pour un sixième mandat.

Quelques heures après l’annonce de la disparition d’Idriss Déby, un Conseil militaire de transition (CMT) a installé une phase de transition au Tchad. D’une durée de 18 mois, la transition est dirigée par le général de corps d’armée Mahamat Idriss Deby, l’un des fils du défunt chef de l’Etat.

Le Conseil militaire dirigé par Mahamat Idriss Déby Itno, général quatre étoiles à 37 ans et commandant de la garde présidentielle, s’est aussitôt réuni et a “promulgué la charte de transition”, a ajouté le général Azem Bermandoa Agouna.

Élevé par la mère du chef de l’État, il a pour cette raison comme surnom Mahamat Kaka (kaka signifiant « grand-mère » en arabe tchadien)1. Le jeune homme a ensuite suivi les cours du Groupement des écoles militaires interarmées du Tchad puis a fait un bref passage au lycée militaire d'Aix-en-Provence. Dès son retour au pays, son père le verse dans la Direction générale de service de sécurité des institutions de l'État (DGSSIE), la garde prétorienne du régime1.

En 2013, il est nommé au poste de commandant en second des Forces armées tchadiennes en intervention au Mali (Fatim), dans le nord du Mali, sous les ordres du général Oumar Bikomo

Deuil de 14 jours décrété au Tchad, les frontières fermées jusqu’à nouvel ordre

Selon un communiqué du CMT, ce nouvel exécutif garantit le respect des traités et accords internationaux ainsi que l’intégrité nationale. L’Assemblée nationale et le gouvernement ont été dissous. Un deuil de 14 jours a été décrété et les frontières ont été fermées jusqu’à nouvel ordre.

Alors que cette transition doit théoriquement déboucher sur de nouvelles élections inclusives après la nomination d’un gouvernement de transition, ce scénario est fermement battu en brèche par les oppositions politiques et armées, qui contestent la légitimité du CMT et son caractère monarchique. Les conditions de la succession d’Idriss Deby Itno pourraient ainsi convaincre le FACT de poursuivre son offensive et de continuer sa descente sur N’Djaména dans les prochains jours après un repli stratégique dans sa zone du Kanem-Bornou, au nord du pays.

Mahamat Mahadi Ali, l’homme fort du FACT, va-t-il marcher sur N’Djamena?

Arrivé au pouvoir en renversant Hissène Habré, fin 1990, le président sortant, officiellement réélu le jour de son décès pour un sixième mandat avec près de 80% des voix, a été tué dans les combats opposant l’armée nationale aux rebelles du Front pour l’alternance et la concorde du Tchad (FACT).

Ce mouvement fondé en 2016 est dirigé par Mahamat Mahadi Ali. Réfugié politique depuis 1989 en France, où il a suivi des études de droit et de sciences politique, ce dernier est un gorane, ethnie de l’ex-président Habré. Opposant à Idriss Déby Itno, il se préparait depuis plusieurs années à renverser le pouvoir depuis la Libye à la tête de quelques 1500 hommes.

Commandant en chef de l’armée sous Habré, qui sera condamné en 2016 pour crimes contre l’humanité, Déby renverse le dictateur en 1990, les armes à la main. Grâce, déjà, au soutien de la France. Il a exercé un pouvoir sans partage. C’est grâce à l’armée que ce militaire passé par l’Ecole de guerre en France, a assis son pouvoir. Encadrée essentiellement par des officiers de son ethnie zaghawa et commandée par ses proches, elle est considérée comme une des meilleures de la région.

Au sein du pouvoir, Idriss Déby régnait volontiers par l’« intimidation » et le népotisme, selon ses détracteurs. Il avait placé sa famille ou des proches à des postes-clés de l’armée, de l’appareil d’Etat ou économique, et ne laissait jamais les autres longtemps en place. Dix-sept premiers ministres se sont succédé entre 1991 et 2018, avant que M. Déby ne fasse supprimer cette fonction pour ravir toutes les prérogatives de l’exécutif.




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