Après les cadeaux de Blaise Compaoré, De Villepin cité dans une affaire de mort d’hommes en Côte d’Ivoire
Dominique De Villepin, ancien Premier ministre français, pressenti pour une candidature à la prochaine élection présidentielle, fait face à un début d’avalanche de dossiers sales. Après l’affaire des cadeaux de Blaise Compaoré qu’il a finalement rendus, un autre dossier bien plus grave tombe sur sa table, celui du bombardement de Bouaké. C’est un conseiller de l’ancien président de la Côte d’Ivoire, M. Laurent Gbagbo, qui porte la charge contre l’ex-ministre des Affaires étrangères de la France.
Dominique De Villepin rattrapé par le « Bombardement de Bouaké »
Depuis qu’il a commencé à laisser paraître ses velléités d’une candidature à l’élection présidentielle de 2027, Dominique De Villepin est entré dans l’actualité. C’est d’abord l’avocat et homme d’affaires sulfureux Robert Bourgi qui a fait une révélation fracassante sur son cas. Ce dernier affirme que l’ancien Premier ministre du président Jacques Chirac avait reçu des cadeaux de dirigeants africains, Blaise Compaoré du Burkina Faso en l’occurrence.
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L’ancien président burkinabé lui aurait acheté des objets d’art qui trônaient dans son salon. Après l’affaire ébruitée, Dominique De Villepin a rendu lesdits objets d’art, croyant laver son image d’homme de probité qu’il compte véhiculer. Celui qui aurait réceptionné les palettes de près de 3 millions d’euros offerts par le président Laurent Gbagbo à Jacques Chirac, à la demande de ce dernier, est aussi touché par un dossier bien plus sale, une affaire de morts d’hommes.
C’est le bombardement de Bouaké qui a défrayé la chronique sous la gouvernance de la Côte d’Ivoire par Laurent Gbagbo. En effet, le pouvoir de Jacques Chirac, opposé à la présence de Laurent Gbagbo à la tête de la Côte d’Ivoire, instrumentalisait la rébellion armée qu’a dû affronter ce dernier. Les rebelles coupaient le pays en deux et la France refusait que les forces régulières de la Côte d’Ivoire les délogent.
Quand Laurent Gbagbo décidé de libérer son pays
Lorsque Laurent Gbagbo, excédé par le double jeu de Paris, a décidé de “l’opération dignité”, il a vu son armée stoppée net par les forces françaises alors présentes en Côte d’Ivoire. La raison : le camp militaire français de Bouaké aurait été bombardé par les forces régulières ivoiriennes, qui connaissaient pourtant bien les lieux et qui n’avaient aucune raison de s’attaquer aux Français, sauf par volonté de suicide. Les autorités ivoiriennes d’alors affirment aujourd’hui encore ne pas être concerné par cette affaire.
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C’est en tout cas le prétexte du “bombardement de Bouaké”, du camp militaire français, qui sera utilisé pour détruire tous les aéronefs de l’armée ivoirienne. Par la suite, une colonne de soldats de l’armée française s’était dirigée vers la résidence de Laurent Gbagbo, mais a dû faire face à des centaines de milliers d’Ivoiriens venus défendre leur président.
9 soldats français sont décédés dans ce bombardement. Plusieurs juges ont été saisis du dossier et ont diligenté des enquêtes comme la juge Brigitte Renaud. Pour éviter d’exposer toute la vérité.
Bernard Houdin, bien informé du dossier puisqu’il est conseiller de Laurent Gbagbo depuis la présidence de celui-ci à la tête de la Côte d’Ivoire, accuse Dominique De Villepin d’en savoir bien plus qu’il n’y paraît sur l’affaire du “Bombardement de Bouaké”, qui est un sujet bien plus grave que l’affaire des cadeaux. Dans son interview accordée mercredi au podcast “Le Franc Parler”, il a déclaré : “Sur De Villepin, pour moi il y a une chose dont Bourgi ne parle pas, et qui est essentielle, c’est que pour moi il est au cœur du problème du Bombardement de Bouaké de novembre 2004, où 9 soldats français sont aujourd’hui morts et enterrés dans des conditions des fois malheureusement scabreuses…”
Le conseiller du président, au moment des faits, a ajouté : “J’ai surtout eu en main, je l’ai toujours sur mon ordinateur, le dossier de l’instruction (qui était terminée) de la première à la dernière ligne qui fait 15 000 pages codifiées, où apparaissent les éléments de Bouaké dans leur entièreté. Ma thèse et celle de l’avocat d’ailleurs est la même, c’est qu’il y a eu une manœuvre française qui n’a pas abouti ou qui a créé le problème de bombardement. Il y a eu une erreur de tir, du choix du tir, parce qu’ils ont bien tiré là où il fallait, mais que le bâtiment était beaucoup plus habité qu’il aurait dû être. Je pense qu’il faudrait qu’un jour M. De Villepin nous explique comment il voit les choses lui.”
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À noter que pour Me Jean Balan, avocat des victimes, les autorités françaises de l’époque, Dominique De Villepin en premier lieu, n’étaient pas étrangères à cet assassinat des soldats français en mission en Côte d’Ivoire.
Bernard Houdin dit aussi que lors d’une rencontre avec l’époux de la juge Brigitte Renaud, celui-ci aurait validé son idée selon laquelle la juge aurait été dessaisie du dossier parce qu’elle “s’approchait un peu trop près du soleil et que c’était la limite fixée.” Olivier Renaud lui aurait ensuite répondu : “Monsieur, je suis tellement d’accord avec vous parce que vous parlez de la juge Renaud et de ce qu’elle a été contrainte d’abandonner l’affaire. Je vous en parle doctement parce que je suis son époux.”
Dominique De Villepin semble loin de pouvoir entrer dans une bataille politique de premier rang de façon paisible. Tout laisse penser qu’au fur et à mesure qu’il confirmera ses ambitions pour 2027, plusieurs autres dossiers pourraient revenir sur la table.
Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
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