Présidentielle au Bénin : le taux de participation, un enjeu crucial
Au Bénin, plus de 7 millions d’électeurs sont attendus aux urnes ce dimanche 12 avril 2026 pour l’élection présidentielle de 2026. À l’issue du scrutin, le successeur du président Patrice Talon pour les sept prochaines années sera connu. Mais ce n’est visiblement pas le véritable enjeu de cette échéance. Le défi à relever est ailleurs. Il tourne principalement autour du taux de participation, facteur déterminant pour crédibiliser l’élection du prochain président dans un contexte où le jeu est presque fait.
Présidentielle au Bénin : la bataille du taux de participation
Pour le compte du scrutin présidentiel de ce dimanche au Bénin, il est clair que Romuald Wadagni, le candidat de la mouvance, part avec une longueur d’avance. Favori, il peut compter sur la majorité des acteurs politiques et une multitude de mouvements politiques qui portent sa candidature. En face, Paul Hounkpè, candidat de la FCBE, un parti de l’opposition modérée accusé de servir de « faire-valoir » au pouvoir en place. Dans ce contexte de compétition totalement déséquilibrée, la victoire du favori ne relèvera certainement pas d’un miracle.
La stratégie de campagne déployée semble orienter l’enjeu vers l’obtention d’un taux de participation élevé. C’est peut-être la seule chose qui stresse le candidat de la mouvance ? La présidentielle va-t-elle faire déplacer des foules ? Une question préoccupe les différentes parties en compétition, notamment les soutiens de Romuald Wadagni. Au-delà de vanter les qualités, compétences et le projet de leur candidat, ils trouvent nécessaire de susciter les électeurs à sortir massivement.
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Selon Joel-Atayi Guedegbe, expert en gouvernance et membre de la société civile, le taux de participation devient un enjeu majeur. « Un enjeu d’ailleurs immédiatement identifié par les partisans de Romuald Wadagni.
Une tendance baissière depuis 2019
Les craintes autour du taux de participation sont légitimes au regard des chiffres enregistrés ces dernières années. De 2016 à 2021, le taux de participation a connu une tendance décroissante, passant de 65,57% à 50,17 % pour la présidentielle. Une chute attribuée au contexte politique tendu où de principaux candidats de l’opposition avaient été recalés pour défaut de parrainage et par la suite incarcérés pour des faits de terrorisme et de tentative d’atteinte à la sûreté de l’État.
En 2019, les élections législatives organisées sur fonds de crise électorale ont donné moins de 30 % en termes de taux de participation. Les dernières élections communales et législatives ont enregistré au total un taux d’abstention de 65 %. « Au demeurant, le taux de participation n’avait cessé de baisser depuis quelques scrutins, particulièrement depuis 2019. Et il est évident que le sentiment que tout serait joué d’avance, ou qu’il n’y aurait pas une offre électorale assez large, pourrait être la cause fondamentale », a indiqué Joel-Atayi Guedegbe dans un entretien accordé à RFI.
Faut-il rendre le vote obligatoire au Bénin ?
Face à la chute progressive du taux de participation aux élections au Bénin, des réflexions se mènent pour corriger le tir. Certaines voix estiment qu’il faut redonner confiance aux électeurs en leur proposant une nouvelle politique et surtout en ouvrant plus largement le jeu électoral. Mais le professeur François Abiola, membre de la Commission électorale nationale autonome (Cena), se montre plus radical. Il a d’abord déclaré : « On dit par exemple 1995 (75 %), 1999 (71 %), 2003 (55 %), 2007 (58 %), ainsi de suite et on dit que depuis 2019, le taux… 2019 (27 %), 2023 (37 %) et 2026 (36 %) ».
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Pour lui, cette baisse ne s’explique pas seulement par le « fait que les gens ne soient pas sortis ». « C’est le système adopté pour faire la liste des électeurs. Ça, moi je suis formel là-dessus », a-t-il affirmé. Il explique que la mise en place du registre national fait que tous les citoyens en âge de voter sont considérés comme des électeurs, même si ceux-ci n’ont pas tous la « capacité » de voter. Il ajoute que ce système influence fortement le taux de participation.
Il propose de durcir le système pour rendre le « vote plus ou moins obligatoire ». « Que tu le veuilles ou pas, une fois que tu es dans le registre électoral, tu es électeur », a-t-il indiqué en précisant que ses propos n’engagent que lui.
Rédigé par
Cochimau HOUNGBADJIJournaliste l Analyste Politique l Animateur Web TV l Web journaliste - Spécialiste référencement SEO l Passionné de la Com digitale l Certification Google : Fondamentaux du Marketing Numérique.
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