Simone Gbagbo: L’alternative du FPI pour un retour au pouvoir d'Etat

Simone Gbagbo pourait être le joker du FPI pour revenir aux affaires
Par NELSON ZIMIN
Publié le 08 mai 2019 à 12:13 | mis à jour le 08 mai 2019 à 12:13

Le Rhdp unifié semble fixé sur son candidat pour les jouxtes électorales de 2020. Amadou Gon Coulibaly a été mis en avant par Alassane Ouattara qui semble renoncer à un troisième mandat. Reste le Pdci-Rda d’Henri Konan Bédié, qui semble encore hésitant sur le choix d’un Jean-Louis Billon qui peine à convaincre et le FPI de Laurent Gbagbo déchiré par une crise interne. Entre sollicitations pour des alliances et une possible réconciliation des deux factions du parti, et si le FPI faisait le choix de Simone Gbagbo ?

Simone Gbagbo, aux aurores d’une lutte pour l’émancipation et la démocratie

L’histoire du parti de Laurent Gbagbo, le FPI, ne saurait être évoquée sans le nom de l’ex première dame de Côte d’Ivoire. Femme de poigne et militante convaincue, Simone Gbagbo a été aux aurores du Combat du FPI pour la liberté, le multipartisme et la démocratie en Côte d’Ivoire.

Nous sommes en 1982 à Dabou, dans une bananeraie de la ville, Laurent et Simone qui deviendra plus tard madame Gbagbo, Pierre Kipré et bien d’autres camarades donneront naissance au FPI, avant le départ en exil de Laurent Gbagbo par le Burkina Faso (Haute Volta à l’époque). Durant les six années d’exil de Laurent, Simone Gbagbo et feu Aboudramane Sangaré assureront l’intérim dans la clandestinité et feront vivre avec les autres camarades dans la clandestinité, le Front Populaire Ivoirien, jusqu’au 13 Septembre 1988. A la pointe du combat pour la démocratie surfant sur les vents des agitations sociales des années 1990, à l’acceptation du multipartisme par Houphouët-Boigny le 30 Avril 1990, Simone Gbagbo était en première ligne. Si bien que lorsque le FPI fut légalisé le 13 Septembre 1990, elle sera encore au cœur de la campagne du premier opposant du vieux bélier de Yamoussoukro. A l’élection Présidentielle de 1990, le FPI n’obtiendra que 18,3% des suffrages dans un environnement politique très marqué par les serres du parti unique. C’était encourageant car la popularité du FPI et de Laurent Gbagbo grandira auprès de la jeunesse.

Laurent, le parti et la prison, Simone Gbagbo a fait son choix

Dans la construction du parti et selon les règles démocratiques, le 18 février 1992, une manifestation, à l’appel du FPI et d'autres organisations, dégénère. Laurent Gbagbo est arrêté et condamné à deux ans de prison avec d’autres personnes, dont son épouse Simone Gbagbo qui a été atrocement bastonnée, en vertu d’une nouvelle loi « anticasseurs », élaborée par le gouvernement d’Alassane Ouattara. « Les lois de la République seront appliquées avec toute la fermeté nécessaire », avait insisté le premier ministre du vieux Bélier. Ils seront finalement libérés au mois d’août suivant.

Simone Gbagbo, malgré son charisme et son engagement a aussi fait le choix du parti et de son leader, accompagnant dans l’ombre son désormais époux de leader populaire. Après la mort de Félix Houphouët Boigny en 1993, la situation politique mue d’alliance en rapprochement. Henri Konan Bédié devenu président au pas de course, s’appuyant sur l’article 91 de la constitution de l’époque, lance un mandat d’arrêt contre Alassane Ouattara. Dans un Front républicain avec le RDR de Djéni Kobena, Gbagbo Laurent et le FPI se rapproche du RDR et boycotte l’élection présidentielle de 1995. La marrée politique change de cours et après le coup d’Etat du Gal Robert Guéi, Henri Konan Bédié se retrouve en exil, pendant que le FPI et le RDR accompagnent le Gal dans un gouvernement de mission sous l’autorité du Comité National de Salut Publique (CNSP).

Loin des strasses et paillettes des mondanités, Simone Gbagbo opte pour le front politique

Après un processus électoral tumultueux le 22 Octobre 2000, s’en suivent des violences jusqu’au jeudi 26 Octobre qui se soldent par un charnier de 57 morts. Les différents parties en présence se rejettent la responsabilité. Mais la république doit fonctionner. Alors, bien élu mal élu, Laurent Gbagbo prête serment. Et aux élections législatives du 10 décembre 2000, Simone Gbagbo est élue députée de la commune d’Abobo et sera portée à la tête du groupe parlementaire FPI, à l’assemblée nationale. En femme politique avertie, elle montera au créneau pour déconstruire les accords de Linas-Marcoussis, qui selon le pouvoir de l’époque, visait à vider l’autorité du président de la république de sa substance. Très agacée par les décisions de plus en plus incohérentes et incompréhensibles de son époux de président, Simone Gbagbo s’oppose, dénonce et bloque des projets de lois au parlement. Ce fut le cas du projet de cession du terminal à conteneurs du port d’Abidjan à Bolloré , ou encore à la nomination de Guillaume Soro en tant que premier ministre du gouvernement d’union nationale en 2003, tout comme la candidature « exceptionnelle » d’Alassane Ouattara à la présidentielle de 2010.

Malgré tout, Simone Gbagbo fera campagne jusqu’au bout pour le FPI et Laurent Gbagbo. Elle finira, comme hier dans la clandestinité des années 1980, dans le dernier retranchement du président déchu en Avril 2011 sous les bombes et la mort. S’il est vrai que Simone a contraint Laurent Gbagbo à tenir jusqu’au bout alors que l’homme voulait renoncer au pouvoir comme le demandaient toutes les chancelleries, il est clair que le charisme politique de Laurent vient de Simone Gbagbo. Encore, l’éclatement de la vérité et la notoriété mondiale de Laurent Gbagbo est le résultat de la fermeté et du sens élevé de la légalité de Simone qui pour Gbagbo et le FPI, a connu la prison et le déshonneur. Ayant été au cœur de l’histoire politique du pays et du parti, Simone apparait clairement comme le Joker du FPI pour regagner le pouvoir d’Etat !

Nelson Zimin



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