Bassirou Diomaye Faye : 2 ans de pouvoir, déjà un divorce avec Sonko, les Sénégalais guettent – Opinion
Deux ans tout juste après son entrée au palais de la République, Bassirou Diomaye Faye gouverne désormais sans son mentor Ousmane Sonko, écarté de la primature. La rupture entre les deux hommes, longtemps présentés comme inséparables par leurs partisans, occupe toute l’actualité dakaroise. Et le pays scrute… ANALYSE.
Un tandem qui paraissait indestructible
Tout avait pourtant démarré sous les meilleurs auspices. À sa sortie de prison en mars 2024, Ousmane Sonko avait reporté son soutien sur son lieutenant Bassirou Diomaye Faye, après l’invalidation de sa propre candidature par le Conseil constitutionnel du Sénégal. Le duo, porté par la dynamique Pastef, promettait alors un changement de régime au sens fort : souveraineté monétaire, renégociation des contrats pétroliers et gaziers, audit musclé des finances publiques héritées de Macky Sall.
Lire aussi : Sénégal : Ousmane Sonko réagit à son limogeage
« Diomaye mooy Sonko » : le slogan, scandé de Dakar à Ziguinchor en passant par Kaolack, a porté le candidat à 54 % dès le premier tour. Une victoire-éclair, deux semaines à peine après sa libération. Inédit dans l’histoire politique sénégalaise. Mais le vernis de l’unité a fini par se fissurer. Les arbitrages économiques, jugés trop tièdes par le camp Sonko, ont créé les premières lignes de fracture dès le second semestre 2025.
Il faut dire que le nouveau Président, soucieux d’avoir une gouvernance paisible, refusait de secouer de trop les dossiers fâcheux de ses prédécesseurs. Pour son premier Ministre, tout citoyen doit rendre compte de sa gestion et donc pas de détournement de regard de certains dossiers chauds : bonne gouvernance oblige.
Le limogeage qui a tout fait basculer
Les observateurs situent le point de rupture autour des dernières semaines de 2025. Plusieurs ministres proches du Premier ministre sont d’abord remplacés sans grande publicité. Puis vient le séisme : Bassirou Diomaye Faye signe le décret mettant fin aux fonctions de Sonko à la tête du gouvernement.
Le limogeage de Ousmane Sonko a provoqué une onde de choc à l’intérieur même du Pastef. Plusieurs cadres ont claqué la porte. D’autres, plus pragmatiques, ont choisi de rester sous l’autorité du chef de l’État, parfois en silence. À l’Assemblée nationale, les comptes sont devenus plus serrés. Le groupe parlementaire, longtemps soudé, montre désormais des signes visibles de tension.
Cette séparation politique a remis sur la table une question ancienne : un président élu peut-il vraiment gouverner à l’ombre d’un personnage politiquement plus dense que lui ? L’interrogation traverse les éditoriaux, les plateaux de télévision et les conversations de taxi.
Sénégal : Ousmane Sonko prêt à animer l’opposition contre Faye
La réponse vient d’être donnée et elle ne surprend pas vraiment. Les plus avisés de l’analyse politique africaine n’attendaient que le jour d’un divorce qu’ils présentaient inévitable. Sonko est un homme fort qui occupe l’espace médiatique et Faye est plus discret, mais c’est lui le boss constitutionnel, bien que nul n’ignore à qui il doit son siège. Le fait est qu’il a le siège et même l’homme qui le lui a donné n’en a pas un. Forcément, il finirait par imposer sa volonté ; la question a toujours été : quand ?
Le bilan que la présidence met en avant
À deux ans de mandat, l’équipe au pouvoir aligne ses arguments. Sur le terrain diplomatique, le Sénégal a renégocié plusieurs contrats avec les multinationales opérant sur le bassin de Sangomar. Le gouvernement revendique aussi une hausse de la part nationale dans les recettes minières, présentée comme la traduction concrète de la promesse de souveraineté économique.
Côté infrastructures, le BRT a été étendu vers la grande banlieue dakaroise. Le programme de logements sociaux, partiellement repris du précédent régime, figure en bonne place dans les communiqués officiels, malgré les critiques de l’opposition sur la qualité de certaines livraisons. L’agriculture, secteur affiché comme prioritaire, a bénéficié d’un fonds renforcé. Les autorités évoquent une autosuffisance progressive en riz local, même si les statistiques douanières racontent une histoire plus nuancée.
Mais la question de la gouvernance de Diomaye Faye se heurte à une réalité économique tendue. Le coût de la vie n’a pas reculé. La dette publique, malgré les renégociations, reste préoccupante. Et la jeunesse, qui a porté Pastef à la victoire à coup de meetings de 20 000 personnes, attend toujours les emplois promis.
Ce que disent les sondages
Les enquêtes d’opinion publiées sur le premier trimestre 2026 livrent un tableau contrasté. La cote de popularité de Bassirou Diomaye Faye se maintient autour de la moitié des intentions favorables. Un niveau respectable pour un président à mi-parcours, surtout en période d’orage interne. Mais ce score cache une érosion progressive dans les centres urbains, là où le pouvoir d’achat pèse le plus lourd.
Sur le bras de fer avec son ancien mentor, l’opinion se partage presque en deux. Une partie des sondés saluent le courage du chef de l’État d’avoir affirmé son autorité. D’autres y lisent une trahison du contrat électoral passé avec les Sénégalais. Le camp Sonko, de son côté, prépare la riposte : tournées en région, conférences de presse, mobilisation de la base militante. Une recomposition partisane n’est plus une hypothèse de salle de rédaction, c’est désormais une éventualité que les responsables eux-mêmes n’écartent plus.
Ceci pourrait vous intéresser : Sénégal : Bassirou Diomaye Faye limoge un proche d’Ousmane Sonko
Et on sent qu’Ousmane Sonko ne va pas faire sembler de préparer l’éviction de son ancien poulain. Il apparait aux yeux des sénégalais comme le vrai leader de la rupture, quand Faye semble s’être compromis avec les grandes puissances avec qui il a des liens bien plus forts qu’il ne parait.
Sonko emporte un avantage fort, celui d’un homme qui a touché à tous les dossiers importants et qui sait les décisions purement pro-Sénégal à prendre que ne peut oser l’actuel président sans perdre ses nouveaux amis.
Ce que les Sénégalais attendent maintenant
Au-delà des querelles d’appareil, les attentes citoyennes restent collées dans le quotidien. Les commerçantes du marché Sandaga rappellent leurs priorités sans détour : le prix du riz, du sucre, de l’huile. Les transporteurs, eux, parlent du carburant. Les jeunes diplômés, eux, fixent leurs espoirs sur le secteur extractif et sur les retombées tant promises de l’exploitation pétrolière et gazière. Deux ans après le démarrage de la production, les premiers résultats existent. Mais ils ne se traduisent pas encore en transformations visibles dans le portefeuille.
Sur le plan extérieur, le Sénégal continue d’assumer sa ligne de souveraineté. Le retrait des bases militaires françaises a été acté. Les partenariats avec la Chine, la Turquie et les pays du Golfe se densifient. La crise prolongée de la CEDEAO, marquée par le retrait des États de l’Alliance des États du Sahel, place Dakar dans une posture d’arbitre recherché par toutes les capitales de la sous-région.
Mai 2026, l’heure de vérité
Le mois de mai 2026 pourrait bien être celui d’une recomposition politique majeure au Sénégal. Le silence stratégique de Sonko sur certains canaux de communication intrigue. Plusieurs sources évoquent l’hypothèse d’une nouvelle formation, à moins qu’une médiation interne ne parvienne à recoller les morceaux. Le Sonko Diomaye gouvernement Sénégal 2026, tel qu’imaginé en 2024, appartient désormais à une autre époque politique.
Lisez aussi ce sujet pour tout comprendre : Sénégal : guerre Faye – Sonko, les cadres du Pastef prennent position
Bassirou Diomaye Faye, lui, joue sa propre partition. Plus posé, moins offensif que durant la campagne, le chef de l’État défend une présidence qu’il qualifie de pragmatique. Reste à savoir si cette ligne lui permettra de tenir trois années supplémentaires sans son ancien allié, et surtout sans perdre la confiance des électeurs qui avaient cru au binôme.
Dans le camp Faye, on garde la main sur plusieurs leviers si le jeu de Sonko devient problématique durant le reste du mandat. Avec la démission du président de l’Assemblée nationale du Sénégal, Ousmane Sonko va pouvoir récupérer sans grand mal le siège. À partir de là, il va pouvoir peser assez fortement sur le jeu politique. Et c’est là que les pro-Diomaye imaginent une dissolution du parlement, mais dans quel intérêt ? Une nouvelle élection serait aussi largement remportée par Sonko, qui garderait alors sa force.
Le président Bassirou Diomaye Faye a peut-être refusé de se soumettre aux choix de son ex-Premier ministre, mais il pourrait être contraint d’accepter ceux de son prochain président du Parlement, qui ne devrait être autre que ce même ex-Premier ministre.
Les Sénégalais, eux, scrutent. Avec espoir pour les uns. Avec inquiétude pour les autres. Avec impatience pour la majorité.
Rédigé par
Gary SLMGary SOGNON : Responsable de Communication, je suis également journaliste-rédacteur web sur Afrique Sur 7. J’excelle dans la création de contenus captivants optimisés pour le référencement. Mon expertise polyvalente dans divers secteurs me permet de produire régulièrement des publications sur différents sujets de culture, politique, économie et de sport. Suivez-moi sur cette page pour plus d’actualités.
Voir ses 6434 articlesArticles similaires
Sénégal : Ahmadou Al Aminou Lo nommé Premier ministre
... Lire plus
Bénin – AES : une nouvelle voie diplomatique s’ouvre
... Lire plus