FIF : limogeage de Faé, qu’il est bien drôle, Idriss Diallo (Critique)
Le président de la FIF, Idriss Diallo, face à des journalistes, a affirmé avoir mis fin aux fonctions d’Emerse Faé au motif qu’il « est arrivé à la fin de deux cycles », lesquels reposaient sur une qualification pour les demi-finales de la CAN au Maroc puis un parcours plus poussé en Coupe du monde.
De fallacieux prétextes pour justifier le limogeage de Faé
Interrogé sur RTI 3 au sujet du limogeage d’Emerse Faé, Yassine Idriss Diallo a déclaré : « S’il y a un homme qui a donné sa chance à Emerse Faé, c’est Yassine Idriss Diallo… Son adjoint, qui répond au nom de Guy Demel, c’est moi qui suis encore allé le chercher pour en faire l’adjoint d’Emerse. Il était chroniqueur pendant la CAN ici (en Côte d’Ivoire, ndlr). Je leur ai donné les moyens pour travailler, ils ont fait d’excellents résultats… »
Plus loin, le président de la Fédération ivoirienne de football a rajouté : « Emerse Faé et son staff ont rempli les objectifs que je leur ai assignés. Le seul objectif qu’ils n’ont pas atteint, c’est au moment de la CAN au Maroc. L’objectif était au minimum la demi-finale. Nous sommes tombés en quart de finale. » Est-ce la raison de leur éviction ? Il répond : « Je n’ai pas dit cela. À la Coupe du monde, l’objectif était de sortir des poules. Nous avons fini, nous sommes revenus, nous avons estimé sur la base d’éléments de notre appréciation, nous avons estimé que le cycle que nous avons commencé touchait à sa fin… Vous savez, le travail d’entraîneur n’est pas un métier qu’on exerce ad vitam æternam. On l’exerce sur la base d’objectifs fixés par l’employeur. »
Donc, à l’en croire, on peut fixer des objectifs atteignables à un entraîneur, mais pas au président de la FIF qu’il est, un homme qui a passé plus de vingt ans dans la direction du football ivoirien avant d’en devenir le principal responsable.
Idriss Diallo est-il capable de dire pourquoi presque personne ne regarde les matchs de Ligue 1 ivoirienne ? Pourquoi les stades ivoiriens sont toujours plus vides les uns que les autres ? Pourquoi les plus grands clubs européens ne regardent plus dans le vivier ivoirien pour se renforcer, comme du temps de Jean-Marc Guillou sur le banc de l’ASEC ?
Parce que la formation est mauvaise en Côte d’Ivoire, et le président de la FIF a sa part de responsabilité dans cet échec durable.
Ce projet de Jean-Marc Guillou dont personne ne parle
Jean-Marc Guillou avait pour projet de créer une académie nationale de football pour la FIF. Un projet qui devait lui permettre d’organiser la détection des footballeurs ivoiriens, hommes comme femmes, sur toute l’étendue du territoire ivoirien, de les former et de créer un actionnariat populaire pour financer cette formation contre prise de parts. Les citoyens qui le peuvent se rémunéreraient sur les futurs transferts de ces joueurs à la formation desquels ils auraient participé.
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Le projet de Jean-Marc Guillou, le seul vrai projet ambitieux et regardable, se fixait pour objectif premier d’accélérer la formation des filles afin d’aller chercher, selon l’expert, le titre le plus accessible immédiatement : une Coupe du monde féminine qui positionnerait la Côte d’Ivoire sur le plan mondial.
Ce projet, cent fois plus ambitieux que la célèbre académie MimoSifcom, qui a donné à la Côte d’Ivoire sa plus belle génération de footballeurs, est connu d’Idriss Diallo. Cette offre, transmise à son prédécesseur aujourd’hui décédé le regreté Augustin Sidy Diallo, avait été rejetée parce que ce dernier et l’équipe qu’il dirigeait, dont faisait partie Idriss Diallo, voulaient de l’instantané, des résultats tout de suite et maintenant, pour servir d’arguments électoraux.
Idriss Diallo connaît ce projet. Non seulement il ne l’a pas activé, mais il n’a rien activé du tout. Il se contente d’une CAN qui, à bien regarder, est le résultat du travail des autres fédérations de football, celles qui ont formé ou continuent de former les internationaux ivoiriens dans les différents championnats. Combien de locaux faisaient partie de cette campagne victorieuse des Éléphants de Côte d’Ivoire ? Qu’a fait Idriss Diallo pour mériter de rester en place ad vitam æternam ?
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Il sait qu’il n’a rien fait de bon, parce qu’autrement il n’aurait pas négocié avec Malick Tohé pour lui faire renoncer à son projet de candidature. Il aurait laissé parler les urnes, la seule validation du bilan qu’il croit positif.
Lui peut rester à son poste ad vitam æternam malgré les terrains de Ligue 1 qui se vident toujours un peu plus, mais Faé devait partir pour avoir manqué deux objectifs ?
Lui n’arrive au bout d’aucun cycle que le gouvernement et le monde du football auraient pu lui fixer, notamment la mise en place d’une politique qui permettrait aux clubs de payer régulièrement leurs joueurs, et mieux, mais il peut gaillardement dire sur un plateau télé avoir viré Faé pour Hervé Renard, un homme qui a déjà eu sa chance à ce poste, qui l’a quitté dans la foulée de 2015 et qui revient onze ans plus tard bien plus coûteux que Faé ?
Est-il sérieux de démettre un technicien dont on a pris soin de miner la mission dès le départ par une volonté d’engager un autre entraîneur, M. Hervé Renard ? Comme le confirme Guy Demel, adjoint de Faé durant leur mission à la tête des Éléphants de Côte d’Ivoire, dans son interview accordée à NCI, la rumeur de l’arrivée d’Hervé Renard avait envahi la sélection.
Avec quelle crédibilité un tel entraîneur aurait-il pu obtenir des résultats durables quand les joueurs qu’il dirige ne sont pas certains de sa présence à leurs côtés dans les jours ou mois à venir ? Est-il honnête de tenter de rendre fautif un homme qui a trébuché parce qu’on lui a vicieusement savonné la planche ?
Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
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