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Dans la politique ivoirienne, entre Tidjane Thiam et le RHDP, c’est déjà le match avant le match. Les deux parties avancent leurs stratégies, mais ces derniers jours, l’ancien patron de Crédit Suisse a sorti un joker que personne n’avait vu venir.
Comment Tidjane Thiam déroute le RHDP
Depuis que Tidjane Thiam s’est lancé à la conquête du PDCI-RDA, le sommeil s’est pratiquement envolé pour les dirigeants du RHDP. Ces derniers, pour éviter de perdre le pouvoir, ont rapidement placé ou encouragé le positionnement de balises sur le chemin du champion de la finance. L’élection de l’homme d’affaires à la tête du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire a été une première épreuve de force remportée haut la main. C’était le début d’un jeu d’échecs à rebondissements multiples.
Quand Thiam prend la tête des cadres susceptibles de contrôler le PDCI-RDA, des manœuvres empêchatoires sont actionnées pour stopper son projet. Deux individus membres du PDCI sont utilisés pour annuler le premier round du congrès à Abidjan. Une première victoire qui annonçait de longues semaines de batailles juridiques. Face à la ferveur des militants de son parti, Thiam se montre rassurant en affirmant que le congrès se tiendra bel et bien et qu’il deviendra président du parti si leur intention de l’élire se transforme en vote.
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Beaucoup s’attendaient à plusieurs semaines de tractations avant l’élection, mais non. Jouant sur l’aspect très technique du droit, il fait organiser le congrès à Yamoussoukro, puisqu’il n’était interdit qu’à Abidjan. Pendant ce temps, les deux plaignants sont activement recherchés par des cadres du parti déterminés à obtenir l’abandon de leur procédure. Thiam manœuvre serré, mais obtient l’arrêt des poursuites à quelques heures du congrès. Première victoire, avec une élection éclatante qui replace le PDCI au cœur du débat politique.
Depuis, plutôt que de mettre en avant ses réussites, le RHDP jette toutes ses forces dans une autre bataille : la multiplication des obstacles sur le chemin de l’adversaire. Il utilise pour cela les services d’analystes, de véritables « sous-traitants » acquis à sa cause, pour préparer les esprits à ce qui va suivre : l’utilisation du levier juridique pour bloquer Thiam.
Le patron du PDCI-RDA, il faut le reconnaître, a parfois prêté le flanc. En ne renonçant pas rapidement à sa seconde nationalité, il offre à l’adversaire des arguments pour le contrer. Mais à bien y regarder, Tidjane Thiam applique la stratégie de la tribu assiégée au parti au pouvoir. Il donne parfois l’impression d’avoir laissé ouvertes certaines portes pour pousser le RHDP, acculé par sa montée en puissance, à s’y précipiter.
C’est d’abord le débat sur sa libération de l’allégeance à la France. Les « sous-traitants » annoncent qu’il ne pourra pas l’obtenir avant plusieurs mois. Leur exemple : Jean-Louis Billon, qui avait entamé plus tôt la démarche, n’avait pas encore obtenu gain de cause. Sauf que Tidjane Thiam n’est pas Billon, puisqu’il l’obtient en moins de six semaines, là où Billon aura attendu plusieurs mois.
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Il est ensuite « coincé », du moins, le croient-ils, devant la justice, par une plainte d’individus fort curieusement défendus par des avocats proches du RHDP. Comme si un citoyen allait prendre son salaire pour payer les services des meilleurs avocats du pays juste pour faire radier un autre citoyen. Le peuple a compris, et c’est ce que semblait vouloir Thiam : apparaître comme l’adversaire que le pouvoir ne veut pas affronter. Si Laurent Gbagbo du PPA-CI était prédestiné à cette grande attention du RHDP, Thiam a manœuvré juste pour monopoliser l’attention dans le débat politique en Côte d’Ivoire.
En un rien de temps, et sans campagne publicitaire à fort budget, il a poussé le RHDP à le désigner littéralement comme son plus redoutable adversaire. Un homme si dangereux pour sa survie que le parti au pouvoir semble prêt à tout pour éviter de l’affronter. La justice ordonne, comme il fallait s’y attendre, son retrait de la liste électorale. Voici Thiam avec des arguments plus mordants pour parler de la justice ivoirienne sous Alassane Ouattara à l’international. Celui qui a bâti sa carrière politique sur son exclusion devient ainsi l’incarnation du « grand excluant » en Côte d’Ivoire.
Des éléments qui le rendent plus sympathique à l’extérieur, et les récits relayés dans les grands médias internationaux le montrent bien. La bataille de l’image se gagne à l’extérieur avant l’entrée dans l’arène politique locale. Sur ce point, Tidjane Thiam excelle. Il parvient même à couper le parti au pouvoir de certains de ses alliés occidentaux traditionnels. Face à cette situation, le RHDP n’arrive plus à se donner une ligne de conduite claire.
Si Thiam gagne à l’extérieur, le RHDP continue de garder la main sur la justice ivoirienne. Il est difficile de ne pas voir sa main derrière ces manœuvres à cause de l’implication systématique de cadres du parti dans les procédures, notamment des avocats qui lui sont proches. Face à la menace d’une destitution de la présidence du PDCI-RDA et du placement du parti sous tutelle, Tidjane Thiam sort de son jeu une carte inattendue : une démission, dont même son conseiller politique, M. Maurice Kakou Guikahué, et plusieurs proches n’ont pas été mis dans la confidence. À malin, malin et demi !
Le doyen des vice-présidents, Ernest N’Koumo Mobio, est désigné président intérimaire du PDCI-RDA. Dans la foulée, il annonce une nouvelle convention élective pour le 14 mai. Sans surprise, Thiam, qui est alors unique candidat, se fait réélire avec 99,77 % des suffrages. Cette fois exclusivement ivoirien, ses décisions deviennent inattaquables. La justice, qui semblait proche de geler ses fonctions de président, n’y voit que du feu.
Tidjane Thiam gagne la bataille du contrôle du PDCI-RDA, mais frustre un dinosaure de la maison verte, qui ne supporte que très modérément le manque de considération dont il fait l’objet. Maurice Kakou Guikahué ne se trouve aucune âme de reine d’Angleterre pour porter un titre de conseiller du président vide de sens. Il n’est ni dans la confidence de la démission de Thiam, ni dans celle de la planification d’une nouvelle élection. Il démissionne à son tour de toutes ses fonctions, mais reste attaché à ce parti qu’il a aidé à façonner durant de nombreuses décennies.
Chez les thiamistes, on considère sa sortie comme de petits palabres entre frères, qui seront réglés le soir de la victoire dont ils ne doutent plus. La peur de faire fuiter le plan valait bien, selon eux, une surprotection des actes à poser. Maurice Kakou Guikahué ne serait pas le problème. La méfiance porterait bien plus sur ses proches, qui auraient pu vendre la mèche aux adversaires.
La « riposte fatale et illimitée » de Tidjane Thiam
Des recours contre Thiam échouent, et la procédure de Dame Valérie Yapo se trouve désormais vide de sens. Elle souhaite l’annulation de sa sanction disciplinaire, levée depuis par le parti. Elle ne reconnaissait pas un Thiam qui n’était pas ivoirien. La Constitution de Côte d’Ivoire ne reconnaissant aucune double nationalité, elle fait perdre à l’Ivoirien majeur qui en revendique une autre celle de la Côte d’Ivoire.
Il faut noter que ce juridisme ambiant est un prétexte permettant à Tidjane Thiam de critiquer ouvertement le pouvoir RHDP, qu’il ménageait pourtant à son retour en Côte d’Ivoire. Il joue donc à la Laurent Gbagbo : « Qui sort l’épée trouvera l’épée en face, qui tend la main aura mon étreinte. » Thiam va continuer de ternir l’image du RHDP à l’extérieur, avant de redescendre dans l’arène, où il compte bien contraindre le parti au pouvoir à le réintégrer sur la liste électorale. Comment ?
La marche prévue par Cap Côte d’Ivoire le 31 mai prochain devrait apporter des éléments de réponse. Une mobilisation massive lui permettra d’envoyer au monde l’image d’une majorité d’Ivoiriens alignés sur le souhait de l’opposition de réviser la liste électorale. Selon des informations recueillies par Afrique Sur 7, une plus grande implication des partenaires internationaux dans l’exigence d’une nouvelle RLE et pour une élection inclusive se dessine.
La CEI pense avoir aidé le pouvoir Ouattara en refusant l’aide proposée par l’UE et l’ONU à travers le PNUD. On le sait, « la main qui donne est celle qui ordonne. » Ce refus constitue un argument que le gouvernement compte utiliser plus tard pour rejeter l’arrivée de superviseurs étrangers lors de l’élection en Côte d’Ivoire. Certains s’empressent même d’affirmer que ce refus est une réponse souverainiste. Sauf qu’on ne peut véritablement parler de souveraineté que lorsqu’on finance soi-même ses élections et l’ensemble du budget de fonctionnement de son pays.
Sur ce point, le risque de conflit en cas d’élection opposant Thiam, Gbagbo et Ouattara obligera inévitablement les partenaires internationaux de la Côte d’Ivoire à s’impliquer dans le processus.
La bataille Tidjane Thiam – RHDP ne fait que commencer. Sa réintégration sur la liste électorale marquerait le début d’une phase 2 encore plus insupportable pour le parti au pouvoir, qui serait alors contraint de se justifier jusqu’à la fin du scrutin sur sa gestion du pays.
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L’objectif est clair : amener Alassane Ouattara à renoncer de lui-même à l’idée d’un quatrième mandat, face au risque évident d’une défaite inévitable.
L’optimisme règne du côté des stratèges thiamistes.

