Dakar : Suivez l'actualité du Sénégal au quotidien

Sénégal : Lazard attendu comme conseiller sur la dette

Régis BOCO
Partager :
Sénégal : Lazard attendu comme conseiller sur la dette
Sénégal : Lazard attendu comme conseiller sur la dette

Le Sénégal est dans une position délicate. Sa dette dépasse 130% du PIB, son programme avec le FMI est suspendu et ses besoins de financement restent élevés. Face à cette situation, l’État sénégalais va envisager de s’attacher les services de la banque Lazard pour structurer sa dette souveraine. Selon les agences Bloomberg et Reuters qui ont relayé l’information cette semaine, la portée exacte de cette mission reste à préciser, d’après des sources concordances.

Sénégal : Lazard appelé comme sapeur-pompier

La banque s’est taillé une réputation mondiale dans la gestion des dettes souveraines en difficulté. Elle a accompagné la Zambie et le Ghana lors de leurs crises respectives, ainsi que le Tchad et le Mozambique. Son arrivée à Dakar alimente donc naturellement les spéculations : rééchelonnement, reprofilage ou restructuration plus large ? Rien n’est tranché à ce stade. Il a été établi que Lazard ne se substituera pas au cabinet Global Sovereign Advisory, qui épaule le Sénégal depuis plusieurs années et doit continuer sa mission selon les médias internationaux. Par conséquent, les deux cabinets vont officier de concert, bien que le partage exact de leurs prérogatives reste à déterminer.

Lire aussi : Sénégal : Ousmane Sonko rejette la restructuration de la dette

Une dette qui a bondi, des options qui se réduisent

Le problème du Sénégalais a éclaté en 2024, quand plusieurs milliards de dollars d’emprunts non déclarés ont été mis au jour. La dette publique a alors été réévaluée à plus de 130 % du PIB, très au-dessus du plafond de 70 % fixé par l’UEMOA. Le FMI a suspendu son programme de prêt de 1,8 milliard de dollars. S&P et Moody’s ont dégradé la note souveraine du pays, désormais plus profondément en catégorie spéculative. Sur les marchés, les obligations sénégalaises souffrent.

Les titres à échéance 2033 et 2048 ont sous-performé leurs homologues des marchés émergents jeudi 15 juillet, selon Bloomberg. Faute d’accès facile aux marchés internationaux, Dakar s’est rabattu sur le marché régional de l’UEMOA. Mais la demande faiblit aussi sur les émissions de long terme, ce qui réduit encore les marges de manœuvre. Le budget 2026 prévoit environ 5 490 milliards de FCFA, soit 9,6 milliards de dollars, au titre du service de la dette, intérêts et remboursements du capital confondus.

Lire aussi : Niger : la dette publique atteint 5 913,27 milliards de FCFA

La politique complique le tout. Le président Bassirou Diomaye Faye reste évasif sur une éventuelle restructuration. Son ancien Premier ministre Ousmane Sonko s’y était publiquement opposé avant d’être limogé il y a deux mois environ. Son successeur est Ahmadou Al Aminou Lo, ex-cadre de la BCEAO. Mais Sonko, toujours à la tête du parti majoritaire et désormais président de l’Assemblée nationale, garde une main sur les arbitrages politiques.

Après le départ de Sonko, JPMorgan avait estimé que la probabilité d’un réaménagement de la dette augmentait. Pendant ce temps, les autorités sénégalaises sont à Washington cette semaine pour des réunions techniques avec le FMI sur les perspectives macroéconomiques. Du côté des créanciers, Morgan Stanley Investment Management et BlueBay Asset Management ont récemment discuté de la formation d’un groupe ad hoc pour représenter les investisseurs en cas de négociations. Ces discussions restent préliminaires. Aucun groupe n’a encore été constitué. Le Sénégal va-t-il restructurer sa dette malgré les blocages politiques ?

Articles similaires