Côte d’Ivoire : centres hospitaliers, Ouattara privatise la Santé des ivoiriens

Le gouvernement décide de la gestion privée des centres hospitaliers  publicsen Côte d'Ivoire

Le conseil des ministres du mercredi 13 mars 2019 a été sanctionné par une information majeure. Le gouvernement de la République de Côte d’Ivoire a adopté un projet de loi portant changement de dénominations des centres hospitaliers universitaires (CHU), en établissements publics hospitaliers. Au-delà des acronymes, c’est la gestion privée des établissements publics hospitaliers qui pose un problème et inquiète la population. Quelle sera l’incidence sur les coûts de soins de santé des Ivoiriens ?

Centres hospitaliers publics, une décision qui dévoile un vaste business sur le droit à la santé des Ivoiriens

Mon cher Kabako,

J’irai droit au but aujourd’hui pour te dire ma pensée et mon analyse de l’information qui a achevé d’attrister tes parents. Ton oncle en a perdu l’appétit.

Comme tu le sais, le mercredi 13 mars dernier, le gouvernement a adopté lors du conseil des ministres, un projet de loi de changement de dénomination des centres hospitaliers universitaires et régionaux du pays. Cette décision qui aura des conséquences sérieuses sur l’avenir de l’accès aux soins et au droit à la santé des Ivoiriens suscite diverses interprétations.

Alors que l’école ivoirienne traverse une crise aigüe depuis 8 semaines, les centres hospitaliers publics du pays étaient déjà dans un état critique depuis des années et avaient fait l’objet d’un vaste plan de financement de la part du gouvernement ivoirien. Lors du conseil des ministres du 22 décembre 2017, le président Alassane Ouattara avait annoncé que «Pour les années à venir, le président de la République a autorisé des investissements d'environ 833 milliards de francs CFA, qui seront principalement affectés à la construction d'infrastructures et au recrutement des ressources humaines nécessaires pour assurer aux Ivoiriens des soins de meilleure qualité, plus proches des standards internationaux», avions-nous lu dans le communiqué qui avait sanctionné les travaux du Conseil.

À l’analyse de cette déclaration, en plus de l’accroissement des capacités d’accueil des centres hospitaliers publics et la qualité des soins annoncés, c’est un vaste programme de recrutement dans le secteur de la santé qui se profilait. Les investissements prévisionnels devraient porter notamment sur la construction de trois hôpitaux militaires à Korhogo, Bouaké et Daloa ; la construction, l'équipement, l'entretien et le renouvellement des centres hospitaliers régionaux de Daloa, Korhogo et Yamoussoukro ; la construction d'hôpitaux généraux à Abobo-Nord, Abobo-Sud, Adjamé, Grand-Bassam et Yopougon-Attié et la construction de 12 hôpitaux à l'intérieur du pays, précise le communiqué. Une aubaine pour le droit à la santé des ivoiriens.15 mois après avoir donné d’énormes raisons d’espérer aux ivoiriens, la nouvelle de la privatisation de la gestion des centres hospitaliers publics ivoiriens inquiète.

À qui profitera finalement le business de la santé des Ivoiriens ?

Le statut des centres hospitaliers publics change au profit de groupes d’intérêts privés

Le 15 décembre 2017, dans son discours d'inauguration du centre hospitalier et universitaire d'Angré, le chef de l'État ivoirien avait estimé que ce vaste programme triennal permettrait de faire de la Côte d'Ivoire un hub sanitaire. Pourtant 15 mois après cette inauguration, le Centre hospitalier universitaire de Cocody Angré n’est pas encore opérationnel, malgré un investissement annoncé de plus de 37milliards de francs CFA. Droits à la santé floués.

Dans la foulée l’hôpital Mère enfant de Bingerville, commune de la banlieue abidjanaise, était inauguré le 16 mars 2018. Un établissement à but non lucratif où un accouchement ne coûte pas moins de 300 000 francs CFA, soit 457 euros. Le droit à la santé est un luxe.

Occupant 4,9 hectares, avec une surface bâtie de 16 300 m2, il dispose d’un matériel de dernière génération et sa capacité d’accueil de 130 lits et places, emploie 475 personnes, pour un coût global de 18 milliards de francs CFA, soit 27 439 024 €, donc 2 fois moins que le CHU de Cocody Angré, lui publique. Bravo à la bonne gouvernance qui surfacture nos droits.

Ça donne forcément des idées aux groupes d’intérêts privés proches du pouvoir, quand nous savons l’appétit du clan Ouattara pour les marchés publics. L’exemple de AFRICA SOURCING du beau fils de Ouattara dans le cacao est de notoriété. Ajoutons à cela l’attribution de fréquences pour la création de chaînes de télévision sur la TNT ivoirienne, à la famille Ouattara et aux proches du pouvoir. Il y’a aussi Adama Bictogo, très proche du président Ouattara qui avait obtenu un marché de gré à gré dans le secteur de la santé. Sa société SNEDAI s’est vue également attribuer le (nouveau) marché public de la rénovation des centres hospitaliers publics de plusieurs villes du pays.

SNEDAI, à travers le consortium Med Afrique constitué de Marylis Bâtiment, devrait réhabiliter les hôpitaux généraux de Daloa, de Korhogo, de Yamoussoukro, de Grand-Bassam, d’Abobo, de Yopougon-Attié et d’Adjamé. Soit la quasi-totalité des projets de réhabilitation ou de construction du gouvernement dans le secteur. Ce marché estimé à 100 milliards de FCFA, était en souffrances faute de financements, lui a été octroyé.

Tous ces faits et attitudes annoncent forcément l’augmentation des coûts d’accès à la santé des Ivoiriens, car ces entreprises privées qui auront la gestion de nos centres hospitaliers publics chercheront à faire du profit. Je sais que tu penses déjà au changement, mais n’oublies pas ce que te dit Paul Chrétien-Audruger : « Les régimes passent. Les abus restent. Il n'y a que les profiteurs qui changent ».

À bientôt,

Nelson Zimi