« Oloturé », le film éponyme de Netflix sur la prostitution au Nigéria

Oloturé : ce film Netflix qui fait sensation
Par Eugène SAHI
Publié le 04 janvier 2021 à 17:16 | mis à jour le 04 janvier 2021 à 17:16

"Oloturé" ou encore ‘’Òlòtūré’’, c’est la nouveauté de Netflix en ce moment au Nigeria, l’histoire d’une journaliste se faisant passer pour une prostituée, veut dénoncer la traite des êtres humains. Ce qu'elle découvre, c'est un monde de femmes exploitées et de violence impitoyable dans le monde de la prostitution au Nigeria.

Oloturé, ce film Netflix qui fait sensation sur le continent

Si les histoires vraies incommodantes sont votre tasse de thé, il faut se tourner en ce moment vers Netflix et son film Oloturé, un film de Kenneth Gyang qui dure 1h 46mn. Mis en ligne le 2 octobre 2020, dans une certaine indifférence et sans phase promotionnelle intensive, le film "Oloturé" pose un regard édifiant sur le monde de la prostitution au Nigéria. Le scénario est tiré d'une histoire vraie : une jeune journaliste naïve infiltrée se retrouve face au monde impitoyable de la pègre.

La journaliste Tobore Ovuorie avait la ferme conviction qu'elle devait faire la lumière sur ce trafic dans le cadre de son métier. C'est pourquoi, sous le pseudonyme de Oghogho, elle est arrivée à pénétrer dans un réseau où les femmes sont transformées en esclaves destinées à une clientèle recherchant des faveurs sexuelles. C'est la perte d'une personne qu'elle connaissait qui a renforcé son envie de se jeter à corps perdu dans cette enquête, pour essayer de sauver des femmes qui n'ont pas les clés pour s'en extraire.

A l’écran, le personnage le plus poignant est celui de Linda, une jeune fille peu éduquée originaire d’un village rural et pauvre, qui se lie d’amitié avec Oloturé. Linda « représente ces femmes qui pensent que leur vie sera meilleure en Europe avant de connaître la désillusion », affirme Tobore, qui a « croisé beaucoup de femmes comme Linda », au cours de son enquête.

Ce que l'enquête et par extension le film Oloture disent du Nigéria est criant de brutalité.

Cependant, les critiques des spectateurs portent à contrarier l’originalité du film qui pour certains, serait un excellent film sans toutes ces scènes surjouées, exagérées menées par une journaliste jugée trop naïve. « Le sujet de Oloturé est vraiment important. Cependant ce n'est pas parce qu'il couvre un sujet important que cela en fait un bon film », jauge une spectatrice.

« On est touché par le désespoir de ces femmes mais nullement ému car le film ne va jamais assez loin, trop timoré, avec une héroïne qui ne paraît tout simplement pas à sa place. On ne saurait que vous rappeler qu'il y a bien plus percutant sur ce domaine comme les très bons "Terre Promise" (2005) et "Sex Traffic" (2006) », renchérit un amateur des film Netflix sur le site Seleni.

« Il y avait des moments où c'était presque comique. Je ne sais pas si c'est juste les Nigérians qui ont une façon différente de parler et de se comporter. Parfois j'ai senti que les acteurs sur agissaient. De plus, ils essaient de dépeindre le personnage du journaliste comme étant une fille naïve qui est choquée par la façon dont elle est traitée; ce qui me semble ridicule. Elle était choquée chaque fois qu'elle devait faire quelque chose qui impliquait d'être prostituée. Si vous êtes infiltré en tant que tel, vous devriez vous attendre à devoir faire des choses indésirables. C'est dommage car les mauvais acteurs et les personnages illogiques ont rendu plus difficile la prise au sérieux du film », a déploré un internaute.


Dans la vraie vie, Tobore dont l’histoire a inspiré cette production nigériane à succès, n’est plus que « l’ombre » d’elle-même. Avec sa robe Vichy qui tombe en dessous du genou, difficile d’imaginer cette journaliste nigériane arpenter les trottoirs pauvres de Lagos, la capitale économique du Nigeria, en tenue courte et escarpins.

C’est en 2013 que Tobore Ovuorie se fait passer pour une travailleuse du sexe, après le décès d’une amie, partie se prostituer en Europe sous la coupe d’un réseau mafieux. « J’ai voulu lui rendre justice et raconter l’histoire derrière ces femmes exploitées » en Occident, raconte à l’AFP la reporter aujourd’hui âgée de 39 ans. Son objectif : « gagner la confiance des prostituées » pour qu’elles lui présentent une « Madame », l’une de ces trafiquantes proxénètes qui envoient des dizaines de filles travailler pour elles en Europe.

Après huit mois d’enquête sous couverture, Tobore Ovuorie revient avec un récit effarant sur les actes de maltraitance commis à l’encontre des jeunes filles, mais aussi d’orgies organisées par des politiciens locaux et des trafics d’organes pour des crimes rituels. Son récit, publié en 2014 par le quotidien nigérian Premium Times et le magazine d’investigation néerlandais Zam Chronicles, a inspiré une société de production au Nigeria qui l’a adapté à l’écran.






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