Déterminés à inverser la tendance d’une exploitation jugée inéquitable, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, unis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), affirment leur souveraineté sur leurs ressources minières. Cette démarche audacieuse les place face à des géants mondiaux de l’or et de l’uranium. Dans un contexte de réformes fiscales profondes et d’une volonté affirmée d’indépendance économique, un bras de fer s’engage.
AES : reconquête des ressources naturelles
La décision des nations de l’AES de reprendre le contrôle de leur secteur minier répond à un impératif économique crucial pour leur développement. Ces pays, dotés de richesses minérales considérables comme l’or malien et l’uranium nigérien, ont longtemps observé leurs ressources être exploitées par des firmes étrangères sans une juste rétribution.
L’exemple de la mine de Loulo-Gounkoto au Mali, exploitée majoritairement par une entreprise canadienne, illustre ce déséquilibre persistant dans la répartition des bénéfices tirés de l’or. Face à cette situation, les gouvernements de la région ont entrepris des réformes substantielles pour augmenter leur part des revenus miniers.
Le Mali a récemment intensifié cette dynamique en ordonnant la saisie du stock d’or de Barrick Gold sur le site de Loulo-Gounkoto, entraînant une suspension des opérations et une montée des tensions. Cette action fait suite à des mesures similaires prises par le Niger et le Burkina Faso, qui ont retiré des permis d’exploitation à des compagnies étrangères.
Au Niger, le gouvernement a révoqué l’autorisation d’Orano pour des mines d’uranium, tandis qu’au Burkina Faso, la junte a annulé la licence d’exploitation d’une mine d’or détenue par la société australienne Sarama. Ces initiatives témoignent d’une détermination ferme à ne plus accepter une distribution des richesses jugée désavantageuse.
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Réformes fiscales et défis futurs
Pour consolider leur stratégie de reprise en main, les pays de l’ AES ont procédé à une révision de leurs codes miniers. Ces modifications législatives visent à augmenter la part des revenus miniers revenant aux États, potentiellement jusqu’à 50%. L’objectif principal de ces réformes est de corriger un déséquilibre historique où les entreprises minières bénéficiaient de conditions fiscales particulièrement favorables.
Cependant, la mise en œuvre de cette nouvelle donne économique rencontre des obstacles significatifs. Bien que les nouvelles réglementations s’appliquent aux futurs projets miniers, la renégociation des contrats existants avec les multinationales s’avère un processus ardu et souvent conflictuel. Des procédures d’arbitrage international, initiées par certaines entreprises suite à la suspension de leurs activités, illustrent ces tensions. De plus, même avec des lois renforcées, des défis persistent concernant l’optimisation et l’évasion fiscales pratiquées par certaines entreprises, limitant ainsi la pleine capacité des États à bénéficier de leurs ressources minières.