Afrique : Valentin-Yves Mudimbe, penseur majeur, s’éteint

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Le mardi 22 avril 2025, une figure intellectuelle de proue s’est éteinte en Caroline du Nord. Valentin-Yves Mudimbe, âgé de 83 ans, laisse derrière lui un héritage colossal qui a profondément transformé la manière dont l’Afrique se comprend et se raconte au monde. Malgré son impact immense, la nouvelle de sa disparition a reçu une couverture médiatique limitée sur le continent africain.

Valentin-Yves Mudimbe : un parcours intellectuel remarquable

Né en 1941 à Likasi, en République Démocratique du Congo, Valentin-Yves Mudimbe a d’abord exploré la vie monastique avant de se consacrer à des études supérieures en philosophie. Il a obtenu son diplôme à l’Université catholique de Louvain en 1970 et a ensuite enseigné à l’Université nationale du Zaïre. Face aux tensions politiques, il s’est exilé aux États-Unis en 1979 et a marqué de son empreinte l’université de Duke, où il est devenu un pilier des études africaines et postcoloniales.

Son œuvre maîtresse, The Invention of Africa, publiée en 1988, a profondément marqué les esprits. Dans cet ouvrage essentiel, Mudimbe a entrepris une analyse rigoureuse de la construction occidentale de l’altérité africaine. Il a dénoncé avec force les récits biaisés qui persistent à enfermer le continent dans des représentations héritées de l’époque coloniale. Selon lui, son livre pousse à repenser radicalement les savoirs produits sur l’Afrique, loin des regards exogènes. Cette œuvre est considérée comme l’une des plus importantes pour encourager l’Afrique à se libérer d’un récit qui lui a été imposé de l’extérieur.

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Cependant, Valentin-Yves Mudimbe n’était pas uniquement un théoricien. Il était aussi un poète et un romancier talentueux qui explorait les complexités de l’identité africaine. Dans ses romans Entre les eaux (1973) et L’Odeur du père (1982), il a mis en lumière les tensions vives entre tradition et modernité, ainsi qu’entre foi et raison. Son style d’écriture, à la fois dense et pédagogique, reflétait son expérience de professeur. Il entremêlait habilement l’intime et le politique dans ses récits romanesques, offrant une perspective profonde sur les réalités africaines.

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Un héritage pertinent pour l’avenir de l’Afrique

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La disparition de Valentin-Yves Mudimbe survient à un moment crucial pour l’Afrique. Le continent connaît une multiplication d’initiatives visant à reprendre en main la narration de sa propre histoire et de son avenir. Avec une industrie culturelle africaine dont le potentiel est estimé à plusieurs milliards de dollars d’ici 2030 selon l’UNESCO, l’héritage intellectuel de Mudimbe apparaît d’une pertinence inégalée.

Son travail acharné pour décoloniser les imaginaires africains pour mieux affirmer l’avenir résonne avec force dans ce contexte de réappropriation culturelle. Bien que son décès soit passé relativement inaperçu, l’impact de sa pensée continue d’inspirer les nouvelles générations d’intellectuels et d’artistes africains. Son œuvre demeure un appel puissant à une réflexion autonome et à la construction d’un récit africain authentique et libéré des schémas imposés.


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