Côte d’Ivoire : Parole critique, cellule immédiate, cas Jean-François Kouassi – Analyse

Montrer le sommaire Cacher le sommaire

L’autoproclamé « Président des jeunes », Jean-François Kouassi, est passé de la célébrité à la détention. La raison : le maniement de la langue dans le monde politique qui l’attire vient de lui jouer son premier tour.

Quand dénoncer devient un crime, le cas Jean-François Kouassi

Jusque-là, Jean-François Kouassi était dans une sorte d’état de grâce. Entre une opposition politique qui se radicalisait face à un pouvoir inflexible, trouver une voie de distraction a été une astuce, dans une certaine mesure brillante, pour détendre l’atmosphère en Côte d’Ivoire.

Annoncé en grande pompe candidat aux élections présidentielles, il a été recalé par le Conseil constitutionnel sur le critère de l’âge minimum fixé à 35 ans. Même la question de la caution de 50 millions de FCFA exigée aux candidats n’était pas dans ses possibilités. Mais pour autant, il a continué de vivre dans le processus électoral puisqu’il s’est immédiatement projeté vers les législatives à Abobo.

Côte d’Ivoire : reprise des législatives dans deux circonscriptions
Législatives 2025 : Assalé Tiémoko débouté par le Conseil constitutionnel

C’est justement dans cette commune désignée comme la plus peuplée d’Abidjan que les Ivoiriens attendaient le phénomène Jean-François Kouassi (JFK). Mais à la surprise générale, il a déserté ce quartier de son enfance pour Cocody, où il n’a aucune véritable assise ou fan-base. Il s’est frotté au géant de la commune, M. Jean-Marc Yacé, déjà maire, qui s’est fait élire sans problème.

Cette défaite à peine digérée, revoilà JFK au cœur de l’actualité politique. La raison : il a porté une forte critique contre l’administration ivoirienne qui aurait organisé un concours en catimini. Pour lui, cela n’est pas normal. Aucun ministère ne doit organiser un concours destiné au public sans en informer celui-ci.

La prison plutôt que des peines alternatives pour un post

Sur une pancarte, Jean-François Kouassi a marqué : « L’administration ivoirienne n’est pas votre propriété privée. Le peuple veut plus de transparence ».

Le surnommé « Président des jeunes » ne s’est pas arrêté là. Dans un post plus engagé, il a publié : « Vendre les concours ne vous suffit plus, vous les organisez maintenant secrètement pour vous et vos protégés dans notre République ! Jamais je n’accepterai cela ! Ce pays nous appartient tous ! Anne Désirée Ouloto doit être auditionnée !! »

C’est la publication pour laquelle il se fera ramasser en pleine circulation par les forces de l’ordre, en lieu et place d’une convocation. C’est la mode du moment en Côte d’Ivoire : sous prétexte que certaines personnes convoquées par la justice ont pris la fuite, l’on assiste désormais à une série d’enlèvements d’individus en pleine rue comme à domicile.

La liberté d’expression bien menacée en Côte d’Ivoire

Ce que semble oublier le système judiciaire actuel de la Côte d’Ivoire, c’est que la prison n’est pas faite pour tout type de délit. Demander qu’une ministre soit entendue sur un supposé délit dans son département ne doit nullement conduire à une arrestation. Au mieux, le concerné peut être convoqué et même jugé, mais ne sera condamné qu’à de la prison avec sursis ou une amende, voir à des travaux d’intérêt publique.

C’est en tout cas ce qui a cours dans les pays développés sur le plan du droit, mais aussi des infrastructures de détention. Pour un pays ayant moins de 9 000 places de prison disponibles et qui compte plus de 25 000 prisonniers, donc déjà dans le viseur des ONG de défense des droits de l’homme pour sa surpopulation carcérale, la Côte d’Ivoire a la détention un peu trop facile.

Sous le régime du Président Alassane Ouattara, on assiste à une recrudescence de chantage à l’emprisonnement. Même des auteurs de commentaires jugés disgracieux sur les réseaux sociaux sont enfermés. Pourtant, dans de grands pays comme la France, où les droits de l’homme sont sacrés, même l’« offense au président » n’est plus un délit depuis 2013.

Gouverner par la peur ou répondre par la clarté ?

Côte d’Ivoire : un officiel malien risque 5 ans de prison
Côte d’Ivoire : nouvelles mesures fiscales, les entreprises en doute

Dans ce même pays cité en référence dans plusieurs cas de figures par les politiciens africains, l’injure publique et la diffamation portant sur des faits précis ne sont passibles que d’amendes, de dommages et intérêts. Dans de très rares cas où les auteurs sont placés en détention, c’est pour des questions de haine, de harcèlement et très souvent lorsqu’il y recidive.

Qu’y a-t-il donc de grave dans le fait de demander qu’une ministre, Mme Anne Désirée Ouloto, soit auditionnée pour des anomalies supposés ayant cours dans son département ? Pourquoi mettre aux arrêts JFK pour avoir dénoncé quelque chose d’anormal, plutôt que de clarifier la situation si tant est qu’il se trompe ?


Vous aimez cet article ? Partagez !



Afrique-sur7.fr : Actualités Afrique, Politique, Économie et People en continu est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :