Côte d’Ivoire : la justice confrontée à l’afflux de prévenus burkinabè dans des affaires d’orpaillage clandestin
En Côte d’Ivoire, la justice est de plus en plus confrontée à un afflux de dossiers d’orpaillage clandestin. Dans ces dossiers sont impliqués des prévenus burkinabè régulièrement arrêtés sur des sites illégaux. Selon le ministre ivoirien de l’Environnement, Abou Bamba, ces prévenus « encombrent » les centres de détention et les parquets.
Orpaillage clandestin : Abou Bamba alerte sur l’encombrement des prisons et parquets en Côte d’Ivoire
« Les orpailleurs, c’est par centaines qu’on les interpelle. C’est tous les jours que des orpailleurs sont arrêtés. Si vous voulez savoir comment ces gens sont traités au niveau du parquet, allez au Pôle pénal économique et financier. Ces individus sont jugés en groupe, ils encombrent nos parquets, ils encombrent nos centres de détention, et on demande à leurs ambassades de venir les chercher et qu’elles demandent à nos ambassades de venir les récupérer. »
Ces propos ont été tenus mercredi soir par le ministre ivoirien de l’Environnement, Abou Bamba, lors d’une émission diffusée en direct sur la chaîne publique RTI.
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Au lendemain de cette sortie médiatique, des audiences impliquant plusieurs personnes poursuivies pour orpaillage clandestin étaient effectivement programmées au Pôle pénal économique et financier. Sur place, le constat est frappant : les prévenus se succèdent à la barre à un rythme soutenu. Durant toute la matinée de ce jeudi, de nombreux accusés ont comparu devant le tribunal. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la majorité des personnes poursuivies sont des ressortissants burkinabè interpellés sur des sites d’orpaillage clandestin.
Derrière les accusés précaires, quels réseaux financiers ?
Certains prévenus se sont révélés illettrés et incapables de comprendre le français, obligeant parfois le tribunal à faire appel à une traductrice afin de faciliter les échanges au cours des audiences. « Comment ils peuvent laisser leur pays et venir foutre le désordre chez nous ? », chuchotait à l’oreille un confrère journaliste assistant au procès.
L’un des moments marquants de cette journée d’audience a été l’intervention de la procureure face à un ressortissant burkinabè qui s’est présenté comme un orphelin de père et de mère, affirmant être venu en Côte d’Ivoire pour tenter de survivre aux difficultés de la vie. « Nous compatissons pour ce qui est arrivé à vos parents, mais on ne peut pas se permettre de faire ce qu’on veut dans un pays qui n’est pas le nôtre », lui a lancé la magistrate, rappelant que toute activité de recherche d’or en Côte d’Ivoire nécessite des autorisations préalables.
Autre fait ayant retenu l’attention : les réquisitions d’une amende de 50 millions de FCFA contre un ressortissant burkinabè appréhendé sur un site d’orpaillage clandestin. Une sanction qui a suscité des sourires dans la salle d’audience, plusieurs observateurs doutant de la capacité de cet homme, vêtu d’un vieux jean et d’un tee-shirt bon marché, à s’acquitter d’une telle somme.
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Cependant, derrière ces procès à répétition, plusieurs interrogations subsistent. Au regard des profils présentés devant le tribunal, les accusés apparaissent pour la plupart comme des personnes modestes : vendeurs de vêtements, maçons, cordonniers ou petits travailleurs précaires attirés vers les sites d’orpaillage illégal par la dureté des conditions de vie. Des profils qui interrogent sur les véritables réseaux de financement et les commanditaires de l’orpaillage clandestin, une activité nécessitant pourtant des moyens logistiques et financiers importants.