Fête nationale ce 13 août 2026 en Centrafrique : « La plus grande force du pays réside dans son unité », affirme Joël Bandiba
Ce 13 août 2026 marque le 66e anniversaire de l’indépendance de la Centrafrique. Des festivités seront organisées dans le pays et dans les ambassades à l’étranger. Notre confrère Joël Bandiba, écrivain et essayiste centrafricain, nous aide à comprendre les enjeux de cette commémoration. Selon lui, « la résilience des Centrafricains face aux épreuves est une source d’inspiration ». Il répond aux questions de notre rédaction.
Afrique sur 7 : Que représente cette journée du 13 août pour le peuple centrafricain ?
Joël Bandiba : Cette date est liée à l’émancipation du peuple centrafricain et au symbole de la souveraineté nationale du pays, acquise le 13 août 1960 grâce au père fondateur Barthélemy Boganda. Avant cette date, la Centrafrique faisait partie de l’Afrique équatoriale française (AEF), aux côtés du Congo, du Gabon et du Tchad. Cette indépendance confirme l’affirmation du peuple centrafricain comme maître de son propre destin sur le plan politique, social et économique. C’est pour cette raison que cette journée rassemble généralement la population autour des symboles du pays que sont le drapeau, la devise et l’hymne national, intitulé « La Renaissance ». Aujourd’hui, cette date est inscrite dans les manuels scolaires afin qu’elle conserve tout son caractère historique.
Afrique sur 7 : À quoi tient le caractère exceptionnel des festivités de ce 13 août ?
Joël Bandiba : De mémoire de Centrafricain, à part la journée qui sera déclarée chômée et fériée, les festivités de ce 13 août vont rester sobres. Elles sont généralement marquées par des dépôts de gerbes sur les monuments historiques du pays et par une parade exclusivement militaire dans un camp militaire à Bangui. Cette sobriété s’explique par la célébration, chaque année, du 1er décembre, qui marque la proclamation de la République en 1958. À cette date, l’Oubangui-Chari est devenu la République centrafricaine. Le 1er décembre est synonyme, en Centrafrique, d’un défilé civil et militaire, suivi de décorations et de réjouissances populaires. En somme, la célébration du 1er décembre bénéficie de plus de visibilité et de symbolisme que celle du 13 août.
Afrique sur 7 : Quels sont les principaux progrès enregistrés dans votre pays depuis le 13 août 1960 ?
Joël Bandiba : L’histoire politique de notre pays est profondément secouée par des crises sécuritaires récurrentes. Cependant, malgré ces défis, d’énormes progrès ont été enregistrés, parmi lesquels la nationalisation de l’administration. Le pays a beaucoup investi dans la formation de ses propres élites et cadres administratifs dans diverses disciplines. À titre personnel, j’ai été entièrement formé dans des établissements d’enseignement secondaire et universitaire à Bangui. Cette politique de formation a permis de réduire le taux d’analphabétisme et d’associer la population à la gestion des affaires publiques par le biais d’élections. Le 28 décembre 2025, le pays a organisé des élections régionales et municipales, marquant ainsi, une étape décisive pour la démocratie participative dans notre pays.
Afrique sur 7 : Quels sont les leviers sur lesquels les Centrafricains doivent encore agir ?
Joël Bandiba : Notre pays doit encore travailler sur la stabilité institutionnelle, la sécurité et la réconciliation nationale. À mon sens, la sécurité demeure la priorité absolue et le levier indispensable à tout développement. En l’absence d’une pacification totale du territoire et de l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble des préfectures, les investissements nationaux et étrangers resteront limités. La récente attaque d’Am-Dafock, survenue au nord le 30 juin 2026, prouve que des efforts restent à faire dans ce domaine. Cette sécurisation va de pair avec la consolidation du processus de désarmement, démobilisation, réinsertion et rapatriement (DDRR) des ex-combattants. Par ailleurs, il est nécessaire de renforcer la cohésion sociale entre les différentes communautés du pays, en s’appuyant sur un dialogue constructif avec l’ensemble des acteurs sociaux et politiques.
Afrique sur 7 : En politique, pourquoi les principaux acteurs ont-ils du mal à dialoguer dans votre pays?
Joël Bandiba : Le pouvoir et l’opposition ne dialoguent que par communiqués de presse interposés. La discorde concerne la Constitution de 2023, contestée par l’opposition. Celle-ci pense que ce texte est taillé sur mesure pour favoriser un maintien prolongé de Faustin-Archange Touadéra au pouvoir. Une partie d’entre elle avait donc boycotté les élections de 2025. Avant ce scrutin, les deux camps avaient émis l’idée d’un dialogue, mais ils étaient restés divisés sur le lieu de la rencontre et les thématiques à aborder. Aujourd’hui, les élections sont derrière nous et l’on espère les voir revenir à de meilleurs sentiments. Le Président a la chance d’avoir en face de lui des opposants qui ont tous été des ministres ou des Premiers ministres, et qui sont donc des personnalités politiques expérimentées.
Afrique sur 7 : A votre avis, à qui incombe la responsabilité de ce blocage ?
Joel Bandiba : Nous sommes sur une responsabilité commune. L’opposition préfère un dialogue sous la surveillance d’observateurs internationaux, tandis que l’exécutif ramène tout au niveau local avec des compétences nationales. Le principe du dialogue était déjà acquis, à l’exception de quelques réglages. De plus, le lieu de la rencontre et les sujets à aborder ne doivent nullement dicter la conduite à tenir entre deux frères qui veulent sincèrement discuter dans l’intérêt de leur pays. Je reste convaincu que si l’opposition et l’exécutif se rencontrent autour d’une table, la nature fera le reste à travers la spontanéité, et les sujets émergeront naturellement, sans considération du lieu de la rencontre.
Afrique sur 7 : Pour cette commémoration, quel est votre message à l’attention des Centrafricains ?
Joël Bandiba : J’ai une pensée particulière pour nos compatriotes d’Am-Dafock et de Birao, marqués par les récentes tensions militaires, ainsi que pour ceux de la commune de Bimbo, endeuillés par un accident de la route. Je pense aussi à nos compatriotes, dont la sous-préfète de Bambouti, Koumba Ndiaye, qui sont pris en otage depuis des mois. J’espère qu’une solution favorable leur permettra de revoir leurs proches. Chaque Centrafricain doit se souvenir que la plus grande force de notre pays réside dans son unité, résumée par le slogan « Zö kwe zö ». La résilience des Centrafricains face aux épreuves constitue également une source d’inspiration. À ce sujet, nous devons cultiver la concorde, le vivre-ensemble et l’amour au quotidien.
Bonne fête de l’indépendance aux Centrafricains !
Rédigé par
Joël BandibaJe suis Joël Bandiba, journaliste, présentateur et producteur radio, ainsi que journaliste de presse écrite à Bangui, en Centrafrique. Spécialisé dans la revue de presse radio, j’ai également occupé le poste de journaliste responsable des publireportages radio, mettant en avant mon expertise dans l’analyse et la diffusion de l’information. Je suis actif sur afrique-sur7.fr depuis janvier 2024 sur l'actualité de la République centrafricaine.
Voir ses 328 articlesArticles similaires
Huit personnes périssent dans un accident : le gouvernement centrafricain annonce des sanctions.
La ville de Bangui est endeuillée par un accident de la route. L’événement s’est produit dans la soirée du vendredi 7 août 2026 dans la…
Mort d’un géologue suisse en Centrafrique : une enquête est en cours.
Le secteur minier centrafricain pleure l’un de ses acteurs artisanaux. La victime, un géologue suisse identifié par la presse locale comme étant Majineh Luka, a…
L’ONU met un terme à sa mission d’assistance électorale en Centrafrique
Le processus de transfert progressif des compétences aux autorités centrafricaines a franchi une étape importante. Il a été marqué, ce 5 août 2026, par la…