Biographies Côte d’Ivoire

Biographie Koné Dossongui : de la banque à l’or de Tongon

Patrice Dama
Partager :
Koné Dossongui, biographie du fondateur d'Atlantic Group
Photo : Forbes Afrique

La biographie de Koné Dossongui raconte comment un homme simple a changé l’image du nord de la Côte d’ivoire par son sens des affaires. Le 1er décembre 2025, une page s’est tournée dans cette partie du pays avec la mine d’or de Tongon, exploitée depuis 2010 par un géant canadien, qu’il a fait passer sous le contrôle du groupe ivoirien qu’il dirige. Derrière l’opération, on retrouve un homme de 75 ans qui avait commencé dans les huiles essentielles d’agrumes. Voici comment cet ingénieur agronome sorti de l’administration a bâti, en un peu plus de trente ans, l’un des conglomérats privés les plus diversifiés d’Afrique de l’Ouest : banque, assurance, cacao, ciment, hôtellerie et désormais l’or.

Koné Dossongui est né le 1er janvier 1950 à Gbon, dans la région de Boundiali, au nord de la Côte d’Ivoire. Il a 76 ans en 2026. Fondateur et président d’Atlantic Group, il est connu pour avoir créé la Banque Atlantique, puis la holding bancaire AFG, et pour avoir racheté la mine de Tongon. Il a aussi été ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle entre 1998 et 1999.

Un agronome formé pour l’État

Rien, au départ, ne le destinait aux salles de marché. Fils d’agriculteurs du Nord, il décroche un baccalauréat scientifique puis suit la filière agronomique à Abidjan, dont il sort ingénieur. Il complète ce parcours en France, avec une spécialisation en économie agricole et une formation en administration des entreprises.

Son premier employeur est l’État. Au ministère de l’Agriculture, à l’époque où Denis Bra Kanon le dirige, il enchaîne les postes : direction régionale, pilotage d’un projet rizicole financé par la Banque mondiale, cabinet du ministre. Autour de trente ans, on lui confie Palmindustrie, la société publique chargée de l’huile de palme.

À la fin des années 1980, un remaniement le prive de ses appuis. Il quitte la fonction publique. Il le dira plus tard sans détour : c’est un peu par hasard qu’il s’est retrouvé dans les affaires.

Comment Koné Dossongui est-il devenu banquier ?

L’histoire bancaire commence en 1978, bien avant son départ de l’administration. Cette année-là, le Crédit industriel et commercial français se retire de sa filiale ivoirienne. Un groupe d’investisseurs ivoiriens, dont il fait partie, en reprend le contrôle. La maison prend le nom de Banque Atlantique Côte d’Ivoire.

Dans les années 1990, le groupe absorbe les activités ivoiriennes de Barclays, puis s’étend dans presque tous les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. La banque devient le cœur d’un ensemble plus large, structuré au milieu des années 2000 sous le nom d’Atlantic Financial Group (AFG). Les assurances suivent, avec la reprise de compagnies locales rebaptisées Atlantique Assurances.

En parallèle, l’homme d’affaires lance sa première activité industrielle en 1989. Grâce à un prêt de la Société financière internationale, il installe des unités d’extraction d’huiles essentielles d’agrumes. Viennent ensuite un réseau de boulangeries franchisées, qui compte jusqu’à environ 70 points de vente, et une usine de transformation de cajou à Korhogo.

Le 11 août 1998, il entre dans le gouvernement de Daniel Kablan Duncan sous la présidence d’Henri Konan Bédié, comme ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle. L’expérience tourne court : le coup d’État du 24 décembre 1999 emporte l’équipe gouvernementale. Il reconnaîtra que ce passage a pesé sur ses entreprises.

rLire aussi : Thierry Tanoh, d’Ecobank au fauteuil de ministre

Télécoms, aviation : les paris risqués d’Atlantic Group

Le début des années 2000 est celui de l’expansion tous azimuts. En 2002, il fonde Atlantique Telecom, qui reprend les licences de Telecel dans plusieurs pays de la sous-région et exploite la marque Moov. Il se retire de ce secteur en 2010 en cédant l’essentiel de ses parts.

L’aviation lui coûte cher. Actionnaire majoritaire d’Air Ivoire à partir de 2008, il voit la compagnie s’effondrer avec la crise postélectorale de 2010 et 2011. Elle est liquidée, avec des pertes évaluées à plus de 40 milliards de FCFA.

En 2012, nouveau tournant : il s’associe au groupe marocain Banque Centrale Populaire au sein d’une holding commune, Atlantic Business International, qui regroupe les filiales Banque Atlantique d’Afrique de l’Ouest. La participation d’AFG passe de 50 % à 20 % dès 2015, puis tombe à un peu plus de 10 %. En 2020, il sort complètement du capital. Il retrouve les mains libres dans la banque.

Lire aussi : qui est la femme la plus riche de Côte d’Ivoire

Le retour en force dans la banque avec AFG Bank

Le retour est rapide. En décembre 2020, AFG signe pour reprendre des filiales de BNP Paribas au Mali, au Gabon, aux Comores et à Madagascar. Elles deviennent progressivement des AFG Bank. En 2023, le groupe rachète à l’État ivoirien la Banque populaire de Côte d’Ivoire, transformée en AFG Bank Côte d’Ivoire.

Tout ne se passe pas sans heurts. En août 2021, la Commission bancaire de l’Afrique centrale ordonne la démission d’office du conseil d’administration de la Banque Atlantique du Cameroun, filiale du groupe. Une mesure comparable vise la filiale malienne. Le 28 décembre 2021, la Cour de justice de la CEMAC annule les décisions de la Commission, en estimant que les règles de contrôle sur place n’avaient pas été respectées.

En 2024, AFG prend la majorité d’un réseau de banques de microfinance présentes au Liberia, au Rwanda, en Zambie, à Madagascar et au Nigeria. L’année suivante, il rachète environ 58 % de Société Générale Guinée, rebaptisée AFG Bank Guinée en décembre 2025.

Lire aussi : Patricia Zoundi Yao, de la fintech aux champs

Du cacao à l’or, la nouvelle ère industrielle

Le cacao occupe une place centrale dans sa stratégie récente. Au Cameroun, sa filiale Atlantic Cocoa exploite une usine de broyage à Kribi, dont l’extension annoncée en 2025 doit porter la capacité de 48 000 à 64 000 tonnes par an. En Côte d’Ivoire, la première pierre d’une usine à San Pedro a été posée le 25 octobre 2022, pour un investissement de 73 milliards de FCFA et une capacité de 60 000 tonnes. Ce jour-là, il expliquait : « Nous avons été convaincus de l’attractivité du code des investissements ivoiriens ».

Puis vient l’or. Le 6 octobre 2025, Barrick accepte de céder Tongon à Atlantic Group pour un montant pouvant atteindre 305 millions de dollars : 192 millions payés à la signature, le reste conditionné au cours de l’or et à de nouvelles réserves sur cinq ans. La transaction est bouclée le 1er décembre 2025. Pour la première fois depuis son ouverture, cette mine d’or majeure est contrôlée par des capitaux ivoiriens.

S’y ajoutent le ciment, la minoterie au Bénin, le textile au Togo et des hôtels. Selon les chiffres communiqués par le groupe, l’ensemble réunit une vingtaine de sociétés, plus de 9 000 salariés, et réalisait 522 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022.

Lire aussi : Alain-Richard Donwahi, du négoce à la Défense

Quelle est la fortune de Koné Dossongui ?

Aucun chiffre officiel n’existe. Un classement des fortunes ivoiriennes publié en avril 2023 par un site financier spécialisé l’estimait à environ 170 milliards de FCFA, derrière la famille Billon et Jean Kacou Diagou. Fin 2023, un magazine économique évoquait de son côté plusieurs centaines de millions d’euros, en précisant qu’un montant de 600 millions d’euros, parfois avancé, n’avait jamais été confirmé. Interrogé sur son rang parmi les plus riches du pays, l’intéressé élude la question.

Sa fondation, créée officiellement en 2010, finance des écoles, des centres de santé et des forages, surtout en zone rurale. Il s’exprime peu sur sa vie privée : aucune information publique fiable ne permet de détailler sa situation familiale. Vous pouvez retrouver d’autres parcours d’hommes d’affaires dans notre rubrique biographies de personnalités ivoiriennes.

Questions fréquentes sur Koné Dossongui

Quel âge a Koné Dossongui ?

Koné Dossongui est né le 1er janvier 1950 à Gbon, dans le nord de la Côte d’Ivoire. Il a 76 ans en 2026.

Quelle est la fortune de Koné Dossongui ?

Elle n’est pas connue officiellement. Une estimation publiée en 2023 la situait autour de 170 milliards de FCFA, avant le rachat de la mine de Tongon en 2025.

Quelles entreprises possède Koné Dossongui ?

Il contrôle Atlantic Group, qui regroupe AFG (banques et assurances), Atlantic Cocoa, la mine d’or de Tongon, des activités dans le ciment, la minoterie, le textile et l’hôtellerie.

Koné Dossongui a-t-il été ministre ?

Oui. Il a été ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle du 11 août 1998 au coup d’État du 24 décembre 1999.

Rédigé par

Patrice Dama

Je suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.

Voir ses 1019 articles

Articles similaires