Thélyson Orélien lâché par Boréal : le Renaudot va-t-il suivre ?
Thélyson Orélien n’a plus d’éditeur au Québec. Mercredi 21 octobre, les Éditions du Boréal ont rompu avec l’auteur haïtiano-québécois de C’était ça ou mourir, en affirmant que l’intelligence artificielle a servi à l’écriture du roman. L’écrivain de 38 ans dément toujours, et le jury du prix Renaudot n’a pas encore tranché.
Que reproche Boréal à Thélyson Orélien ?
La maison montréalaise dit s’appuyer sur « de nouveaux éléments, confirmés au cours des derniers jours ». Elle a rassemblé toutes les versions de travail du manuscrit et commandé une analyse externe. Celle-ci a relevé des traces de balises d’IA dans les métadonnées de certains fichiers. L’éditeur ne dit pas quels documents ni quels passages sont concernés, et admet qu’il n’aura peut-être jamais de réponse définitive. Ce qui compte à ses yeux, c’est la confiance entre un auteur et son éditeur, entamée selon lui par les assurances répétées de l’écrivain.
La sanction est lourde. Boréal ne réimprimera pas C’était ça ou mourir et ne publiera aucun futur livre de Thélyson Orélien, alors qu’il détient déjà un autre de ses manuscrits. Le 14 octobre, la même maison gardait encore le roman en librairie, faute de preuve établie.
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C’était ça ou mourir, du succès de librairie à l’affaire
Né en 1988 aux Gonaïves, en Haïti, Thélyson Orélien s’est installé à Montréal après le séisme de 2010. Paru chez Boréal au Québec, puis chez Grasset en France, son roman s’est hissé parmi les meilleures ventes de la rentrée littéraire et a figuré dans la première sélection du Goncourt, le prix qui avait couronné en 2021 le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr.
Fin septembre, un compte X accuse le livre d’avoir été en grande partie rédigé par une machine, sur la foi d’un logiciel de détection. L’Académie Goncourt retire ensuite le titre de sa sélection, en invoquant des plagiats passés et des analyses qui attribuent l’essentiel du texte à une IA. Le 13 octobre, l’auteur reconnaît avoir plagié dans d’anciens écrits, des « erreurs inacceptables » selon ses mots, mais assure qu’« aucune phrase de ce livre n’a été créée par une machine ».
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Thélyson Orélien peut-il encore décrocher le prix Renaudot ?
Joint par téléphone dans un entretien à Libération repris par La Libre, l’écrivain se dit dépassé : « Ce que je suis en train de vivre, ça dépasse le cadre littéraire, ça va trop loin. » Il trouve « normal » que son éditeur protège l’institution plutôt que lui, parle de ses plagiats comme d’« erreurs de jeunesse » et répète qu’il n’a utilisé ces outils que pour des recherches et des traductions. « C’est très cruel », glisse-t-il à propos du Québec.
Le 7 octobre, le jury du Renaudot avait maintenu C’était ça ou mourir dans sa deuxième sélection de neuf romans. Son président, Frédéric Beigbeder, avait indiqué qu’il trancherait le cas après la prochaine réunion du jury. Celle-ci se tiendra face à un livre que son éditeur d’origine a cessé de défendre.
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Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
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