Daouda Ngom face aux députés : 21 milliards sans contrat ?
Entendu vendredi 16 octobre 2026 à l’Assemblée nationale, à Dakar, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur Daouda Ngom a décrit devant la commission d’enquête parlementaire un programme « Un étudiant, un ordinateur » sorti des règles de la commande publique, avec plus de 21 milliards FCFA décaissés sans contrat retrouvé.
Le professeur Daouda Ngom s’est présenté à 14 h 30, comme il l’avait annoncé publiquement. La veille, devant la même commission, l’ancien ministre du Budget Abdoulaye Daouda Diallo avait refusé de répondre aux députés dans les conditions fixées.
Que reproche Daouda Ngom à la gestion du programme ?
Arrivé au ministère en septembre 2025, l’universitaire affirme que le procès-verbal de passation de service ne disait rien du programme. Le dossier ne figurait pas non plus parmi les affaires en instance. Selon lui, la cellule de passation des marchés du ministère l’ignorait, et le programme n’était inscrit ni au plan de passation des marchés ni auprès de la Direction centrale des marchés publics.
Le chiffre le plus lourd concerne les paiements. D’après le compte rendu de l’audition publié par Pulse Sénégal, l’ancien ministre a indiqué que le Trésor public avait décaissé 21 370 499 499 FCFA entre 2017 et 2022 sans qu’aucun contrat ait été retrouvé. Il a cité trois commandes passées en 2023, en moins de trois mois, pour 49 368 ordinateurs auprès d’Oumou Group et de Computer Land. Les besoins annuels étaient pourtant estimés entre 20 000 et 25 000 machines, pour une enveloppe de 6 milliards FCFA au plus.
Des contrats jugés « nuls » et un audit réclamé
Daouda Ngom soutient que les contrats de l’édition 2025 sont « nuls et d’une nullité absolue », en s’appuyant sur les articles 27 et 28 du Code des marchés publics. Il dit avoir saisi l’Autorité de régulation de la commande publique et demandé un audit financier de la gestion antérieure.
À sa prise de fonctions, Computer Land réclamait 2,85 milliards FCFA à l’État et Oumou Group 500 millions. Après vérification, le ministère a réglé les 500 millions d’Oumou Group et versé 1 milliard à Computer Land, qui attend toujours environ 1,8 milliard.
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L’ancien ministre a reconnu sa responsabilité hiérarchique et morale de ministre de tutelle. Il assure que ses services ne lui ont signalé les irrégularités qu’après son arrivée. Aucune poursuite n’a été engagée à ce stade, et ses accusations visent une gestion dont les responsables n’ont pas tous été entendus. Les montants avancés doivent encore être confrontés aux contrats et aux bons de livraison.
Une commission d’enquête parlementaire sous tension
L’audition s’est tenue le jour où le groupe d’opposition Takku Wallu Sénégal a annoncé son retrait des six commissions d’enquête installées par l’Assemblée, qu’il accuse d’avoir tourné au « cirque médiatique ». Daouda Ngom, lui, appartient au camp du pouvoir : ministre de l’Environnement d’avril 2024 à septembre 2025 dans le gouvernement d’Ousmane Sonko, il a ensuite dirigé l’Enseignement supérieur jusqu’en juin 2026.
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Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
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