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Litige foncier : Komé Bakary – Alloui Brou Jacques, l’étrange magie sous Ouattara

Patrice Dama
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komé bakary - Alassane Ouattara et Alloui Brou Jacques
Komé Bakary – Alassane Ouattara et Alloui Brou Jacques

Avec les affaires Komé Bakary et Alloui Brou Jacques, la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara renforce son image de pays à risque pour les petits investisseurs. L’administration RHDP envoie des signaux de plus en plus inquiétants, en particulier pour les investisseurs locaux, avec notamment des vols de terrains et destructions de biens immobiliers menées sans véritable décision de justice.

Komé Bakary – Alloui Brou Jacques : le phénomène du régime Ouattara

Un phénomène nouveau s’installe dans le pays sous la gouvernance d’Alassane Ouattara. La multiplication des litiges fonciers ternit l’image de la Côte d’Ivoire auprès de ses fils et filles soucieux de préparer leur avenir en accédant à la propriété. Plusieurs dossiers en cours le confirment, à partir de conflits fonciers artificiellement créés sur des lotissements, à Bingerville – à M’Batto Bouaké, à Djorogobité (Bessikoi)… et maintenant à Koumassi Campement.

M’Batto Bouaké : quand un litige foncier use les acquéreurs

Le procédé est simple et presque toujours le même. À M’Batto Bouaké, plus de 500 acquéreurs se retrouvent bloqués dans leurs projets depuis quatre ans sur des lots inexploitables. Ils avaient acheté ces terrains auprès des paysans propriétaires terriens et d’un aménageur. Une fois le lotissement réalisé, les deux parties s’étaient partagé les lots, et chacune avait mis les siens en vente. Mais après avoir encaissé l’argent des ventes, les villageois, poussés par une main obscure, ont attaqué l’aménageur en justice pour réclamer davantage de lots. Ce sont les acquéreurs, volontairement pris en otages, qui en paient aujourd’hui encore le prix.

Les villageois ont fini par gagner le procès et doivent être dédommagés par l’aménageur. Le temps qu’une solution se dessine entre les deux camps, les acquéreurs des deux parties restent coincés, car la justice a gelé l’exploitation des sites sans aucune raison. Plus personne n’a le droit d’y construire : la délivrance des Arrêtés de concession définitive (ACD) a été suspendue sur ces lots, et ceux déjà obtenus n’ouvrent droit à aucun permis de construire.

Malgré une note de l’ancien ministre de la Construction demandant la levée de cette suspension, la justice la maintient, alors que le conflit n’oppose que deux camps libres de poursuivre leur procédure. Et aucun de ces camps ne renie ses opérations de vente avec ses acquéreurs, mais il se trouve des juges pour bloquer le site : de la magie pure.

Le test Komé Bakary

Cette affaire rappelle, dans une certaine mesure, celle de Komé Bakary. Cet homme s’est permis de détruire, en 2013, la maison d’une enseignante sur la base de faux. En produisant des documents par des circuits parallèles, il est parvenu à obtenir des titres de propriété définitifs en un temps record. Ce ressortissant malien a par ailleurs fraudé pour obtenir la nationalité ivoirienne, fraude qui a conduit la justice à annuler sa nationalité et à lui confisquer son passeport. Fait troublant : malgré la gravité des faits qui lui sont reprochés, il demeure libre.

L’opération d’envergure Alloui Brou Jacques

Comme M. Alloui Brou Jacques, Komé Bakary se serait appuyé sur des décisions de justice falsifiées pour obtenir des déguerpissements et la destruction des biens d’autrui. Le choc de ces agissements à peine digéré, voilà que l’histoire se répète avec M. Alloui Brou Jacques. Cet ancien adjoint au maire de Koumassi revendique la propriété de quelque 34 hectares de terrain dans cette commune. Là encore, selon les services du procureur, les décisions de justice sur lesquelles il s’est appuyé pour faire déguerpir les populations sont factices.

Dans son communiqué du 10 juin 2026, le procureur de la République affirme que « le nommé ALLOUI Brou Jacques, revendiquant lesdites démolitions, a brandi une décision de justice pour les justifier. Il ressort des vérifications entreprises que la décision de justice dont se prévaut ALLOUI Brou Jacques n’autorise aucune démolition de constructions. La demande de démolition que ce dernier avait formulée a été rejetée par le Tribunal. Au surplus, cette demande ne concernait que cinq habitations. »

Dans quelle République un individu peut-il obtenir la mobilisation des forces de l’ordre pour démolir un quartier de plusieurs milliers d’âmes ? Ni les services du préfet, ni le commissariat qui a fourni les hommes chargés de sécuriser le déguerpissement de ces 34 hectares d’habitations n’ont donc vérifié l’existence et la portée réelle de la fameuse décision de justice avant d’agir ?

Le gouvernement ivoirien tente d’expliquer, assez maladroitement, qu’un seul homme aurait pu, sur la base de faux, détruire les biens de plus de 800 familles en toute illégalité, sans qu’aucun de ses services ne s’en émeuve.

Et comme dans l’affaire Komé Bakary, aucune arrestation n’a été opérée. Le procureur se contente de diffuser un communiqué dans lequel il assure qu’Alloui Brou Jacques « demeure à ce jour introuvable ».

En réalité, les autorités ivoiriennes peuvent difficilement ignorer une opération menée à grand fracas, plusieurs heures durant, au milieu des pleurs des familles. Le gouvernement avait d’abord affirmé à un média international que l’opération était dirigée par le district, lequel s’en lave les mains en pointant Alloui Brou Jacques. Sauf que les destructions, elles, ont bien eu lieu.

La diversion créée par la « traque » de cet individu permettra d’ouvrir un dossier judiciaire qui s’étirera sur plusieurs années. Pendant ce temps, les familles dont les maisons ont été rasées ne pourront pas reconstruire, et l’État pourra récupérer le terrain pour le revendre ou en faire l’usage qu’il souhaite.

Les victimes auraient tout intérêt à attaquer l’État de Côte d’Ivoire, qui s’est rendu complice de ce second voyou en ne protégeant pas les biens de ses citoyens. Détail troublant : ce type d’affaires ne survient que dans les zones où les biens appartiennent majoritairement à des Ivoiriens. Pas de Libanais, de Français ou d’Américains parmi les victimes, mais des Ivoiriens et quelques Africains peu influents.

Maître N’Dri Claver enregistrerait les plaignants qui souhaitent se faire représenter par lui dans cette affaire.

La particularité de ce type d’affaires, en Côte d’Ivoire, est qu’elles éclatent à l’approche de grands événements qui captent l’attention de la population. L’émotion suscitée par le drame dure une à deux semaines, puis l’effervescence des grands rendez-vous prend le dessus et le dossier finit au placard. C’est exactement ce qui s’est produit avec Komé Bakary : la justice, curieusement engagée dans une procédure d’une lenteur extrême, se garde de toute décision susceptible de provoquer la colère populaire. Depuis près d’un an, le dossier reste en l’état, sans la moindre décision.

Le procureur de la République, si prompt à débusquer blogueurs, opposants et autres voix critiques du régime Ouattara, affirme dans l’affaire Alloui Brou Jacques que ces mêmes services, d’ordinaire si efficaces, n’arrivent pas à lui mettre la main dessus.

Là, le vice est poussé encore plus loin, car tout cela se passe en pleine saison des pluies et pendant les examens scolaires. Jamais les populations ivoiriennes n’ont été aussi démunies face à l’incompétence volontaire des dirigeants et aux défaillances du système judiciaire.

Tout cela semble destiné à détourner l’attention d’un peuple ivoirien qui n’y voit que du feu. De plus en plus, les populations se sentent impuissantes face à cette machine d’expropriation actionnée par des hommes comme Komé Bakary et Alloui Brou Jacques, qui, à l’évidence, doivent bénéficier de protections en haut lieu pour toujours passer entre les mailles du filet.

Un adage nigérien nous enseigne que « Quand le berger dort, le loup mange le troupeau. » Les yeux fermés du Président Alassane Ouattara sur les agissements de Komé Bakary favorisent tout logiquement l’exploit Alloui Brou « Jack Bauer ».

Rédigé par

Patrice Dama

Je suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.

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