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Wakili Alafé : « La Russie n’a pas encore le poids économique de ses ambitions »

Charles Kouassi
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Alafe Wakili : journaliste, patron du groupe de média Intelligent Tv
Studio Afrique Sur 7 – Photo : Alafe Wakili, journaliste, patron du groupe de média Intelligent Tv

À l’occasion du troisième sommet Russie-Afrique, prévu à Moscou les 28 et 29 octobre 2026, Wakili Alafé, journaliste, patron de presse et consultant média, livre son analyse sur la capacité réelle de Moscou à accompagner le développement du continent.

« Le chiffre d’affaires » de la Russie « avec les pays africains dépassait 27 milliards de dollars pour 2025. On reste loin de la promesse »

Question : Moscou accueille cette semaine le troisième sommet Russie-Afrique. Quel en le réel enjeu ?

Wakili Alafé : Moscou veut donner une nouvelle dimension à sa coopération avec le continent. Une question demeure pour moi : la Russie a-t-elle réellement les moyens de répondre aux besoins de développement de l’Afrique ? J’en doute.

Les pays africains ne manquent pourtant pas de partenaires…

Justement. Pour nos États, l’enjeu n’est plus d’attirer des partenaires, mais de savoir lesquels peuvent vraiment financer des infrastructures, transférer des technologies et contribuer à créer des emplois durables, dans des conditions décentes.

Depuis Sotchi en 2019, puis Saint-Pétersbourg en 2023, la Russie affiche de grandes ambitions. Qu’en est-il concrètement ?

À Sotchi, Moscou s’était engagée à doubler ses échanges commerciaux avec l’Afrique. En 2018, ils tournaient autour de 20 milliards de dollars ; l’objectif était donc de 40 milliards. En juillet 2026, le ministre russe des Affaires étrangères a indiqué que le chiffre d’affaires avec les pays africains dépassait 27 milliards de dollars pour 2025. On reste loin de la promesse.

Comment la Russie se situe-t-elle face aux autres partenaires du continent ?

L’écart est considérable. En 2024, les échanges entre l’Afrique et l’Union européenne ont atteint 355 milliards d’euros. Avec les États-Unis, on était à 83 milliards en 2025, et avec la Chine à 348 milliards de dollars la même année. La Russie veut renforcer son influence, mais elle n’a pas encore le poids économique de ses ambitions.

Au-delà du commerce, Moscou multiplie les annonces : spatial, nucléaire, sécurité, agriculture, énergie, formation… Ces promesses se concrétisent-elles ?

Wakili Alafé : Les résultats restent à démontrer. Prenez le nucléaire : très peu de projets ont été livrés. Seul celui d’El Dabaa, en Égypte, semble en voie de concrétisation, et il n’est pas exempt de difficultés.

C’est-à-dire ?

Wakili Alafé : En juin 2024, l’Autorité égyptienne des centrales nucléaires a adressé une lettre au dirigeant de Rosatom mettant en cause les pratiques de l’entreprise et l’accusant de « négligence délibérée » sur le site. La compagnie russe est aussi soupçonnée d’avoir réalisé des « travaux fictifs » pour faire croire que le projet avait dépassé 50 % d’avancement.

Ce sommet met en avant le numérique et l’intelligence artificielle. La Russie peut-elle être un partenaire crédible dans ce domaine ?

Wakili Alafé : C’est l’une des priorités affichées : Moscou veut se positionner sur les technologies d’avenir. Elle développe ses propres solutions, comme GigaChat ou YandexGPT. Mais elle évolue sous sanctions internationales, avec un accès difficile à certains composants avancés, en particulier les semi-conducteurs.

Comment contourne-t-elle ces contraintes ?

Wakili Alafé : Essentiellement grâce à la Chine. Depuis la guerre en Ukraine, la part des processeurs graphiques importés en Russie depuis la Chine et Hong Kong est passée de 22 % à 94 %. C’est révélateur d’une forte dépendance.

Où se classe la Russie dans la course mondiale à l’IA ?

Wakili Alafé : Elle accuse un retard , et ses modèles restent peu utilisés hors de ses frontières. Le Global AI Vibrancy Tool de l’université Stanford la place 28e sur 36 pays, quand les États-Unis et la Chine dominent largement.

Quel message adressez-vous aux dirigeants africains présents à Moscou ?

Wakili Alafé : Juger les partenaires sur les résultats plutôt que sur les annonces. Il ne s’agit pas de savoir qui promet le plus, mais qui est réellement capable de financer, de transférer des savoir-faire et de créer des emplois sur le continent. Je leur souhaite bon sommet , un bon séjour et un bon retour dans leur pays respectif , en attendant qu’un pays d’Afrique accueille le sommet Afrique Russie. Enfin, je ne suis pas pro Chine et je ne sais pas l’ampleur de cet engagement mais j’ai entendu un officier chinois plaider pour deux présences africaines avec droit de veto au conseil de sécurité de l’Onu. J’aimerais que la Russie suive la même dynamique.

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