Des ambassadeurs à Bédié: « Faites une passe décisive à votre fils Jean-Louis Billon »

Des ambassadeurs supplient Bédié pour la candidature de Billon
Par Jean Kelly Kouassi
Publié le 29 juin 2020 à 17:52 | mis à jour le 29 juin 2020 à 17:52

Le président du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), Henri Konan Bédié (86 ans), est candidat à la prochaine élection présidentielle de 2020. Dans la lettre ouverte ci-dessous à lui adressée, l’ex-ambassadeur de la Côte d’Ivoire au Cameroun et en Espagne, S.E.M. Ayoman Ambohalé Paul, coordinateur principal du réseau citoyen, Patage-Côte d’Ivoire (Priorité alternance et Transition active générationnelle), demande, au nom de 10 de ses homologues ainsi que des 44 coordinateurs de districts et régionaux, à l'ancien chef de l'Etat de renoncer à sa candidature au profit du ministre Jean Louis Billon, un candidat qui incarne la jeunesse du parti. Ci-dessous l'intégralité de la lettre adressée à Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA.

S.E.M. Ayoman à Bédié: "Si vous avez été capable de le faire pour votre « ex-allié » Ouattara, vous pourriez le faire pour votre «fils » Jean-Louis Billon"

Dans sa parution en ligne du samedi 20 juin 2020, sous la plume d’Albert Savana, le journal FINANCIAL AFRIK, barrait à sa Une : Henri Konan Bédié “fait don de soi” en se portant candidat aux présidentielles. L’information reprise plus tard par les médias nationaux et internationaux constituera la principale actualité politique du pays à côté de la reprise du procès en appel du Président Laurent Gbagbo et du Ministre Charles Blé Goudé et de l’arrestation du présumé chef des assassins de nos soldats à Kafolo.

C’est dans ce contexte tri-évènements portant la clameur, la critique et l’émoi des ivoiriens que je vous adresse cette lettre cosignée avec plusieurs de vos petits frères, petites sœurs, enfants et petits-enfants et concitoyens qui, depuis quelques mois, se sont réunis au sein de la plateforme Priorité Alternance et Transition Active Générationnelle en Côte d’Ivoire, en abrégée PATAGE-Côte d’Ivoire.

Permettez-moi de préciser que derrière les dizaines de noms qui cosignent cette lettre et dont quelques membres sont des collègues issus de l’univers des anciens diplomates de carrières, d’administrateurs, d’entrepreneurs, de citoyens ayant fait le choix de s’élever au-dessus des querelles claniques de leurs partis, de jeunes ivoirien(ne)s non encarté(e)s dans des partis politiques ; se trouvent plusieurs soutiens volontairement anonymisés.

Excellence Monsieur le Président,

Je suis l’Ambassadeur AYOMAN Ambohalé Paul, Ancien Ambassadeur de la Côte d’Ivoire au Cameroun, Ancien Ambassadeur de la Côte d’Ivoire en Espagne et Militant du Front Populaire Ivoirien. Toutefois, ce n’est pas en ces différentes qualités que je m’exprime.

Le cadre d’expression de cette lettre ouverte est hors-parti. Je ne parle donc pas au nom du FPI, encore moins au nom de « votre fils Jean-Louis Billon ». Vous connaissez mieux que moi son élégance politique, sa filiation profonde et son indéfectible attachement au PDCI-RDA et à votre personne. D’ailleurs, il vient de vous le prouver par cet inattendu appel des jeunes à ne céder à la déception et à ce qui pourrait s’apparenter à un sentiment de la trahison gérontocratique des plus « grandes instances de votre parti » en vous remettant à la rencontre du 20 juin 2020 de Daoukro, son renoncement à la candidature.

Contrairement à la pratique du patricide politique à laquelle se livrent généralement « les fils politiques », « votre fils » Jean-Louis Billon a insisté pour que publiquement, par son renoncement, ses frères et sœurs du PDCI-RDA et la jeunesse ivoirienne en général ne se dressent pas contre vous et votre obsessionnel secret désir de revanche cosmique et historique sur le coup d’arrêt en 1999 de votre gestion de la présidence héritée du Président Houphouët-Boigny. De sa voix, cette fois moins étreinte de sa gêne d’être sous les projecteurs, « votre fils Jean-Louis » a humblement refusé de faire de sa personne, de sa jeunesse et de nouveaux «jeunes gens », l’ultime rampe d’impossibilité de reprendre ce pouvoir que l’histoire vous a injustement arraché en ce 24 décembre d’il y a 20 ans.

Excellence Monsieur le Président,

C’est cette posture de « votre fils Jean-Louis Billon » qui me conforte dans la nécessité de cette adresse que je cosigne avec mes Ami(e)s du réseau citoyen PATAGE-Côte d’Ivoire (Priorité Alternance et Transition Active Générationnelle). Comme l’exprime cette expression familière en Côte d’Ivoire, « votre petit est trop prêt pour vous »!

En effet, la manœuvre de votre adoubement orchestré de main de maître par votre Secrétaire Exécutif, toujours fort apprécié pour sa fidélité et la célérité de son cerveau de stratège ; dans le cadre d’une visite privée de l’avant-garde inflexible de la bureaucratie du PDCI-RDA et dans la peur des incertitudes d’une convention démocratiquement ouverte, l’«Appel de Daoukro de Jean-Louis Billon » constitue le plus beau cadeau politique que puisse vous faire « un fils ». Car, s’il avait voulu être impétueux, aussi déterminé qu’il était à vous proposer à vous et au PDCI-RDA sa candidature restée sans réponse ; « votre fils Jean-Louis », vous aurait offert votre énième émiettement de l’héritage du PDCI-RDA reçu à cette mémorable date du 07 décembre 1993.

Excellence Monsieur le Président,

Ainsi, de la décision du 20 juin 2020 des dieux du PDCI-RDA réunis à l’Olympe de Daoukro et lu par le « plus jeune de leurs membres » proposant votre candidature à la convention de désignation du Candidat du PDCI-RDA, s’il est un acte politique qui mérite d’être salué par vous, c’est bien celui du Ministre Jean-Louis Billon ! Comme vous le savez, c’est grâce à son sens de la mesure, sa tempérance, sa qualité de manager des opportunités risquées et son profond respect de votre personne qu’il a opéré le reflux kénotique de sa candidature. De grâce, n’y voyez pas un triomphe de votre force d’expérience ou de votre ingéniosité politique !

C’est même parce que j’ose imaginer que vous n’êtes pas actuellement dans une autocélébration que mes amis et moi caressons le vœu (sans naïveté) de vous voir commuer cet honneur que vous font les militants du PDCI-RDA en « une passe décisive pour ce véritable nouvel avant-centre de votre parti » lors de la Convention en proposant à la Côte d’Ivoire, la candidature entrainante, joyeuse et fière du Ministre Jean-Louis Billon.

Excellence Monsieur le Président,

A cette étape de la lecture de cette lettre ouverte, vous vous demandez : « mais de quoi se mêle cet affidé de Gbagbo qui pourtant ne manque pas de raisons pour aller aider son FPI émietté par de sacrés concurrents internes, souffrant de légitimité, de légalité et de fidélité, et peinant à se trouver un candidat ». Et vous avez raison !

C’est cette raison que je m’en vais éclairer par la réflexion et l’exposé des cinq motifs de notre collectif citoyen PATAGE-Côte d’Ivoire à l’espérance ultime d’un coup de chapeau magique du Président Bédié à la désignation du Ministre Jean-Louis Billon comme Candidat de l’opposition aux élections de 2020. Si vous avez été capable de le faire pour votre « ex-allié » Ouattara, nous croyons que vous pourriez le faire pour votre « fils » Jean-Louis Billon.

En effet, portés par la dynamique et l’élan de rapprochement des militants de tous les partis politiques ivoiriens désireux d’offrir à la Côte d’Ivoire un espace de compétition démocratique transpartis notamment ceux du PDCI-RDA, nous voulons manifester les valeurs de la libre-pensée démocratique ivoirienne par ce message qui est adressé à vous Monsieur le Président Henri Konan Bédié, afin d’espérer trouver en vous les ressorts d’un achèvement de votre donation politique à la Nation Ivoirienne en transformant à la prochaine Convention du PDCI-RDA, votre « don de soi » évoqué ce samedi 20 juin 2020 à Daoukro par un « ba-ouli » !

Excellence Monsieur le Président Henri Konan Bédié,

Aidez-nous à une clarification des orientations politiques à venir de la Côte d’Ivoire. L’échéance électorale des présidentielles de 2020 impose l’urgence d’une clarification des orientations politiques de transformation radicale de l’avenir sociétal de la Nation Ivoirienne. De 1999 à 2011, l’agir politique des principaux acteurs politiques de la Côte d’Ivoire a fait cumuler l’action de conquête et de conservation du pouvoir politique dans des pires formes de violences avec votre éviction du pouvoir par l’armée et pour paroxysme, l’épisode de la guerre fratricide doublé de l’intervention militaire de forces étrangères pour assurer la continuité légale du pouvoir politique dans notre pays.

De 2011 à 2020, par stratégie politique, usant de manière abusive du recours à la violence légitime et de la menace politique légalement institutionnalisée de même que du blanc-seing de la communauté internationale et de son allié du PDCI-RDA, le Président Alassane Ouattara et l’appareil RDR ont travaillé à réduire de manière violente et systématique toute forme d’expression plurielle citoyenne et politique dans le pays aussi bien pour ses « ennemis » que pour ses « amis-alliés » d’hier.

Excellence, sans vouloir vous faire le reproche d’une complicité, il nous faut vous rappeler que votre choix unilatéral de réduire les espaces de la saine compétition politique en 2015 par l’Appel de Daoukro a contribué à renforcer « le mal » que vous souhaitez combattre aujourd’hui avec la même arme d’hier que vous êtes. Offrez-vous d’essayer une nouvelle arme !

Excellence Monsieur, le Président Henri Konan Bédié,

Aidez-nous à passer à l’heure du décentrement politique des acteurs de l’opposition. Si depuis 2018, les pressions internationales ont permis d’observer un desserrement de l’étau sur le flétrissement volontaire des espaces de démocratie en Côte d’ivoire, l’espoir d’un démantèlement effectif durable de la superstructure de la politique de « rattrapage » parfois dans le mal passe par un décentrement politique des acteurs de l’opposition.

Ce décentrement politique transparti doit afficher une cohérence dans son offre politique. Il doit se construire à travers l’honneur de la place et de la fonction expiatrice des égotismes des leaders providentiels et naturels de l’opposition significative ivoirienne. Inscrivez la marche du PDCI-RDA dans une responsabilité généreuse avec l’histoire de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui.

Selon, toute vraisemblance, une telle équation met le PDCI dans une posture de responsabilité généreuse avec l’histoire présente de la Nation Ivoirienne. Comme le veut la légende de la Reine Abla Pokou, le Prince héritier doit être sacrifié. Il faut à la Côte d’Ivoire un « ba ouli » ! Non pas, par « un contournement de la rive du fleuve » comme en 2010 et 2015 ; mais par un sacrifice libre, entier et total du Président Henri Konan Bédié. C’est pourquoi, en respect de la démarche protocolaire organisée en pays Akan, comme pratiqué dans les cultures matrilinéaires, nous attendons entreprendre la ritualité de sollicitation auprès du Président Bédié, de son fils Billon, pour venir diriger la Cour familiale qu’est la Côte d’Ivoire. Et au FPI votre nouvel allié, demandez-lui de vous proposer « un deal national exigeant » avec l’ensemble de l’opposition.

C’est pourquoi, sans préjuger de la haute qualité des échanges avecles représentants de mon parti le FPI (fidèle au Camarade Laurent), et faisant le pari de ma connaissance du sentiment d’attachement du Président Gbagbo à la Côte d’Ivoire ; je voudrais, en absence d’une possibilité de présentation de la candidature du Président Laurent Gbagbo, la nécessité pour le FPI et ses alliés de s’affranchir du jeu d’une simple candidature de témoignage mais de proposer une alliance fort exigeante au PDCI-RDA et la coalition de l’opposition en offrant à la Côte d’Ivoire, la candidature consensuelle du « jeune » Jean-Louis Billon. L’option d’une écoute active de demande d’alternance transgénérationnelle des ivoiriens. L’enjeu d’une telle posture pour ces 02 partis majoritaires est d’affirmer contre toute logique partisane, l’écoute active de l’assourdissante demande d’alternance transgénérationnelle de la majorité des ivoiriens.

Pour notre génération, pour nos Ainés les Présidents Bédié et Gbagbo, pour les militants actifs de nos différents partis politiques, pour les citoyens, sans méprendre de la compétence et de la qualité des autres potentiels candidats de nos partis, voici la clameur douce et légère qui monte au sein de nos chapelles politiques. Pour moi et mes Ami(e)s qui portons ce message à la Nation, Monsieur Jean-Louis Billon est la parfaite jonction entre le dépassement des fractures d’hier et les perspectives d’une nation d’espérance politique et sociale durable pour chaque personne vivant en Côte d’Ivoire.

En effet, depuis 1995 jusqu’à 2015, le « don de soi » du Président Bédié, s’est toujours satisfait de l’écoute de ce que vous avez toujours cru être bien et juste pour vous et pour le PDCI-RDA. Parfois, dans une action politique unilatérale mais disciplinairement soutenus par les militants du PDCI-RDA très attachés au grand symbole et à la référence d’héritage politique d’Houphouët que vous incarnés, vous avez conduit de manière calculée le destin de la Côte d’Ivoire par les chemins qui vous ont semblé heureux et fort satisfaisants pour vous, pour le PDCI-RDA et pour votre vision de la gestion politique et administrative de la Côte d’Ivoire.

Excellence Monsieur le Président Henri Konan Bédié,

Laissez votre amour de la Côte d’Ivoire passer d’abord par la Côte d’Ivoire et non par l’amour de votre histoire politique. Il est temps que s’exprime la demande profonde d’alternance et de transition générationnelle des ivoiriens et des ivoiriennes sans risque d’être exclus de nos partis, d’être emprisonnés, voire empoisonnés comme le sous-tend une certaine rumeur nationale et persistante !

Il est temps que vous réunissiez dans votre « Olympe de Daoukro », toute l’opposition ivoirienne de toute tendance et de toute souffrance ; de Assoa Adou à Affi en passant par Simone Gbagbo, l’Ambassadeur Ouégnin et Mamadou Koulibaly, de Daniel Boni-Claverie à Bamba Moriféré en passant par Aka Ahizi et Henri Niava, de Anaky Kobénan à Soro Guillaume en passant par Mabri Touakeusse, etc. pour leur proposer (bien qu’il soit le meilleur politicien de sa génération, de son parti ou dans son militantisme) le Ministre Jean-Louis Billon du PDCI-RDA comme base de convergence sérieuse pour une alternance belle et réussite en Côte d’Ivoire.


Vous avez l’occasion de régénérer la démocratie ivoirienne !

Vous n’êtes à ce jour sous aucune pression politique en dehors de la vôtre!

Vous avez les astres du triomphe démocratique tous alignés pour la Côte d’Ivoire !

N’y voyez pas une opportunité pour vous mais une chance pour la Côte d’Ivoire !

Ne faites pas des égoïsmes politiques ivoiriens la principale causalité dela future politique de la Côte d’Ivoire !

Excellence, ne vous dérobez pas devant votre histoire et notre destin commun !

C’est pourquoi, avec mes Ami(e)s de PATAGE-Côte d’Ivoire, nous ne pouvons terminer notre adresse sans prier le Seigneur Notre Dieu pour vous, pour les membres de votre parti, pour chacun de nos leaders politiques, pour l’opposition ivoirienne principalement le Président Laurent Gbagbo et tous les autres exilés ainsi que le Premier Ministre Gbon Coulibaly hors du pays pour nécessité de soins, le Président Alassane Ouattara et les membres de leur parti. Que Dieu qui a inspiré le Président Ouattara de commencer à mettre en place les prémices d’une transition en Côte d’Ivoire ;

Lui qui nous donne d’entrevoir l’horizon d’un proche retour du Président Gbagbo et de mon jeune frère Blé Goudé et de son frère Guillaume Soro en Côte d’Ivoire afin participer au sauvetage harmonieux, paisible de la démocratie en Côte d’Ivoire ; Lui qui par la force de son bras sur l’histoire vous offre, Excellence Monsieur le Président, l’occasion historique de mener la Côte d’Ivoire de manière définitive sur les rives d’une paix définitive retrouvée;

Nous le prions de vous accorder la lumière de la transfiguration intérieure pour donner à la Côte d’Ivoire votre « Fils Jean-Louis » pour qu’il témoigne aux yeux du monde l’amour de notre diversité politique, de religion, d’origine, de condition et d’aspiration, en gardant l’amour pour la Nation le lot de nos engagements politiques qu’importe de quel parti nous parlons. Nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Président, l’expression de notre respectueuse et très haute considération.

Avec notre immense et inestimable considération,

Pour le réseau Partage,

SEM AYOMAN A. PAUL, Cordinateur principal et les 44 coordonnateurs districts et régionaux

NB: Les titre, chapeau et sous titre sont de la rédaction.