Paris demande un non-lieu dans le massacre de Bisesero au Rwanda

Massacre de Bisesero au Rwanda:
Par Eugène SAHI
Publié le 04 May 2021 à 00:24 | mis à jour le 04 May 2021 à 00:24

Génocide au Rwanda. L'on s’achemine vers un non-lieu dans l’enquête sur l’armée française dans le massacre de Bisesero.

Bisesero: Vers un non-lieu, 15 ans après l’ouverture de l'enquête

Vingt-sept ans après les tueries, le parquet a paraphé, le 28 avril 2021, un réquisitoire de non-lieu dans le dossier Bisesero.

En 1994, plusieurs réfugiés tutsis avaient été découverts à Bisesero par des soldats français avant d’être massacrés 3 jours plus tard par des génocidaires hutus.

Selon plusieurs associations, l’armée française aurait délibérément abandonné aux mains des Hutus, environ 2000 citoyens tutsis (chiffre basé sur un témoignage rapporté par le lieutenant-colonel Duval) réfugiés dans cette région pour échapper aux massacres.

D’après les témoignages, plusieurs d’entre eux auraient été assassinés entre le 27 et le 30 juin 1994, alors qu’ils attendaient une aide de l’armée française qui, après les avoir découverts quelques jours plus tôt, avait promis de revenir les aider. Finalement, seuls 800 Tutsis réfugiés dans la région ont finalement pu être secourus par la France après les massacres.

Il s’agit de l’un des épisodes les plus dramatiques du génocide des Tutsi, survenu fin juin 1994, alors que les soldats français étaient déployés dans le pays.

Près de trois ans après la fin des investigations, le parquet a enfin rendu sa décision dans ce dossier sensible, emblématique de la controverse historique sur les objectifs de la mission militaro-humanitaire Turquoise, déployée au Rwanda sous mandat de l’ONU pour faire cesser le génocide des Tutsi.

800.000 morts dans le pays en 3 mois

A l’époque, plusieurs associations ont lancé une procédure judiciaire contre l’armée française pour « complicité de génocide par inaction ».

Dans un communiqué publié lundi 3 mai, le procureur Rémy Heitz souligne que n’a été établie « aucune aide ou assistance des forces militaires françaises lors de la commission d’exactions, aucune adhésion de ces dernières au projet criminel poursuivi par les forces génocidaires, ni aucune abstention d’intervenir face à des crimes constitutifs d’un génocide ou de crimes contre l’humanité en vertu d’un accord antérieur ».

Enfin, selon le parquet, « le crime d’entente en vue de commettre un génocide ou un crime contre l’humanité, créé par la loi du 6 août 2004, n’était pas applicable au moment des faits dénoncés ». Le parquet de Paris veut prévenir toute critique sur le caractère incomplet de l’instruction. Il souligne ainsi que « le dossier compte plus de 17 000 côtes, regroupées en 28 tomes ».

Selon l’ONU, les massacres ont fait plus de 800.000 morts entre avril et juillet 1994, essentiellement au sein de la minorité tutsi.




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